L’ENTR’ACTE APRÈS T1LSITT
excellents historiens d’Haïti, MM. Hardouin et Madiou le font assez connaître.
Certains détails intéressants ne se trouvent cependant que dans un petit livre qu’il m’est interdit de louer, et qui au reste l’a été de toute la presse, en France et en Europe. Madame Michelet dans ses Mémoires d'une enfant raconte que son père, fort jeune alors à Saint-Domingue, quoique son cœur généreux fût pour les noirs, n’en fut pas moins par eux, fusillé presque par une méprise. Toussaint l’épargna, et le prit d’abord comme précepteur de son fils, puis comme secrétaire. Quelque défiant qu’il fût, pour son utilité, il était bien forcé de s’avancer en maintes choses près du jeune homme cultivé, d’ailleurs visiblement candide l.
Madame Michelet raconte encore le triomphe de Toussaint au Cap, quand les prêtres lui donnèrent l’hostie à porter en procession sous un dais de velours, la fête que lui firent les dames blanches, et ses tentatives pour rétablir la culture en faisant tra-
1 « Quand toute la maison dormait, il réveillait mon père (lui-même ne dormait que deux ou trois heures). Il parlait d’abord de choses vagues, puis peu à peu le tâtait sur tel mot, telles idées. L’œil limpide du jeune homme, son lumineux regard, sa figure expressivede Français du Midi révélaient tout. Toussaint, non sans envie, recevait celte lumière Lui il ne montrait rien. A la lumière douteuse d’une petite lampe, le sombre visage était plus noir encore. Pour scruter, c’était comme un lynx. Mais, observé, il se retirait en lui, dérobait son regard. Levant les yeux au ciel, il remontait, cachait la prunelle sous sa paupière épaisse, ne laissait voir que le blanc. Alors il devenait hideux. Mon père, tout jeune et brave qu’il était, détournait ses regards. » (Madame Michelet, Mémoire d’une enfant, p. 312.)
COUP D’ŒIL SUR LE GLOBE
vailler les nègres, non plus esclaves, mais soldats.
On sait la catastrophe, et comment Napoléon, pour faire un trône à sa sœur, conçut l’idée barbare d’étouffer ce monde naissant . Nulle part sa tyrannie ne parut plus sauvage que dans cette tentative où il enterra les restes des armées d’Égypte et d’Italie. L’homme qui avait écrit la lettre audacieuse ( le premier des noirs au premier des blancs ) surpris et conduit en Europe, y périt à la lettre dans un enfer de neiges au triste fort de Joux, le lieu le plus froid de la France.
Toussaint périt. Haïti survécut. Le germe que la France y avait semé, se montra héroïquement vivace contre la France de Napoléon. La fièvre jaune, sans doute, la défendit, mais (bien avant qu’on ne put prévoir celte défense) la vaillance du cœur noir, dès le premier acte, fut révélée. Tous les souverains de la terre, tremblants devant Napoléon, furent ici humiliés. Devant cette grande flotte, cette terrible artillerie, et cette armée unique au monde, devant ce drapeau redouté, un nègre ne sourcilla pas ; le noir Christophe chargea et tira le canon.
Le vrai canon français, du dix-huitième siècle, celui de Diderot et de Ilaynai, contre la fausse France (du Corse et delà servitude.)
Combien Haïti tenait à la France, on le vit bien. Car, malgré les excès sanglants de Dessalines contre les blancs, si naturellement haïs et suspectés, la grande