U FAUSSE ÉLECTION DE
nerait tout, anciens, nouveaux propriétaires, el les mettrait tous en chemise.
Vaines alarmes qui, au premier moment, avaient pu avoir leur vraisemblance, comme tentation de pillage, comme une dangereuse étincelle, un incendie peut-être dans les classes nécessiteuses ; mais qui, en 97, après Thorreur générale qui avait accueilli JBabeuf, apparaissaient dans leur réalité : rien qu'un fort bon secours pour Pélection royaliste.
Enfin ils ont vaincu, ces royalistes, les voilà installés. Pourquoi un sacrifice humain? On n'avait rien trouvé contre Babeuf que ses rêves, de vaines paperasses, qu'il avait, il est vrai, rendues plus sérieuse par son orgueil, des menaces insensées. ,,„ M'inerporte, on fit pour ces faux députés, ce tiers si mal élu qui arrivait et qui venait à peine de s'asseoir, une chose agréable, et agréable aussi à beaucoup de propriétaires, agioteurs et autres dont les titres ne valaient guère, de leur ôter ce poids de la poitrine, de leur dire: ce Respirez.,. L'avenir est maintenant paisible et sans nuage. Ne craignez rien. Babe^uf est tué. »
Il avait été condamné à mort avec Darthé. Us firent comme ceux de Prairial. Ils se poignardèrent, joah ne purent que se blesser horriblement, etf urent guillotinés le lendemain (26 mai 97).
INSOLENCE DES ROYALISTES. — PERSÉCUTION DE LOUVET QUI DÉNONCE LEURS COMPLOTS, ET MEURT.
Ce tiers, si mal élu, par la fraude et le crime, se caractérisa suffisamment en ramenant un homme couvert de sang, que TAssemblée jusque-là avait repoussé comme chef des royalistes assassins du Midi. Puis le long Pichegru apparaît, triste énigme sans trait, sans caractère, être douteux, à qui le Directoire venait de retirer le commandement. Ancien enfant de chœur, puis sergent et gradé par le prince deCondé. Crapuleux d'habitudes avec des mœurs étranges^ fort rares aujourd'hui, il n'était pas moins très-ostensiblement dévot. Dès qu'il entre, on se lève ; le nonveau tiers le salue président ; les deux autres tiers suivent, approuvent sans difficulté.
Dès lors la trahison préside TAssemblée. Et on
UiSOLENGE DES ROYAUSTES. 185
riniroduit même dans le gouvernement. Un directeur sortant, on le remplace par Barthélémy, l'agent sortant du roi (comme Barbé-Marbois Tavoue en 1818). Garnot accueille Barthélémy, rend yisite à Pichegru. Dès lors le prétendant siège, avec Barthélémy, dans le Directoire même.
On ne se gêne plus. Imbert-Golomès se plaint qu'on ose lui reprocher de correspondre avec Louis XVIII. Au Rhin, au Rhône, en Bretagne, des racoleurs de l'ancien régiment Royal-ÀUemand recrutent publiquement pour le roi.
Pour ôler toute force au Directoire, tout moyen d'action, les Cinq cents veulent, disent-ils, V affamer, lui enlever tout maniement des fonds publics. Moyen sûr de paralyser l'action gouvernementale, de suspendre l'administration.
Cependant les dévots, l'ardent Camille Jordan, voulaient armer les prêtres du grand moyen d'insurrection, en leur rendant leurs cloches et les laissant sonn^ à volonté la guerrtcivile.
 la fin de juillet (30 messidor), les Cinq cents préparaient un projet encore plus dangereux. Sous le prétexte d'un mouvement terroriste qui n'existait pas, ils voulaient réorganiser la garde nationale^ mais bien plus dangereuse qu'en Vendémiaire. C'eût été une garde nationale triée, nommée dans Taris tocratie bourgeoise par les assemblées électorales. Ce fut Pichegru qui, au 2 thermidor (20 jailltt), en pré-
186 FRAKGE.
senta le plan. S'il passait, Pichegru, les Glichiens, avaient une armée.
Tout était couvert d'ombre. Bonaparte, tout en menaçant les royalistes et envoyant une partie des papiers d'Entraigues qui concernaient Pichegru, gardait lui-même Ëntraigues, au lieu de l'envoyer au Directoire, qui l'eût interrogé. Moreau, avec sa grande armée du Rhin, tout opposée à celles d'Italie et de Sambre-et-Meuse, restait muet, obscur. C'était comme un gros nuage sombre que l'on voyait à l'est. Celte armée, si pure en ses grands chefs, Desaix, Championnet, n'en était pas moins fortement travaillée, surtout en ses ofQciers inférieurs. On avait près d'elle à Slrasboui^ un homme très-agréable, un ange, Fauche-Borel, aimable et de figure charmante, qui, l'autre année, avait séduit Pichegru. Il était à Strasbourg, tout cousu d'or anglais qui lui venait de Bàle. Sa correspondance avec les Allemands se faisait de Strasbourg par des pâtés de foiegraa4]u*envoyait le curé de Strasboui^. Fauche avait apporté de Suisse nombre de montres d'or qu'il vendait à crédit ou gratis- à nos officiers. Arrêté, par l'argent, l'eau-de-vie, il se fit en réalité le roi de la prison et des soldats qui le gardaient.
Moreau s'en doutait-il? Peut-être. Régulier dans ses mœurs, il dépendait de madame Moreau, qui le menait à sa ruine. Ayant trouvé dans up fourgon allemand les lettres de Pichegni à l'ennemi, il n'ea
dit mot, et voulut d'abord les faire déchiffrer. Cela prit plusieurs mois.
Les partis monarchistes, des Bonaparte et des Bourbons, et puis des bonapartistes encore, ayant eu le dessus pendant quatre-vingts ans, ayant eu l'argent et les places, le temps pour corrompre l'opinion, Toubli est venu à la longue, et l'on n'a plus l'idée de Pétat d'insolence où arrivèrent les royalistes, les émigrés, chouans, dans cet été de 97. On put dire que la république victorieuse fit amende honorable, et que la chouannerie vaincue, changeant les rôles, semblait lui imposer de demander pardon.
Gomment cela ?
Non-seulement par ces fausses élections du tiers de l'Assemblée, par la prédominance du nouveau tiers, vainqueur, sur les deux anciens tiers humiliés.
Mais surtout par le pied que les royalistes avaient dans le gouvernement, par la mollesse de Garnot, la trahison de Barthélémy et de Gochon, de la police même du Directoire.
Un ami de Garnot le loue d'avoir accordé deux mille congés à des jeunes gens dont leurs familles disaient avoir besoin. Eh bien, sans la forme expresse de congés, les administrations par toute la France donnaient des congés provisoires, en déclarant tel ou tel mis en réquisition pour un service public. Même les parents d'émigrés furent déclarés
par rAssemblée capables d'être reguu pour les emplois. Ces jeunes gens, souvent un peu mieux éduqués, cravatés, à mains blanches, furent préférés, de sorle que toute Tadministration se trouva peu à peu changée et recrutée par les ennemis de la Révolution.
L'armée même, plus à l'abri de ce mélange, n'en eut pas moins, dans les armes savantes, dans les places d'élat-major, des militaires suspects, des Clarke et des Mathieu Dumas, des Lavalette, etc. Nous avons vu la trahison de Clarke et son adresse pour arriver trop tard, de sorte que lk)naparte à lui seul conclût Léoben.
Nous avons vu à la marine les Yillaret-Joyeuse et ceux qui, par des retards et des manœuvres calculés, firent échouer Hoche en Irlande. (Voy. la Réveillère, en 96.)
La trésorerie fit avorter de même l'expédition d'Humbert en 98. Cette administration était une des forteresses du royalisme, et telle elle resta. Barbé- Marbois, sous Napoléon, la retrouva la même. Telley: je l'ai vue sous la Restauration. Personnel identique, admirable de majestueuse insolence, de mépris du public, et, sous prétexte de vigilance, de bonne économie, trouvant moyen d'empêcher tout. Vraies torpilles qui, aux moments critiques, savaient bien désarmer TÉtat.
Ces superbes commis, sortis pour la plupart du
monde de l'émigration, en étaient la copie fidèle, et se faisaient honoenr de le doubler sur le pavé de Paris, au boulevard, au Palais-Royal, faisaient la guerre aux journaux patriotes. La presse était-elle libre? Oui, en droit, légalement. Mais en fait? Beaucoup moins. Les journalistes patriotes n'ayant pas les subventions anglaises qui, de Pitt à Wickam, et enfin ici à Dandré et autres arrivaient tous les jours, étaient daoB mie grande infériorité financière. De plus, le Directoire, toujours sous son épouvantail du parti de Babeuf, rognait les ailes aux patriotes. On le vit par Fréron. Quand il eut publié son premier mémoire sur les crimes des royalistes et les massacres du Midi, il ne put pas imprimer le second. Gomment cela, je ne sais. Mais je crois que même son ami Barras l'en détourna, obtint cela de lui, disant: « N'ajoutons pas le feu au feu!... Laissons périr ces déplorables souvenirs!... Paris est gai, s'amuse. Â quoi bon l'attrister? »
Ainsi l'indifférence de Barras, occupé de plaisir, l'indulgence de Garnot, la trahison muette de Barthélémy, tout imposait silence aux patriotes, encourageait l3s royalistes.
c< Paris s'amuse! » disait-on. Et, en effet, le soir, que de bruit au Palais-Royal !
Chaque soir, une scène infâme s'y passait, sous les yeux de la police indifférente.
Quelle scène? Une scène de chasse, un cruel bal-
]alil M£me dans larueSaint-Honoré, et dans les deux rues sales qui entourent le Palais-Royal, on entendait des cris sauvages. « Qu'est-ce? — Rien du tout. » Et les cris, les risées redoublaient. <c Ce n'est rien. C'est Louyet, sa Lodoiska, qu'on sifQe. »
Louvet était haï, et non sans cause. Son journal, la Smtinellej est le seul vrai tableau du temps, le seul témoin fidèle de la terreur qu'exerçait alors l'insolence royaliste.
On a trop oublié cet homme, si hardi et si généreux, et si sincère républicain, qui défendit en Prairial les Montagnards, ses prescripteurs. On ne sait pas bien même tout ce qu'il a produit. Outre Faublai^ trop fidèle peinture des mœurs d'ayant 89, il a fait un roman très-beau, quoique oublié, sur le Divorce et sa nécessité. Les aventures de sa proscription, ce récit si touchant, eussent dû lui ramener les partis. Ce fut tout le contraire. Il avait découvert la place vulnérable où on pouvait lui lanciner le cœur. Sans fortune, il vivait, avec sa femme, d'une librairie qu'il tenait aux Galeries de bois. On s'acharna sur elle (hélas ! alors une ruine après tant de malheurs I) tous les soirs, on l'accablait de lazzi, de huées; on lui jetait à la face les scabreux épisodes des romans de Louvet. On disputait, on ouvrait des gageures : a Elle a rougi! elle a pâli! » Et si l'infortuné fuyait, on triomphait : « Je vous dis qu'elle se trouve mal... Va donc, Louvet, elle se meurt ! » — Alors Louvet, un
petit blondin pâle, et, pour comble, myope, sortait parmi la foule, montrait le poing, défiait... De là un colossal éclat de rire.
Dans ces Galeries (de bois alors, et de cuivre aujourd'hui), nul moyen d'échapper aux regards. Chaque boutique a deux façades, et, par derrière, on voyait tout, la femme demi-morte, et le désespoir du mari; ses pleurs surtout I ses pleurs! quel régal pour la meute des incroyables, qui se roulaient de rire : « Pleure! pleure! Louvel!... Et tu as bien raison. Gomme elle est pâle ! elle en mourra ! »
Son journal nous a donné ces scènes abominables d'une femme honnie et déchirée à mort : le tourniquet du pilori antique, et l'exposition de l'outrage, s'y retrouvaient avec les sifflets, et, pour ainsi parler, les crachets au visage, enfin l'aveu, friand aux insulteurs, que l'outrage a mordu, et la honte de la défaillance sous ces regards féroces et impudiques. Louvet en fut poignardé à la lettre. II prédit dans sa Sentinelle le coup que le parti montait contre le Directoire. Il prédit, et mourut huit jours avant l'événement.
Prenez, à la Bibliothèque, la collection Hennin et autres, vous verrez là, dans les gravures du temps, des types tels que ni Dante, ni Michel-Ange, dans leur Enfer, leurs Jugements derniers n'ont jamais pu atteindre. Le chat furieux, désespéré, les a donnés peutêtre dans ces réjouissances atroces où, dans un sac de
fer, à la Saint-Jean, on suspendait une douzaine de dials hurlants, miaulant sur un brasier. Grimaces épouvantables qui purent représenter les chouans, duellistes enragés, ou chauffeurs de 97, dans leurs épouvantables rires.
Les royalistes trépignaient sur la France. Vaincus en Vendée, et partout, dans les armées de l'ennemi, ils n'en étaient pas moins agressifs, insultants à Lyon et à Marseille. A Paris, provoquant sous les Galeries de bois, et au nouveau Coblentz. Les amis de Charette, amnistiés par Hoche, les soldats gentilshommes de Lusignan, graciés par les nôtres en Italie, ayant quitté à peine l'uniforme autrichien, ici, étaient comblés des dames, et, sur les chaises du boulevard des Italiens, étalaient leurs grâces en vain* queurs*.
Les historiens qui nous rapportent les adresses menaçantes qui venaient ici des armées ont l'air de
* Yoy. Boily et C. Vernel; Bibl. nationale.
Idl FBA5CS.
croire que tonte cette tempête fut suscitée par Bonaparte (coorroocé de Tingratitade des royalistes). Mail des adresses non moins fortes, encore plus menaçantes, Tenaimt dn Nord, et des soldats de Hoche, de Tarmée de Sambre-et-Meose. Des adresses si révolationnaires n'étaient nullement dans la politique de Bonaparte, qni, nn moment fâché aTec les rétrogardes, lenr reTint, les serrit si l»en à Gampo- Formio.
D'ailleurs, ce mouTement de l'armée contre les roTcilistes avait commencé bien ayant. Barbé-Marbois% exact pour les dates, nous donne ici un fait que je crois vrai : c'est que cette armée d'Italie, farieuse après Léoben contre la réaction qui lui arrachait sa [NToie des dents, préTopit que la réaction, après cet avantage, serait d'autant plus forte pour h prochaine élection ; elle aurait touIb que l'électioa fût remise.
L'armée, ce grand muet du dix-neuvième siècle, n'était pas telle encore à cette époque. L'autorité elle-même souvent l'excitait à parler, en correspon* dant avec elle paternellement. Le Directoire écrivait quelquefois à un simple officier après un beau fait d'armes (par exemple à Rampon, avril 96).
Ignorait-elle, cette armée d'Italie, ce qui passait à la maison ? Fille du Rhône et des Pyrénées, poo-
' Barbé-VarboU, t. l. Introduction, p. xnu.
vait-elle ne pas savoir que, tout le long du Rhône, on assassinait ses parents, qu'on allait à la chasse des acquéreurs de biens nationaux? Et qui faisait ces meurtres? De jeunes réfractaires, qui, par protection, trouvaient moyen d'éluder la réquisition, aimant mieux cette guerre commode de tuer sur les grandes routes.
La mère écrivait au soldat : « Reviens ! la guerre n'est plus en Italie; elle est ici. . . Reviens, et défendsnous. Ici, ou ne dort plus. Chaque nuit, on entend le chauffeur qui ricane et frappe au volet. x>
Le jour, ces brigands gentilshommes étaient facétieux, excellents escrimeurs, adroits à jouer de la pointe. Très-polimeut, ils demandaient : « Vous crèverai-je Tœil droit ou l'œil gauche*?»
A Paris, tout cela était nié. « Des assassinats ! disait le bon Camille Jordan, il y a eu très-peu, fort peu d'assassinats. » — Carnot dit quelque part qu'il y a eu en tout deux assassinats. « Et je le sais, dit-il, parfaitement ; car l'un a eu lieu dans mon département la Côte^d'Or, et l'autre dans le Nord, où est née ma femme. » — Assertion contre laquelle cent mille familles sont prêtes à protester.
Ce qui prouve combien les meurtres . furent nom* breux, c'est que cette Assemblée, telle quelle, en fut effrayée elle-même et crut les arrêter en fixant une
* C'est ce qui arriva à un de mes amis.
190 FliANGE.
amende pour toute commune où on aurait assassiné.
Ces guet-apens, ces meurtres frappaient surtout les populations dispersées, solitaires, de nos paysans du Midi qui avaient acheté des biens nationaux. On les sentait peu à Paris, mais beaucoup à Tarmee d'Italie, où le soldat était fils ou frère, parent des victimes, ou du moins connaissait celles de sa commune. De là irritation extrême contre le Directoire qui remédiait peu à ces maux, et spécialement contre Carnot, déjà haï pour le traité de Léoben, et suspecté surtout pour sa faiblesse envers les royalistes.
Cette disposition des armées n'éclata en plein que Tété de 97. Et, au printemps, nul n'eût su voir encore comment s'ébranlerait la toute-puissance de Carnot. Outre son mérite réel, son travail, son activité, son maniement déjà ancien des affaires, des bureaux, il avait une chose qui Fanerait dans le public, et que lui-même explique longuement : le fort lien qui l'unissait à Bonaparte ^ Non-seulement, il dit quUl fut l'artisan de sa fortune, plus que Barras, et réclame en partie comme siens les traités de Bonaparte avec le Piémont et l'Autriche. Mais il accuse la majorité du Directoire (la Réveillère, Barras, Rewbell), le fameux trio, c< tremblant pour son autorité,
* Carnot, Réponse à Bailleul, p. 37, etc.
d'avoir toujours voulu se débarrasser du général. €< Bonaparte leur fut toujours odieux, dit-il, et ils ne perdirent jamais de vue le projet de le faire périr. »
Ces paroles étranges (tant répétées plus tard) expliquent bien la situation, la puissance incroyable que Carnot, Bonaparte se prêtaient Tun à l'autre. Garnot, par lequel Bonaparte se croyait sûr d'être approuvé de tout, tirait lui-même une force énorme des grands succès de l'heureux général d'Italie. Quand Masséna apporta, à Paris, le traité de Léoben, sans attaquer Bonaparte comme eût fait sans doute Âugereau, Masséna ne put déguiser à la majorité du Directoire combien ce traité, si agréable aux Parisiens et à la grande société, l'avait été peu à l'armée, qu'il arrêtait au fort de ses victoires. Là commença entre la Réveillère et Masséna, cette estime, cette amitié fidèle qui continua jusqu'à la mort.
La Réveillère vit là de près ce qu'on ne voyait pas de loin, que l'armée était mécontente, que l'empressement de Carnot à accepter le traité et à le faire subir à ses coliques par la force et la tyrannie du haut public, était le sujet de graves accusations.
Sa sagacité s'éveilla. Il vit que c'était le moment faible de Bonaparte et de Carnot, et il dit à Rev^bell : «Unissons-nous!.,, sinon, nous périssons. Si nous avons Barras aussi, nous serons la majorité. »
Le moment était court. Il fallait le saisir. Le grand
196 '^ FRÂ^IGE.
enchanteur Bonaparte, fort affaibli devant l'armée par Léoben, mais relevé par les folles attaques des royalistes, ne pouvait pas tarder à reprendre sa fascination. La Réveillère, grandi, fortifié d'un élan dedyisme, osa proposer aux deux autres la chose qui devait le plus déplaire à Bonaparte et à Gamot : à nommer Hoche ministre de la guerre.
Carnot a toujours dit avec raison que, le premier, il avait protégé Hoche. Mais Hoche l'a toujours cru son ennemi, pensant que sa prison lui était venue non de la haine seule de Saint-Just, mais de la liberté qu'il avait prise de vaincre malgré le fameux Comité, et contre les plans de Carnot. Leur antipathie mutuelle n'était un mystère pour personne. Aussi, ce choix (impossible d'après l'âge trop jeune de Hoche), n'en était pas moins significatif. Il disait aux armées, à tous, que la majorité du Directoire s'était affranchie de la royauté de Carnot.
C'est ce qui donna un si terrible effet aux adresses antiroyalistes de l'armée d'Italie et de l'armée de Sambre-et-Meuse.
Ayant fait cette chose de grand courage, les Directeurs se hasardèrent à faire un pas de plus.
La police élait dans les mains de Cochon, homme de Carnot. C'est-à-dire que le Directoire ne savait que par lui sa vraie situation, l'état de sûreté ou de péril où il était, et, en réalité, vivait dans les ténèbres.
A ce Cochon qui, pour les royalistes, avait peu de secret, ils substituèrent un homme à eux, Sotin, homme sûr et fidèle, et dès lors, comme éveillés en sursaut, ils virent avec terreur que déjà ils étaient enveloppés dans un filet, avec un abîme dessous.