LES MODÉRÉS ET INDÉCIS, GAKNOT, ETC
^eux aristocrates, hardi, très -capable de tout pour le triomphe de la noblesse : c'était un garçon serrurier.
Ce qui dominait réellement dans l'immense majorité, c'étaient les indécis, les neutres, souvent de très-bonne foi. Garât conte qu'en Fructidor, Suard passant par la Suisse S M. Necker lui montra le projet de son dernier ouvrage où, dans un même volume, il exposait deux plans, le premier d'une république, le second d'une monarchie, toutes deux également bùnneSj également libres, disait-il, et soumises aux lois éternelles du véritable ordre social. Necker luimême était ravi de cette idée et s'écriait : Le bel âge pour écrire que soixante-dix ansl
Plusieurs, même des jeunes, alorsavaient soixantedix ans. Après 93, et surtout, après l'horrible émotion de Prairial, beaucoup restèrent nerveux et indécis. Même des natures honnêtes et élevées gardèrent des impressions qui les faussaient et le s faisaient varier. Boissy d'Ânglas garda toujours l'impression du jour épouvantable où le monstre hurlant à mille t^es, le pâle spectre de la faim, approcha de ses yeux la tête sanglante de Féraud. Ces souvenirs, sans le rendre traître à la république, lui faisaient malgré lui descendre certaine pente vers la monarchie. Ou'était-il, cet homme honnête et justement consi-
^ Garât, Mémoires de Suard, t. II, sub fin.
i64 FRANGE.
déré pour sa loyauté? Un protestant de l'Ardèche, fort prudent, hésitant comme on l'était dans les familles protestantes. Pour gage de sécurité, il avait acheté un titre de maître d'hôtel de Monsieur. Membre de la Convenlion, il se montra fort variable lors du procès de Louis XVI, se cacha, et revint siéger en 94 dans le centre. Il loua Robespierre, qui alors rassurait le centre contre la Montagne. Sous le Directoire, président des Cinq-Cents, et au premier rang dans la considération publique, ises souvenirs de Prairial le faisaient quelquefois faiblir. Ainsi, en 96, lorsque ceux de la Drôme essayaient de résister aux royalistes, d'arrêter leurs progrès sur le Rhône, une malheureuse idée d'équilibre égara Roissy, et il obtint que le général Willot fût appelé de Marseille en Ardèche. Ce Willot était depuis longtemps accusé par Tarmée d'Italie comme un traître et un royaliste, ami et protecteur des assassins du Midi.
Cette bévue de Roissy d'Anglas, si funeste, et ses tendances instinctives pour le royalisme modéré, tel que, jeune, il l'avait exposé dans son Éloge^de Malesherbes, ne peuvent le faire confondre avec les traîtres que contenait l'Assemblée, un Dandré, parexemple, distributeur connu de l'or anglais, que Wickam envoyait de Râle. Mais il est très-probable que Roissy, comme une inimité de députés, et, en général, les Français fatigués par la Révolution, croyaient comme MM. Necker, Garât, etc., que la république et lamo-