‹ Histoire du xix.e siècle. (Œuvres posthumes)Chapitre 48 sur 79 · FIN DE · texte numérisé non relu

FIN DE

La plus belle surprise, je crois, que la France offre en son histoire, c*esi celle qui eut lieu le lendemain de Fructidor.

Les plus grandes victoires du monde n'eurent jamais un tel eflel.

L'attente de nos ennemis était immense en présence de l'élection de mai 97, où Ton put croire que [a France avait voté contre elle-même, s'était reniée .

La mollesse du Directoire pour les conspirateurs royalistes qui avouaient, déclaraient leur entente avec les Anglais, semblait l'excès même de l'indifférence, 5t comme un évanouissement de la république.

Le brillant héros de la guerre, d'accord avec la partie dominante du Directoire, avait accordé la paix

aux rois (Piémont, pape, Aulriche), et réellement fait la guerre aux peuples, en empêchant la Tente des biens d'Église, qui seule pouvait assurer la révolution d'Italie.

Les habiles, le traître Pichegru, et l'indifférent Horeau, tournaient leurs regards ailleurs, abandonnaient la république qui s'abandonnait ellemême.

Wickam à Baie, Dandré à Paris, distribuaient les guinées à bureau ouvert. Sous ce honteux allèchement, les Vendéens étaient venus, croyant tenir la tête de la France moribonde, pendant qu'on la saignerait.

Tout cela au 17 fructidor. Au 18, tout est changé.

Les royalistes en une nuit ont été vaincus en France, en Europe et partout.

Quelle bataille, quelle lutte heureuse a pu opérer ce miracle! C'est là véritablement le beau de l'événement. Si peu d'efforts, si peu de force, et des résultats immenses. La grandeur morale a tout fait.

Fréron et les thermidoriens, amis de Barras, croyaient à sa pantomime héroïque, voulaient qu'il allât aux faubourgs. Il n'en fit rien, sachant que ce temps-là était passé, qu'il ne pourrait se faire suivre. Garât a sottement dit que le plus déconsidéré. Bar* ras, fot eelui qui se mit en avant. Ce qui eût été certainement le moyen de faire tout juanquer.

La Réveillère a dit et écrit (avec l'autorité de son

EXPLOSION DE FRUCTIDOR. 2i9

caractère) : c< Gomme président du Directoire, fai iignéseul tom le$ actes de cette nuit. Et, sans moi, le 18 fructidor n'e&t pas été fait. » Ce qui ne le prouT6 pas moins, c'est la grande colère de Garnot qui s'en prend surtout à lui (colère effarée qui ne se connaît plus, le charge de mille injures, l'appelle puant, vipère, etc.). Les royalistes avouent que la Réveiilère n'eut d'hésitation que pour son collègue Barthélémy, dont la trahison ne fut connue qu'en 1818 pair l'aveu de Barbé-Marbois.

Donc, ce fut cet impotent, ce philosophe valétudinaire, qu'on croyait tout occupe de botanique et de théophilanthropie, qui prit la responsabilité, signa et fit tout, découvrant pour ainsi dire sa poitrine aux poignards, lorsque vingt mille assassins peut-être, de l'Ouest et du Midi, étaient à Paris.

Les cavaliers de Hoche n'y étaient pas.. Les cinq mille hommes d'Augereau, qui étaient présents, pouvaient combattre, faire un petit massacre, mais n'étaient pas une défensive suffisante. L'homme qui mena tout, sans verser de sang, se montra certes très-brave, fortement appuyé sur sa foi dans la république.

Ce fut comme dans une forêt où des malfaiteurs voient un homme endormi à terre. Profond sommeil. Us approchent. Mais voilà que cet hommeç éieillé, arnaé tout à coup, met flamberge au vent, fait luire et reluire comme un cercle de lueurs d'acier. Il n'a

pas besoin de frapper. Avec respect on recule, et il est fort à l'aise dans ce cercle d'éclairs.

Quel cercle? Oh ! c'est le plus sublime. Le moment sanglant de 95 avait étonné, fixé tous les regards à la terre. Ici, spectacle bizarre, c'est un jinlosophc, un philanthrope obstiné (obstiné jusqu'à la sottise d'épargner Pichegru lui-même) qui, contre Barras, Augereau et tous, exige impérieusement qu'il n'y ait point de sang versé. Et, malgré cette clémence, admirablement imprudente, toute la terre se réveille et salue la république, autrement dit le Droit et la Raison.

Ce que nous prenions tout à l'heure pour les éclairs d'une épée, ce sont des âmes de peuples ressuscites au soleil de Fructidor, qui s'éveillent, scintillent de l'Etna au Zuiderzée. Tout le Rhin vinicole, contraire en tant de choses à l'Allemagne, est pour nous, se met avec nous. La Hollande, si longtemps trahie par les Orange qui l'étouffent sous l'Angleterre, se lance vaillamment à la mer, son natif élément. Enfin l'Italie, retardée par l'astuce de Bonaparte, prend l'essor. La vieille Rome (ayant vomi sa vieillesse la papauté) entraine dans la farandole des républiques italiennes la grande Naples, le vaillant Piémont. Qui dira quelle fut la jeunesse, l'élan naïf de l'Italie, quand, sous les loyales mains de Ghampionnet, de Joubert, elle se retrouva elle-même si unie de cœur à la France !

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