L’ARRIÈRE SCÈNE DE TILSITT
morceler les grands domaines. À partir de 1810, le servage sera aboli.
Aux vieilles corporations mûnicipales, intéressées et immuables, qui s’éternisaient dans leur privilège lucratif, on substitue des municipalités gratuites qui tous les ans seront élues sous la présidence d’un inspecteur royal, et qui ont à leur tête deux bourgmestres dont le roi nomme l’un.
Ainsi, pour rassurer le peuple contre la noblesse, on met partout le roi, comme tuteur des libertés publiques.
Cependant on pouvait prévoir ce qu’on a vu de plus en plus, que, le danger passé, la royauté nonseulement ferait cause commune avec la noblesse, même susciterait une autre noblesse moins ancienne et plus arrogante.
En même temps, un nouveau ministre de la guerre, le Hanovrien Shernhost, ouvre à la bourgeoisie les grades supérieurs de l’armée, supprime toute exemption de service.
A ce mot-là (l’armée), les agents de Napoléon (Davoust, Daru) ouvrent pourtant l’oreille. Mais quoi ! La Prusse, par le traité, ne peut entretenir que 42,000 hommes. On imagine alors ce roulement rapide qui remplace sans cesse les recrues exercées par des recrues nouvelles, et qui en peu d’années va former deux cent mille soldats pour la bataille de Leipsick.
Comment Napoléon ne voit-il pas cela? « Il faut*
ALLEMAGNE
se dit-il, bien du temps pour former des Allemands et en faire des soldats. »
Toute la prévoyance de ses agents se réduit à demander l’expulsion de Slein qui se réfugie en Russie, où il trouvera un champ plus vaste, plus ténébreux, à exploiter.
Transporté sur ce théâtre, Stein, vrai politique, alterna ses moyens.
D’une part, avec Arndt et les rationalistes allemands, il organisait leTugenbund que répandit avec sa gymnastique le Poméranien Jalin, association qui désavouée par le roi, travaillait cependant pour lui.
Mais d’autre part, Slein trouvant dans le Nord les illuminés , se lia avec eux (dit son compatriote et ami Hardenberg), et se mit sous la protection de l’impératrice mère1.
Pendant qu’en Prusse, l’éducation du jeune homme devient pour l’avenir une puissante machine de guerre, dans la ténébreuse Russie, la réaction prépare une machine non moins redoutable.
L’impératrice mère qui tous les ans s’enfermait au tombeau de Paul et restait toujours fort troublée de ce souvenir, imagina (comme bonne œuvre qui tranquilliserait sa conscience) de créer un institut de cinq cents jeunes tilles, qui, élevées pieusement et bientôt femmes et mères, répandraient les bons principes
Hard, t. IX, p. 463.