‹ Histoire du xix.e siècle. (Œuvres posthumes)Chapitre 46 sur 79 · LES ROYALISTES APPELLENT U VENDÉE A PARIS. Î · texte numérisé non relu

LES ROYALISTES APPELLENT U VENDÉE A PARIS. Î

des chevaux du général Hoche, sur lequel ils tirèrent plusieurs fois, ayant tenté aussi plusieurs fois de l'empoisonner.

Cette diversité du parti royaliste rendait l'unité impossible et la direction difficile. Il n'y avait pas à espérer que ces beaux PolignaCy quoique venant tout droit de chez le roi, fussent obéis ni des clans de Frotté, de cette sauvagerie domestique, encore bien moins de ces honnêtes gens des coins du bois, qui, depuis tant d'années, vivaient de proie, souvent de vol, parfois de meurtres.

Pichegru devait être épouvanté de ces étranges auxiliaires qui venaient, disaient-ils, se joindre à sa future garde nationale. C'était une armée de voleurs qui venait au secours de l'armée des banquiers. Cela donnait lieu à penser.

Camot caressait fort le parti royaliste, et recevait chez lui ses amis de cette opinion dans son jardin du petit Luxembourg, sous les fenêtres de ses collègues et de la Réveillère-Lepeaux, qui logeait au-dessus : a Lui et les siens, dit celui-ci, nous étourdissaient de chants catholiques, chantaient la messe et vêpres ^ » Hais malgré tout cela et ces avances aux royalistes, Camot avait refusé de se lier à eux. Comme régicide, il ne croyait pouvoir rien espérer de bon d'un parti où il voyait tant de fanatiques et de fous. Il avait même

* La Réyeilière, Mémoires, t. H, p. 65.

hâte c[ue les modérés (royalistes ou non) fussent armés le plus tôt possible et formassent une garde nationale contre ces hommes peu sûrs. C'est ce qui produisit cette scène curieuse que Thiers a reproduite d'après la Réveillère-Lepeaux, qui lui-même parla à Carnot. Celui-ci, grand de taille et de son ascendant ordinaire, fut étonné de voir le petit homme contrefait l'interroger de bas en haut, et lui dire avec fermeté :

c( Carnot, as-tu jamais entendu faire une proposition qui tendît à diminuer les attributions des conseils, à augmenter les nôtres, à compromettre la constitution? — Non, » répondit-il avec embarras.

c< Nous as-tu jamais entendus, en matières de finances ou autres faire une proposition qui ne fût pas conforme à l'intérêt public? — Non.

c( Quant à ce qui t'est personnel, nous as-tu jamais entendus ou bien diminuer ton mérite, ou nier tes services ?

« Depuis que tu t'es séparé de nous, as-tu pu nous accuser de manquer d'égards pour ta personne ?

« Ton avis a-t-il été moins écoulé quand il nous a paru utile et sincèrement proposé?. ..

c( Pour moi, dit laRéveilIère, quoique tu aies appartenu à une faction qui m'a persécuté, moi et ma famille, t'ai-je jamais montré la moindre haine? — Non, non, » répondit Carnot.

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