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OCCUPATION DE ROME (MARS

Revenons à Napoléon, au grand drame de l’Europe.

L’enfrevue de Tilsilt semblait lui mettre le monde sous les pieds. Dans cet accès d’orgueil, il lit deux choses absolument contradictoires : D’une part, d’en venir avec le Pape aux dernières extrémités, et d’autre part, de se lancer dans une guerre terrible pour conquérir les deux nations les plus papistes de l’Europe. Le plus simple bon sens disait que, pour cette dernière entreprise, il fallait ajourner la crise des affaires de Rome, et n’avoir pas contre soi le Saint- Siège.

Dans les entretiens de Tilsilt, Napoléon parlant à Alexandre de ses quere es avec le Pape, le czar lui

aurait dit : « Je suis pape; c’est bien plus commode. w

Ce mot frappa d'autant plus Napoléon qu’il répondait à ses propres instincts. Élevé par les prêtres, grand admirateur de Louis XIV, il avait senti de bonne heure qu’il n’y a de tyrannie forte que celle qui s’appuie sur une base religieuse, sur la racine profonde d’une éducation de servitude.

Dès qu’il fut Empereur, il s’oceuj a du catéchisme impérial, du livre où les enfants apprendraient, comme article de foi, la légitimité de son pouvoir illimité.

Portalis lui disait de prendre le catéchisme de Bossuet. Mais ce qui avait suffi à Louis XIV [La recommandation d'obéir aux autorités en général) ne suffisait point à Napoléon. Ce fut lui-même qui dicta au légat Caprara le chapitre où l’enfant doit apprendre cet article de foi (impie! idolàlrique! la religion d’un homme!) l.

Le pape n’apprit la chose que le 5 mai 1806 par un article du Journal de l'Empire 2.

Ce qui achève de peindre tous ces honnêtes gens, c’est que les évêques ne reprochèrent au catéchisme nouveau que I omission d’un article que Napoléon ajouta : Hors de l'Eglise , point de salut.

1 Voy. d'Haussonville d’apiès Consalvi, Jauffret et autres.

2 « H ne réclama pas, car des affaires plus graves l’en empêchèrent, » dit froidement d’Haussonville; comme s’il y ait eu jamais d'affaire plus jrave que cet empoisonnement de l’enfance.

OCCUPATION DE DOME (MARS 1808). 5(if>

Nous avons dit plus haut, et personne ne le conteste, que le pape, allant à Paris, avait l’espoir de se faire rendre Bologne, les Légations. Si glissant sur l’affaire spirituelle du Catéchisme, il fut admirablement persévérant pour l’affaire temporelle des biens d’Eglise. Il voulait, quand on reprit les États vénitiens après Austerlitz, qu'on lui donnât une indemnité. Il réclama toujours son prétendu droit sur Naples et sur les principautés du Midi, Bénévent, etc. Pie MI, peu avide personnellement, était entouré d’une indigne cour, d’Antonelli, etc., dont M. d’Haussonville, lui-même, ne dissimule point le caractère.

Ces intrigues enfoncèrent le pape dans son ingratitude envers son bienfaiteur qui l’avait réellement remis à Rome par la victoire de Marengo, et qui depuis avait tant relevé le Catholicisme par son ascendant dans toute l’Europe.

La cour de Rome, toute anglaise, espérait avant Iéna. Depuis, désespérée, elle fit à Bonaparte une très-mauvaise guerre (dit d’Haussonville lui-môme), se vengeant en refusant de consacrer les évêques nommés par l’Empereur. Cela mit Napoléon en grande fureur, et dans une lettre peu sensée qu’il écrivit au prince Eugène pour le Pape, il dit : « Que veut-on donc? Me couper les cheveux? Mais qu’on le sache bien, je serai Charlemagne, et non Louis le Débonnaire. »

Voilà donc la guerre déclarée entre ces deux puissances qui agissent avec des armes, des moyens différents. Bonaparte prend au Pape Ancône, dont les Anglais se seraient emparés, et de plus la grande roule militaire qui mène de Lombardie à Naples. De son côté, le Pape refuse les bulles aux évêques nommés par Napoléon. Chose bien maladroite, dit luimême M. d’Haussonville; il semblait que le Pape voulût venger ses injures temporelles aux dépens des âmes chrétiennes.

Napoléon, en plusieurs choses, touchait à l’encensoir. Il avait sécularisé les évêques Electeurs du Rhin. En Italie, il créait des chapitres nouveaux, c^s séminaires, réunissait plusieurs couvents en un. il avait affecté d’annoncer l’Université impériale comme une sorte de pouvoir spirituel destiné à indiquer le bien et signaler le mal. Haute fonction qui la constituait une sorte de sacerdoce, dont le chef (le mondain Fontane) eut le titre antique et vénérable de grand maître. Du reste, le pouvoir moral, attribué à l’Université, lui est donné précisément au moment où Napoléon croit que la papauté va bientôt finir (25 janvier et 17 mars 1808).

Pour juger équitablement les rapports de Bonaparte envers le Pape, il faut se rappeler que, depuis un siècle que le cardinal d’York et les Stuarts s’étaient réfugiés à Borne, c’était une ville jacobite et anglaise. La petite cour du Prétendant, augmentée

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