L’ENTR’ACTE APRÈS TILSITT
bien se faire que ce que nous appelons nos grands événement, n’y vînt qu’en seconde ligne.
Les grands événements pour la terre sont ceux qui jadis firent surgir des espèces nouvelles d’animaux1, et qui aujourd’hui font apparaître en saillie des races d’homme dans l’histoire.
Les puissants végétaux qui augmentent ou diminuent l’action humaine, peuvent être comptés, en bien, en mal, dans l’histoire de la Terre. Je parle des végétaux alcooliques, des stimulants du système nerveux, du sucre, de la vigne, du café, ou par contre de l’opium, du tabac. Grandes puissances dont chacune a produit par son apparition une révolution énergique pour activer, ou ralentir nos énergies.
Je parle aussi des grands fléaux , des maladies épidémiques qui multiplient en un siècle ses causes de mort.
Ainsi le choléra, observé pour la première fois dans le Bengale, à l’embouchure du Gange, en 1817, voyagea, et ne fut à Paris qu’en 1852.
Ainsi la fièvre jaune (vomito negro) , peu connue au siècle dernier, éclate en celui-ci, n’apparaît la pre-
1 Que les esprits froids et indifférents sourient, je n’en mettrai pas moins parmi les grands événements de la Terre, le massacre cruel qu on fit, au dernier siècle surtout, des cétacés, ces colosses des mers, nos analogues qui comme nous ont le lait et le sang, La mer fut rougie à la lettre de ce carnage inepte où l’on gaspilla et perdit tant de richesses, et où le globe fut dépouillé de ces espèces qui par la taille au moins, étaient sur la planète, la plus splendide manifestation de la vie. Voy. Lacépède et autres naturalistes.
COUP D'ŒIL SUR LE GLOBE. 295
mière fois à l’Europe qu’en Espagne et à Barcelone.
Ainsi quelque indifférente que soit l’Europe à ce qui se passe dans le vaste monde de la terre, la mort au moins 1 avertit fortement. Les grandes épidémies semblent des voix funèbres qui nous rappellent la solidarité générale des habitants de la planète.
En revanche, si la mort semble par moment prévaloir, en d’autres la vie brille ou par la multiplication de certaines races, ou par l’augmentation de leur activité, enfin par certains croisements qui les mettent en saillie.
Tout ceci est peut-être un effort d’ignorance, de l’attention unique que très-longtemps l’Europe concentra sur elle-même, en négligeant les autres races, qui existaient comme aujourd’hui. Voir à Thèbes les monuments de Ramsès II (Sésostris), admirablement expressifs1.
Races infiniment plus nombreuses qui se comptent par milliards. De plus, bien plus robustes qui résistent aux fléaux qui nous déciment. Par cela seul, les noirs, les jaunes et les cuivrés doivent être tôt ou tard seuls habitants et possesseurs des contrées les plus riches du globe, de ces dangereux paradis où toutes nos activités cessent, où nous n’apparaissons que pour languir, mourir.
1 Champollion, I.epsius, etc.