SUITES DE LA MORT DU CZAR PAUL
pape que voulait Bonaparte. Le pape, Pie VII, homme fin et doux, qui, d’après sa célèbre homélie, semblait la tolérance même , attrapa tout le monde, et une lois pape, montra qu’un vieux prêtre reste toujours prêtre.
11 envoya timidement à Paris un homme de grande expérience, Consalvi, premier ministre du pape précédent1. Ce ministre, prudent et tout tremblant devant l’opinion, si contraire, de Paris, n’osa d’abord se montrer, se cacha, employa l’audacieux Bernier.
Mais d’abord, on ne pouvait s’entendre. Pie VII, très-obstiné, voulait que la religion catholique fût déclarée la religion dominante. Bonaparte n’osa, et, au mot dominante substitua : de la majorité des Français.
Sur tout le reste on s’entendit. Et le prêtre dupa le consul parfaitement. Le consul eut la nomination des évêques, mais le pape leur donnait Y investiture canonique, le caractère sacré, sans lequel la nomination n’était rien aux yeux des fidèles.
Le clergé, national qui demandait l’élection comme aux jours primitifs du christianisme, fut sacrifié. Le consul et le pape s’octroyèrent l’un à l’autre la dépouille de l’Eglise.
Les évêques furent rois des curés et les nommèrent.
Une nouvelle circonscription des diocèses élimina soixante évêques en une fois.
1 Voy. Mémoires de Consalvi.
Tous les prêtres reçurent un traitement du gouvernement (outre le casuel), et lui prêtèrent obéissance.
Les archevêques eurent par an cinquante mille francs, les évêques quinze. Libre aux fidèles de faire des fondations pieuses; article grave qui fit passer au clergé le bien des femmes surtout. Le droit de succession, que la révolution leur avait reconnu, tourna surtout au profit du clergé.
Ce traité impliquait une chose tacite : l’expulsion des prêtres patriotes qui avaient prêté serment à la république, et qui ne savaient plus que devenir J’en ai connu un porteur d’eau.
Dix mille d’entre eux étaient mariés1, comme ceux
1 La question du mariage des prêtres, que la primitive Église jugea indifférente et que l’Église protestante a jugée selon la nature, cette question n’a pu faire doute qu’un moment, lorsqu’au douzième siècle, l’évêque se trouva seigneur en même temps, et, comme tel, avide et rapace pour une famille qui souvent donnait l’exemple de tous les vices féodaux. C’est à ce moment que Grégoire VII osa faire son étrange réforme, essaya de supprimer l’abus en supprimant l'usage, interdisant aux prêtres le mariage et supposant que, dès lors désintéressés, ils se tourneraient entièrement vers les choses spirituelles. C’est ce moment singulier que M. Yillemain a trèsbien raconté dans un fort beau livre posthume qui a paru enfin cette année même (1872).
Ce qui restait à raconter et ce qui était hors du cadre de l’histoire de Grégoire VII, c’est que le célibat ecclésiastique ne remplit pas l’espoir que Grégoire VII avait conçu. Les prêtres, délivrés des soins de la famille, ne furent pas pour cela plus féconds spirituellement. Leurs églises gothiques, si justement admirées, n’ont pas été construites par le clergé célibataire, comme on le croyait encore en 1830, mais par des architectes laïques et mariés, dont on a découvert les noms. Quant à la scolastique, j’ai dit combien elle fut peu féconde. D’Abailard à Occam, du douzième au quatorzième siècle, elle ne peut fa’re un pas, revient alors à son point de départ