‹ Histoire du XIXe siècleChapitre 37 sur 75 · L’ËNTR'ACTE APRÈS TILSITT · texte numérisé non relu

L’ËNTR'ACTE APRÈS TILSITT

On ne parle pas assez de la race brune, si industrieuse, celle des castes inférieures de l’Inde, de la grande majorité de sa population. Plusieurs de ses essaims ont pénétré jusqu’en Europe, et y sont connus sous le nom fort inexact de zingaris (bohémiens). Un savant habile et modeste, M. Bataillard, s’est consacré à l’histoire de ce monde obscur. Il est très-vraisemblable que les Cabires, Cabiles, etc., en furent des ramifications dans la Samothrace, l’Atlas, etc.

Cette race brune qui contient les castes les plus méprisées, pourrait bien hériter de l’Inde, oùlesEuropéens ne vivent pas, et où les castes supérieures ont porté depuis Clive jusqu’à la grande révolte de 1857, pendant tout un siècle, le plus grand poids des malheurs sociaux. Les bruns durent, dureront. Les grands fléaux de l’Inde, le culte de la mort, les étrangleurs, le choléra (qui paraît en 1817 aux embouchures du Gange) ne les ont pas sensiblement diminués. Ce sont des travailleurs si sobres, se contentant d’un minimum si bas, que rien ne peut le réduire, l’abaisser. Ainsi tout glisse sur eux. Ils fabriquent toujours pour les grands marchés de l’Asie, Java, Bassora même. Leur vrai danger c’est que les Européens, connaissant leurs produits et l’extrême bon marché qu’a chez eux la main-d’œuvre, ne leur imposent le goût détestable de l’Europe, ne faussent, ne perdent l’art indien *.

1 I,es pays récemment conquis se sont mieux conservés. Mais déjà Ca-

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Lesjaunes, si nombreux et si industrieux , ont mille arts bizarrement exquis et délicats, surtout la Céramique, dont le barbare pillage du grand musée chinois a répandu les échantillons. Cette abondance et ce bon marché relatif donnent l’espoir que les hideuses potiches de l’Europe ne prévaudront pas, n’éteindront pas l’art de l’Asie.

Depuis longtemps les missions avaient fait connaître la race jaune, en la défigurant. Les Hollandais, avec leurs habitudes discrètes, leur monopole étroit, ne l’avaient guère révélée davantage. Les Anglais, plus entreprenants et maîtres de Java (1810), plus tard par leur comptoir de Canton et de Singapour, et surtout par le grand commerce de l’opium, s’ouvrirent l’empire chinois. Enfin l’Europe le força, apprit à le connaître. Les Japonais spirituels, énergiques, montraient la race jaune sous un nouvel aspect.

Si les Chinois émigraient en familles, leur bon marché, leurs grandes qualités d’ouvriers, pourraient faire l’effroi de l’Europe. L’extrême répulsion des races retarde leur progrès en Amérique.

Le nègre est un mystère. On a cru très-longtemps que c’était une race. Mais la connaissance que nous commençons à avoir de toute l’Afrique, nous auto-

chemire périclite, s’empreint du mauvais goût européen, la lourdeur de Londres et les bizarreries de Paris.

L’EjSTPi’ACTE après tilsitt.

rise à croire que c’est une déviation de la race noire, particulière surtout à l’Afrique occidentale.

A l’Est, du côté Abyssin, la race noire est fort belle, et (sauf la couleur), semblable aux races blanches, même avec des conditions de fixité et de beauté inaltérable (qui semble exclure la vieillesse, comme le disent Hérodote et plusieurs modernes, Caillaud, etc.). Mais à mesure qu’on va aux zones humides de l’Ouest, dit Livingston, on trouve dans les marais, les fleuves, beaucoup d’animaux aquatiques comme les hippopotames, animaux à formes renflées et singulièrement lippues. Les lèvres, parties molles, puis le ventre, sont les premières atteintes de cette enflure difforme. Le cerveau diminue d’autant. De là des formes étranges, celle du gorille, et dans l’espèce humaine, des races nègres, ou somnolentes, ou d’une agitation convulsive qui rappelle le singe.

Les anciens monuments de l’Egypte dans les captifs et les esclaves que Sésostris (Ramsès II) amenait de l’Ouest, expriment parfaitement ces figures étranges.

Être nègre , c’est bien moins une race qu’une véritable maladie dont la transplantation sous un autre climat, au bout d’un certain temps, opère la guérison. Déjà les nègres, nés en Amérique, ont une teinte moins noire, et deviennent sensiblement bruns. La liberté et la culture effacent peu à peu le faciès bestial, et rapprochent la beauté noire non de la sévère

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beauté éthiopique, mais des grâces et des morbidesses les plus touchantes de l’Europe1.

Quant aux dons intellectuels, il suffit de nommer le plus grand improvisateur de l’Europe, Alexandre Dumas , et tant de généraux intrépides et habiles. Mais ce qui est plus fort et caractéristique, c’est le changement qui s’est fait en un demi-siècle dans l’ensemble de cette société qui avait tout à faire, meme à renouveler ses conditions physiques, et devenir, par une métamorphose surprenante, pour ainsi dire, une race nouvelle. Rien d’étonnant si depuis quelque temps ce grand mouvement s’est ralenti !

Dieu protège Haïti, et lui conserve son libre mouvement spontané! Que les Européens, que les Américains du Nord, s’abstiennent de mettre dessus leur main pesante, qui, sous prétexte d’amélioration et de progrès, gâterait tout, et ferait de cette terre originale, un simple Elat d’Yankee comme tant d’autres de la grande république américaine. C’est une belle expérience qu’il ne faut pas étouffer dans son commencement. Leurs pères ont tant souffert que nous

1 Les quarteronnes, d’abord, d’un rose un peu lilas, éclipsent sans difficulté les plus brillantes Européennes. Chez les mulâtres, on voit les plus beaux enfants de la terre, à traits fins, des nez délicats, et de profil classique. Tels j’ai vu les petits B..., et mademoisseile II..., fille de l’historien d'Haïti, d’une piquante beauté parisienne. Mais ce qui m’a paru le plus original, c’est une demoiselle ( griff , de la teinte la plus sombre), l’une des filles de M. M..., ministre d’Haïti en Espagne, et chroniqueur aussi fort distingué de son pays. Cette beauté étrange, pleine d’attrait et d’un mystère piquant, timide et d’une sauvagerie pleine de charmes, faisait dire à la première vue : * Belle comme la nuit ! i

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