‹ Histoire du xix.e siècle. (Œuvres posthumes)Chapitre 42 sur 79 · U FAUSSE ÉLECTION DE · texte numérisé non relu

U FAUSSE ÉLECTION DE

paralysés par les journaux, le grand public, etc., muets comme dé simples comparses, pouvaient tout au plus dire des choses purement théoriques : « Les principes permettent... j ou : ne permettent pas... »

Vive la liberté l disaient les royalistes, et ils poussaient à l'élection les masses de leurs paysan d'hier, bétes brutes, qui avaient hâte de retomber à quatre pattes. Ailleurs, si les patriotes quelque part étaient forts, les royalistes prenaient les poignards et les pistolets. Â Mortagne, deux républicains sont tués, et beaucoup sont blessés. Dans vingt-six départements, les assassinats furent si nombreux, qu'un agent des lt>yalistes et des Autrichiens, qui faisait leur correspondance à Strasbourg, la baronne de Reich, s'en alarma, trouvant qu'il était absurde de jeter le masque si tôt.

Quoi! dira-t-on, la masse ne s'opposait à rien. Elle était donc bien refroidie? La France est donc bien versatile? — Non, la grande majorité était toujours pour la Révolution, mais peu à peu s'était mise à l'écart, reculée sur le second plan. Tel avait été jacobin et craignait des vengeances. Tel avait acheté des biens nationaux; dans l'inquiet souci de sa propriété nouvelle, il ne voulait rien autre que (s'il pouvait) être oublié. Tout au contraire, les royalistes apportaient aux élections des passions furieuses, la haine et la vengeance, l'âpreté du chasseur et sa férocité.

Les compagnons de Jésus avaient partout repara, à Lyon, dans le Midi. Les tribunaux n'osaient rien. Les gendarmes avaient peur et ne voulaient rien voir. Aussi, les royalistes, agents électoraux le jour, la nuit, changeaient de rôle, et souvent forçaient les maisons, étendaient la terreur par d'horribles sévices de chauffeurs qu'on racontait partout et qui longtemps après, dans mon enfance, terrifiaient encore les campagnes. Voilà sous quelle pression se fit l'élection du nouveau tiers.

Pendant l'élection, que disaient, à Paris, les sages et gens d'affaires , les gens paisibles, etc. ? ce On a signé à Léoben ; voici enfin la paix. Mais les préliminaicas ne sont pas encore complétés tout à fait. Ne troublons rien, et laissons aller doucement l'élection. Noos pourrions gâter la grande affaire. Garnot et Bonaparte ne sont pas maladroits. Qui le croirait? Ce Bonaparte est l'ange de la paix; il est si passionné pour elle, qu'il a rendu cinq provinces des Alpes à l'Empereur. — Et Venise? — Qu'importe? Ne soufflons mot, nous empêcherions tout. »

Dans cette joie publique, il y avait bien encore un certain trouble-fête, du côté de Vendôme. Babeuf, Darthé vivaient. Partout aux familles timides, aux femmes, on rappelait que Darthé, c'était Lebon même, une terreur plus sauvage que celle de Robespierre. Et, aux inquiétudes de la propriété, on présentait Babeuf, l'abîme immense du grand partage qui rai-

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