LES ROYALISTES APPELLENT LA YENDÊE A PARIS
d'întériear qu'ils ne devinaient point, et leur dit tout d'un mot : « La Vendée est ici. »
Ce secret a élé fort bien gardé des royalistes, si bien que, longtemps même après la victoire du parti, le sage Barbé-Marbois ne le dit pas. Et noas n'en saurions rien si de la Rue, qui avait plus de cœur , d'emportement que de cervelle, n'eût tenu à rendre justice aux zélés dont la tentative malheureuse fut déjouée en Fructidor. Ainsi, tandis qu'à lire le récit si bien calculé de Barbé-Marbois, on doit croire que le Directoire fut l'agresseu r, on voit à plein par une simple note, que donne frauchemeat de la Rue, on voit, dis-je, que le Directoire avait eh face une armée inconnue, et d'autant plus insaisissable.
D^abord des jeunes gens de bonne mine étaient venus de l'Est, des centres de l'émigration, et ne se cachaient guère : le duc de Rivière et le très-charman t Polignac, fils adoré de la tant adorée! qui, douze années, régna sur la reine et la France.
Puis, venaient de l'Ouest, de grands propriétaires, les la Trémouille et autres retournés dans leurs fiefs. Gens bien venus partout, et qui, chez madame de Staël, écoutaient, se mêlaient à la société.
La Vendée, comme je l'ai dit ailleurs, s'était fort décrassée de ses héros barbares. La noble Vendée, par M. de ChâtiJlon, avait accusé l'autre, celle des paysans et des prêtres, d'avoir fort indigné par ses
excès. Stofflet, le garde-chasse, ne put avoir la croix de Saint-Louis.
Frotté, au Bocage normand, avait fait une autre Vendée, semi-féodale, flattant l'orgueil des Bas-Normands par son ordre, approuvé du roi. Les biographes disent que Frotté était alors à Edimbourg. Je n'en crois rien. Je pense avec de la Bue qu'il était à Paris au moins pour le moment, ne voulant pas manquer une telle occasion, d'un succès si certain, où tout le monde croyait aux récompenses.
Mais, à part ces groupes et ces bandes, il y avait, si l'on peut dire, une Vendée égrenée, et fort libre, de toute arme, tout rang, des cavaliers démontés de Gharette, des sangliers de Gadoudal qui, quittant la Chesnaye, marchant surtout la nuit, étaient arrivés ici, sans fusil, mais avec de très-bons pistolets de fabrique anglaise.
On ne peut pas douter non plus que des assassins du Midi, attirés par les grosses distributions d'ai^ent que Dandré et autres agents de l'Angleterre faisaient aux Vendéens, ne soient venus toucher leur part. Parmi ces gentilshommes de grande route, qui avaient rhabitude des choses atroces, il y en avait qui agissaient pour leur compte, par fureur personnelle et d'un cœur très-en venimé. Dans les hommes et femmes de feu Gharette, et parmi les agents, les espions de Puisaye, il y avait des âmes diaboliques. On peut en juger par la fureur qu'ils eurent de crever les yeux