RETOUR ET DÉCLIN DE PITT
Cet incendie futur couvait dans l’Allemagne, mais il était encore loin d’aboutir. On y était fort partagé. Plusieurs regardaient Bonaparte comme le restaurateur de l’ordre, le continuateur de la Révolution en ce qu’elle avait de meilleur. La grande ruine qu’il faisait sur le Rhin, la brusque sécularisation des Étals ecclésiastiques était loin de déplaire aux ennemis nombreux du moyen âge.
Si les Allemands s’irritaient, c’était d’abord de voir leurs princes tendre la main à l’étranger pour recevoir de lui des débris de l’Empire. On s’indignait contre la Prusse qui, sans se compromettre avec l'Angleterre, s’enrichissait par la faveur de Bonaparte.
ALLEMAGNE
Celui-ci, au contraire, avait bien du monde pour lui. Beaucoup en étaient éblouis. On l’admirait d’autant plus, qu’en ces commencements il était une énigme. Tant qu’il resta consul, les uns voulaient y voir un autre Washington qui se dévoilerait un matin. Les autres, en sa figure problématique, voyaient un génie d’Orient, tout au moins un glorieux tyran militaire qui allait mieux ordonner ce monde. Beaucoup d’ardents esprits en étaient fanatiques ..
Le grand artiste Beethoven, chassé de son pays, le Rhin, par les nouveaux arrangements qui dépossédaient son maître l’électeur de Cologne, n’en célébra pas moins le héros dans son premier essai d’harmonie (qu’il fit à Vienne). Jusque-là mélodiste, il s’essayait à faire marcher d’ensemble des armées d’instruments.
C’était encore le consulat, la république. Mais dès qu’il vit le héros se démentir, devenir empereur, Beethoven, détrompé, le confondit dans la foule des intrigants ambitieux, raya son nom. Il effaça le chant qui, sans doute, chanté aux deux rives du Rhin, leur eût servi de pacte d’alliance.
Telles étaient les dispositions des artistes de l’Allemagne. Schiller venait de faire sa Jeanne à' Arc. Goethe, quoique très-peu partisan de Voltaire, n’en acceptait pas moins Tancrède et autres de ses Ira gédies pour le théâtre de Weimar. Les grands succès