‹ Histoire du xix.e siècle. (Œuvres posthumes)Chapitre 61 sur 79 · GRANDEUR DE LA FRANCE SOUS LE DIRECTOIRE · texte numérisé non relu

GRANDEUR DE LA FRANCE SOUS LE DIRECTOIRE

triste existence de mercenaires, qui, de Naples ou Versailles, les renvoyait si corrompus, bien loin de les harmoniser, brouillait bien plus en eux les vrais éléments indigènes. Les Besenval, trisles copistes, ^

dans leur fausse légèreté, ne trouvaient pas la grâce. Par ces mélanges d'éléments discordants, plusieurs devenaient idiots , comme un capitaine revenu de Naples, que je vis en 1858 à Seeburg près Lucerne.

Cette diversité immense et si confuse pouvaitrelle être ramenée à Tharmonie sans détruire en môme temps beaucoup de choses vitales en ce pays? Je ne le crois pas. Mais l'esprit du temps, essentiellement unificateur et centralisateur, disposait à le croire. Sauf quelques hommes vraiment originaux, comme Lavater et Peslalozzi, tous, pour ce grand changement, cherchaient leurs modèles à l'étranger. Les Genevois, justement irrités contre la France de Louis XV et Louis XVI , admiraient d'autant plus l'Angleterre (tels furent tous les amis, disciples, secrélaires de Mirabeau) sans voir combien les institutions anglaises sont spéciales. D'autres, comme les frères vaudois Laharpe, ne voyaient que la France, enviaient sa majestueuse unité, ne sentaient pas assez que cette unité, naturelle chez nous et qui a-

date de loin, ne pouvait être brusquement imposée ri ^\

la grande diversité suisse. Le Directoire pencha trop exclusivement pour ceux-ci. La haute faveur surtout

que Berne, Bâle, Genève, montraient à nos ennemk (Anglais et émigrés) l'indisposait. Sauf la Réveillère (ex-girondin, toujours fédéraliste),^ les directeurs furent pour le gouvernement unitaire de la Suisse, et en même temps mirent la main sur Genève, dont on fit un département.

Acte injustifiable, certes, si à ce moment même on n'eût vu venir une nouvelle coalition qui pour premier poste aurait pris Genève. Par le grand débouché du Rhône sur notre frontière, Genève semble une porte de la France.

Nous ne raconterons pas ces événements ni l'enlèvement du petit trésor de Berne, quaBonaparte prit pour l'Egypte. En revanche, le Directoire montra sa confiance à la nouvelle Berne, régénérée, en lui rendant son magnifique parc d'artillerie. Ce gouvernement des Laharpe, des Stapfer , unificateurs de la Suisse, ne fut pas populaire, et on lui a gardé rancune, même de ses bienfaits. On a trop oublié qu'il aida à repousser de la Suisse, de l'Europe, l'invasion des Busses, alors si rudes et si barbares avec leur barbare Suwarow. On a trop oublié que ce gouvernement fut le protecteur, le premier promoteur, à Stanz, à Berne, des écoles dePestalozzi, qui, plus tard, d'Yverdon, débordèrent, fécondèrent le monde de leur vivant esprit.

La Hollande, non moins diverse de races et d'élé-

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meots que la Suisse, provoquait les mêmes que»tMms. La majorité était-elle pour rina^rence et la diversité antique, ou pour Tunification moderne qui se produisit alors sous la forme de la république batave? C'était un grand problème et nullement de ceux ou le nombre seul fait le droit.

Dans tous les temps, ce pays mixte offrait les deux partis, de la mer, de la terre, peut-être également nombreux. Mais il y a cette grande difTérenœ : le prunier a fait la gloire du pays, c'est celui de la république, alws maîtresse des mers ; le second parti, celui du stathonder, est celui de la décadence, et c'est par lui que la HoUande ne ya plus qu'à la remorque de TAngleterre , comme une chaloupe derrière un Taisseau.

Moi, je décide ici, comme dans le procès des deux mères devant Salomon. Il faut d'abord que l'enfant vive. Or ce n'était pas vivre pour la Hollande, que d'être une province anglaise, labourant , sillonnant la terre, au lieu de sillonner la mer, son élément.

Dans un admirable tableau de yan der Helst qui est à Amsterdam, on voit merveilleusement la question. C'est un repas municipal où figurent les deux partis. Rien de plus saisissant. Ceux qui donnent le repas, les boDS gros marins (à cheveux noirs, figures réjouies, et fories mains calleuses) ofTrent avec bonhomie celte franche main aux cavaliers (hommes plus fins), à dieveux blonds, qui viennent sous la jaune livrée de

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ia maison d'Orange. Ceux-ci osent à peine s'asseoir, se sentant là trop déplacés. On a envie de crier à ces noirs, à ces figures ouvertes et franches de marins : ce Défiez-vous de ces fins cavaliers et de ces blanches mains!... Ils ne montrent que leurs rapières. Mais qui sait si, dessous, ils n'ont pas de stylet ? »

En effet , ces beaux gentilshommes, la veille de notre révolution, trahissaient deux fois la Hollande, en appelant l'Anglais d'un côté, la Prusse de l'autre'.

* J'ajourne le triomphe de Kelson à Naples, les hooteases fêtes et les tragédies «{ai soirirent. J'ajourne les coones cooqaénintes de Chaunpiomet en Italie, pois la mort de Joobert, — Jonbert Teogé par Masséna dans sa grande bataille de Zurich et sa Tictoire sur Suwarow. Bataille immense qui fat gagnée sur on théâtre de dnqoante lieues de long. Ces objets si importants me détourneraient trop de Tintrigue intérieare, mon sojet principal , jasqu*ici si peu ccUirci.

PIÉMONT. ~ DE MÂISTRE. — MANIFESTE SANGLANT DE LA GONTRF-RËYOLUTION.

La débonnaireté de Garnot et T^stuce de Bonaparte avaient, comme on a vu, sauvé Turin, le vrai centre des émigrés. Par cette première faute l'Italie fut manquée. Il fallut Fructidor et la grande explosion qu'il amena en Europe pour donner une nouvelle impulsion, surtout pour arracher dû sa base immobile le Piémont, le vrai roi de la contre-révolution.

La Sodome de Rome n'était que pourriture. Et la sanglante bacchanale de Naples, avec sa barbarie lubrique, n'en laissait pas moins voir en dessous une autre N«nples. Mais à voir la face morne de Turin, on ne soupçonnait pas qu'il y eût rien que la mort en dessous.

C'était le centre de rémigration, beaucoup plus que Vérone et la cour bavarde du prétendant. Il y avait là une vraie passion, toujours vivante, inextinguible, celle de madame Adélaïde. Ici, c'était tout autre chose que la frivole Marie-An toi nette et la débridée Caroline. Il y avait un vrai démon. La Polonaise incestueuse, qui, pendant dix années, eut cette étrange royauté, n'y renonça jamais, attendit la mort d'Antoinette et n'y vit qu'une délivrance. Personne, par ses libelles et sa haine toujours éveillée, n'y contribua davantage. Le temps ne faisait rien sur . .a, cette terrible personne, A soixante et soixante-dix

ans, elle était jeune de haine.

Elle avait trouvé à Turin des âmes dignes d'eUe. Le bigotisme militaire, durci de siècle en siècle, les avait trempées pour le crime . Les perstécutions toujours renouvelées, des innocents Vaudois des Alpes leur inoculaient dans le sang un génie de bourreaux. De pieuses dames surtout poussaient leurs maris, leurs amants, à cette bonne œuvre de laver du sang héréti* s^! que les péchés de libertinage.

Et ces fureurs barbares du versant italien se retrouvaient au nord des Alpes, au versant savoyard. La Savoie, peuple SLté&at sous un climat glacé, s'était au seizième sièclei dans les douces missions de sûtt François de Sales, s'était massacrée elle-même. Au dix-huitième siècle, les victimes manquaient, ayant passé à Genève, à Lausanne. Mais les fureurs ne man-

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