JOSÉPHINE
de 92, seront bientôt de vrais soldats. L'Europe doit y réfléchir. Par sa nouvelle loi de Conscription, la France devient un terrible foyer de guerre.
« Je n'oublie pas les beaux succès des Russes qui ont fait notre joie. Mais je n'en vois pas moins cette grande éruption volcanique qui a déjà gagné tout rOccident (Irlande, Hollande, Rhin, Suisse, Italie), et qui pourrait gagner le monde.
« Je voudrais bien voir ici, non pas le Roi seulement, mais sous lui une main ferme qui, assistée de nos amis les Anglais, permît au Roi de contenir tous ces éléments dangereux.
c< Ah! que Bonaparte n'est-il ici! C'est à sa main seule que je me fierais, non-seulement contre l'Europe, mais surtout contre ces généraux jacobins, qui, bien loin de contenir l'incendie, vont le répandre.
ce Et ce n'est pas seulement le vieux jacobinisme de Jourdan qui m'effraye, ce sont les dangereuses liaisons d'Augereau entre Tarmée et les faubourgs. C'est ce rusé Bernadette qui, quoique ami apparent et allié de famille, n'en est pas moins disposée jouer au héros le plus mauvais tour. Bernadette est peutêtre le plus dangereux.
« On craint que Bonaparte revenu ne soit trop fort. Moi je crains qu'il ne soit trop faible, une fois tombé dans ce guêpier de généraux. Et qui sait s'ils ne lui préparent pas son rival heureux, Masséna, dans le
cas OÙ nous aurions ce malheur que Masséna vainquît les Russes?
c< Voilà, messieurs, ce que je crains, et pourquoi je désire que Bonaparte, revenu ici, prête au Roi une main ferme et son épée victorieuse.
c< En tout cas, je ne vois aucun autre chemin pour notre héros, nul autre moyen d'écarter, de subordonner ces dangereux rivaux qui peuvent mettre l'Europe en feu .
« Nous avons grand besoin, messieurs, outre les bons royalistes, outre nos amis les Anglais, d'une main solide, qui oppose des digues à cet océan de feu, qu'on appelle la Révolution.
c< Je n'en vois nul autre que celle de Bonaparte, et si j'étais près du roi d'Angleterre, je sais bien le conseil que je lui donnerais. Je n'écouterais pas ce fou de Nelson qui veut empêcher le retour d'Egypte; mais plutôt l'avis politique de Smith, et je conseillerais d'appeler le seul homme qui puisse contenir, pacifier la France, et assurer le repos de l'Europe. »
Ce discours, que je prête à Joséphine, n'est nullement fictif en un point. Il exprime les sentiments qu'avaient les royalistes depuis leur échec de Fructidor et l'espoir qu'ils fondaient sur Bonaparte, d'après les idées de de Maistre.