GOMMENT BONAPARTE OBTINT DE SORTIR D'EGYPTE
ner au général Smith, général en chef des Anglais. Ce dernier, à l'époque où les Français avaient levé le siège de Saint-Jean-d'Acre, était venu avec des vaisseaux devant Alexandrie. Il est d'usage parmi les Eu- ' ropéens, lorsqu'ils ne sont point en position de se livrer des combats, de se voir réciproquement, quoiqued'ailleurs ils soient en guerre. Bonaparte témoigna donc au général Smith toutes sortes de prévenances, et lui fit dfts cadeaux de prix. II lui demanda ensuite, et obtint la permission d'expédier trois petits bâtiments en France. Le général Smith étant retourné la nuit même sur ses vaisseaux, Bonaparte s^embarqua avec sa suite et sortit du canal par un vent violent. Deux jours après, le général Smith apprit son départ. Cette nouvelle lui fit une grande impression ; il mit sur-le-champ à la voile pour le poursuivre; mais il ne put en apprendre aucune nouvelle. Bonaparte saisissant l'occasion, s'était envolé, comme un oiseau de sa cage^ »
^elon un auteur anglais *, Sidney Smith, pour s'éloigner et ne point garder Bonaparte, prit le prétexte d'aller chercher en Chypre son approvisionnement d'eau douce.
Il était généreux, et un peu romanesque. Justement parce qu'il avait à se plaindre de Bonaparte,
^ Nakoula, trad. par Desgranges, p. 150.
* Que suit Mario Proth dans sa piquante histoire qui, quoique satirique, est souvent très-exacte.
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qui naguère avait, avec insulte, dédaigné son défi, il put avoir la tentation d'être magnanime. Cependant, il est difficile de croire qu'il eût fait un tel acte qui pouvait être accusé de trahison, sans être sûr d'être approuvé de son gouvernement.
Il est certain que les Anglais étaient fort indécis et divisés. Tandis que les uns croyaient, comme Nelson, qu'il fallait le prendre, le garder à tout prix, d'autres croyaient, d'après les royalistes de France (conformément aux idées de de Maistre) , qu'il ne pouvait revenir que pour rétablir les Bourbons. Sans doute, Joséphine le désirait, donnait cette espérance.
Bonaparte mit quarante-cinq jours pour faire cette petite traversée, et dit, pour expliquer ce retard, qu'il avait pris le plus long, par les côtes d'Afrique. Mais on peut croire aussi qu'il attendit le laissezpasser. Si les Anglais s'accordèrent à la longue, c'est qu'ils y avaient intérêt pour empêcher nos républicains de prévaloir décidément sur les royalistes. Le général du parti révolutionnaire, Masséna, qui, depuis un mois, avait gagné une si grand bataille, vaincu les Russes, n'avait qu'à revenir (même seul) pour donner l'ascendant à son parti. Et dès lors toute la France était jacobine. — Jourdan, Augereau, Bernadotte même, étaient alors de ce parti. — Et c'étaient eux probablement qui, abusant de la simplicité héroïque de Masséna, l'avaient détourné
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de venir sur-le-champ, et de paraître à Paris avec l'éclat de sa victoire.
Dans cette situation , terrible pour les Anglais et la Coalition vaincue, on pouvait croire habile d'accorder le retour à ce favori de l'opinion, Bonaparte, qui, écartant Masséna et tous les généraux, donnerait dans Paris et en France la victoire au parti des honnêtes gens et des royalistes. Il est assez probable que Joséphine, si bonne royaliste, ainsi que je l'ai dit, l'avait fait espérer.
Après avoir fait une relâche à Ajaccio, enfin il aborda à Fréjus. En France, il trouva la partie plus belle qu'il n'avait espéré lui-même. Cette surprise subite, l'adresse ou la magie qui l'ont fait passer invisible à travers les flottes anglaises, sa conquête d'Egypte, sa victoire supposée de Syrie, qu'il affirme dans ses bulletins; tout cela porta l'enthousiasme jusqu'au délire.
Ce peuple, sauvé depuis un mois par la défaite des Russes, appelait, implorait Bonaparte comme sauveur, et ne voulait devoir son salut qu'à lui. C'est le grand thaumaturge qui va guérir d'un mot les plaies de la patrie.
Bonaparte, en se retirant précipitamment de Saint- Jean-d'Acre, avait adressé à sa petite armée, mutilée, et malade, une fort belle proclamation qui la releva :
3M FRARCE.
a Nous avons atiaqaé en vain l'Orient, nous partons pour défendre la France contre TOccident. »
Ce noble discours, qui rayit les soldats, était celui de la situation. Le nouyeau Directoire semblait arrivé au dernier degré d'impuissance. Personne ne soupçonnait les résultats grandioses et terribles de la Conscription. Des armées, non payées, peu nourries, composées en partie de ces jeunes soldats, frappèrent deux coups épouvantables sur deux armées très-aguerries. D'une part, Brune, ayant reconquis la Hollande sur les Anglais et le duc d'York, sur ces troupes si bien armées et si fermes, qu'on citait pour modèles, il leur avait arraché cet^ précieuse Hollande, tant convoitée par eux, qu'ils estimaient déjà comme leur plus précieuse province, comme Kent ou Essex. Ce n'est pas tout, il les réduisit à cette extrémité de ne pouvoir échapper que par une capitulation. Terrible mortification, et la plus forte qu'aient eue les Anglais depuis un siècle.
D'autre part, Masséna, profitant de ce que l'Autriche avait séparé ses troupes, et porté l'archiduc au nord plus à la portée des Anglais, Masséna, dis-je, avait pris, divisé les Autrichiens, les Russes, et en avait fait grand massacre. Ces barbares fanatiques, très -braves et qui avaient vaincu les nôtres en Italie, il les réduisit à chercher des passages inaccessibles, à passer par un trou d'aiguille^ je veux dire par un défilé si étroit, qu'un homme