‹ Histoire du XIXe siècleChapitre 53 sur 75 · MARIAGE D’AUTRICHE · texte numérisé non relu

MARIAGE D’AUTRICHE

lui, et lui fit demander une autre de ses sœurs. Mais avant de se lier ainsi à Napoléon , Alexandre eût voulu lui faire signer ce mot : Que la Pologne ne serait jamais rétablie , c’est-à-dire ôter aux Polonais leur espoir dans la France, et ôter à Napoléon cette épée de Pologne , que peut-être quelque matin ce dangereux Napoléon pourrait lui porter à la gorge. C’était comme lui dire : « Marions-nous, d’accord; mais, d’abord, quittez cette épée. »

Napoléon y répugnait, sous prétexte de l’honneur de la France. Pour avoir une princesse russe , il fallait qu’il mît dans la corbeille la mort de la Pologne et sa propre humiliation. Il craignait d’ailleurs que cette cour curieuse ne vît trop à travers les murs de Saint-Cloud, et savait que l’impératrice mère exigeait que ses filles lui écrivissent jour par jour tout ce qu’elles auraient vu.

Sans attendre le délai de dix jours, qui était convenu, il rompit, et demanda une fille de l’empereur d’Autriche.

Cela eut grand effet ; c’était épouser décidément le parti rétrograde, dont l’Autriche avait été jusquelà le principal représentant.

Contradiction bizarre. Il venait d’enlever le pape, et, pour fortifier son ascendant sur l’Eglise, il pensionnait le clergé, créait cinq mille cures de plus et des bourses dans les séminaires.

Mais, en même temps qu’il se décidait pour le

560 OCCUPATION DE ROME, DE LISBONNE, DE MADRID, vieux parti, pour l’Autriche, il n’en traitait pas mieux la famille où il entrait. Si l’on veut voir la disposition de l’Autriche pour ce mariage, qu’on regarde à Versailles le médiocre mais très-fidèle tableau où le triste François marche à sa première entrevue avec Napoléon. Marche? Non, est traîné d’un mouvement mécanique, étranger à sa volonté. Ce spectre blond et rose est quelque chose d’étrange et fait horreur. Automate lugubre, où déjà on pressent le geôlier du Spielberg.

Ce fut un sacrifice humain. Marie-Louise, sous son éclat sanguin, et sous sa fraîcheur de vingt ans, était comme une morte. On la livrait au Minotaure, au grand ennemi de sa famille , à l’assassin du duc d’Enghien. N’allait-il pas la dévorer?. .. Sa peau jaune de Corse, par la graisse était devenue d’un ton blanchâtre, tout fantasmagorique. La fille du Nord, une rose (un peu vulgaire, telle que Prudhon l’a peinte), était effrayée du contact.

Tout fut noué avec une précipitation extraordinaire. La demande fut faite le 7 mars. Le 8, le contrat fut signé. Le 11, le mariage eut lieu à Vienne; ce fut le prince Charles, qui, avec la procuration de Napoléon, épousa, c’est-à-dire, eut le chagrin de livrer la victime, comme une dépouille de sa dernière défaite.

Le 13 mars, éplorée, elle quitta son père et Vienne. Sur la route, une sœur de l’Empereur la reçut et lui

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