‹ Histoire du xix.e siècle. (Œuvres posthumes)Chapitre 65 sur 79 · LE DIRECTOIRE DÉCIMÉ. — PRAIRIAL · texte numérisé non relu

LE DIRECTOIRE DÉCIMÉ. — PRAIRIAL

Des révélations attendues, une seule parait enfin, cette année 1872 : les Mémoires de la Réveillère-Lepeaux. Mais ce grand citoyen, admirable narrateur pour Fructidor, est moins clair et fort bref pour les temps qui suivent ; il mentionne trop sommairement ce qu'il appelle « les intrigues des frères Bonaparte, » etc.

Nous attendions aussi les Mémoires de Barras (par Saint-Albin), qui, je crois, a été trop sévèrement jugé.

Nous attendions les Mémoires de Real, qui furent présentés sur une épreuve unique au roi Louis- Philippe, si curieux d'histoire contemporaine.

Mais, indépendamment des causes latentes qui peu à peu se révèlent, d'autres causes visibles menaient le Directoire à sa perte.

On prévoyait la guerre. La Réveillère lui-même, devant la coalition qui se formait, grandie de l'alliance russe, avait dit : « La guerre est nécessaire. »

On eut recours à la ressource fort dangereuse, qu'on trouvait : on rétablit l'octroi, avec les grotesques forteresses des fameuses barrières de Paris, dont plusieurs subsistent encore.

Au milieu de cette irritation, arriva la nouvelle surprenante et terrible de l'assassinat de nos en* Toyés, tués par les Autrichiens à' Rastadt.

Déjà des traitements barbares, infligés aux prisonniers français en Angleterre, indiquaient qu'aux yeux de nos ennemis, un Français n'était plus un homme. Cette inhumanité nous fut très-profitable. Elle remonta, tendit le nerf national, Nous retrouvâmes l'élan de 92. La nouvelle génération, non moins brave, était bien plus disciplinée. Et alors, à à cette époque, où le culte de la république était si fort encore, c'était comme une autre religion qu'on opposait aux barbares et fanatiques soldats de Su- \aroYf.

La loi de la conscription (réquisition perpétuelle) fut proposée par Jourdan, votée avec enthousiasme. L'élan fut tel que le gouvernement fut fort embarrassé de suivre un mouvement si rapide.

Au milieu de cet élan guerrier, on eut bientôt une défaite : l'affreux désastre d'Aboukir*.

Le Directoire, apprenant ce malheur, causé surtout par la négligence de Bonaparte, qui n'approvisionnait pas la flotte, ne Faccusa pas en séance publique, mais assembla le Corps législatif dans la Bibliothèque. Là eut lieu une vive contestation entre les frères de Bonaparte et ses adversaires (certainement la Réveillère-Lepeaux),

Les frères virent désormais dans celui-ci leur principal obstacle, et commencèrent contre lui une guerre

^ Le roi Joseph, dans ses Mémoires, nous a donné cetta ûeccfote, 1. 1.

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