‹ Histoire du xix.e siècle. (Œuvres posthumes)Chapitre 62 sur 79 · PIÉMONT. — DE MAISTRE · texte numérisé non relu

PIÉMONT. — DE MAISTRE

quaient pas. Voltaire, avec finesse, avait vu et prédit, que les derniers barbares dans ce siècle de tolérance se trouveraient dans les magistrats. C'est une maladie en effet chez ceux qui, de pèreen fils, ont l'habitude de juger, condamner, disposer de la vie humaine, c'est une maladie d'éprouver le besoin de toujours exercer cette terrible fonction. Et je ne parle pas du plaisir sanguinaire qu'y pouvaient prendre certains hommes, mais plutôt de l'orgueil d'exercer une si haute autorité.

Après le pouvoir de Dieu, qui est créer ^ le pouvoir le plus haut, sans doute, est de tuer. Voilà pourquoi ?;,

il devient nécessaire à ceux qui légalement l'ont eu une fois.

Cela fut le génie du plus grand écrivain de la Restauration, de Mais^lre, juge de Chambéry, dont l'audacieux petit livre, nullement défensif, prit au contraire la Raison à partie, et la somma de se défendre.

Pour faire un pareil livre, exclure à ce point la lumière, il fallait être non pas ignorant, mais bien cultive de fausse science et d'absurdité, avoir toujours vécu dans une prétendue science scolastique et de séminaires.

Ainsi dans certaines vallées des Alpes où le soleil

'^ n'atteint pas à midi, il y a non pas un faible jour,

mais, ce qui est pis, un jour faux, des apparences, des

brouillards ici, là, sur des endroits glacéSj au plus

stérile, des pointes aiguës, brillantes, qui font illusion;

L'auteur a si bien réussi, que, même à midi^ le soleil n'atteint pas sa vallée. Depuis Bossuet et la fin de Louis XIV, il ignore tout, partant, méprise tout, rejette tout d'ensemble et sans contestation.

Tout ce qu'il sait du monde, c'est la chute^ et la belle justice chrétienne où l'innocent expie pour le coupable.

c( Ne nous affligeons pas des grands massacres d'innocents qui ont toujours lieu sur la terre ». C'est la méthode par laquelle le jardinier céleste» en élaguant les branches, les rend fécondes. Là,, l'auteur énumère les massacres immenses qu'a permis Dieu; il semble qu'il y ait plaisir, et que (comme dans le taurobolîi antique) il se ravive au bain de sang.

Ce livre était fait pour avoir beaucoup plus de succès que V Homme de désir et autres productions du doux mystique Saint-Martin. La Terreur blanche du Midi, de Vendée, y trouvait des arguments à son usage, et dut croire qu'elle aussi entrait aux vues de Dieu.

L'ouvrage parut en 96 pendant la brillante campagne d'Italie. L'auteur visiblement pense déjà à Bonaparte, et remarque que les plus brillapts capitaines (le la république sont des nobles ou des anoblis.

Là, la prévision prophétique, qu'il a l'air de revendiquer, l'abandonne visiblement. Il ne parle que de Monk, de la restauration anglaise. Il ne fait nullement la différence entre notre révolution et la leur. Il

Page 1