‹ Histoire du XIXe siècleChapitre 52 sur 75 · MARIAGE D'AUTRICHE · texte numérisé non relu

MARIAGE D'AUTRICHE

Les royalistes disaient que Bonaparte était « un être accidentel, un de ces champignons, nés d’hier, qui doivent disparaître demain. » En attendant, ils tiraient, de leur mieux, partie du champignon. Par Joséphine, ils se faisaient rendre leurs biens. M. de Maistre, leur coryphée, avait obtenu de la cour de Russie, sa protectrice , la permission de demander une entrevue à Bonaparte. Celui-ci ne répondit pas, et ne voulut pas voir ce présomptueux intrigant.

Lui qui avait tant fait pour le parti rétrograde, épargné par deux fois l’Autriche, relevé le papisme en 1802, il savait bien que ce parti attendait, souhaitait sa mort, sa chute, le voyait volontiers en-

chaîné à la stérile Joséphine (sacrée, mais avilie par la honteuse affaire d’Hortense dont retentit la presse européenne). Elle suivait partout Bonaparte, qui ne cachait point son dégoût.

Chacun prévoyait le divorce. Les sœurs y poussaient fort, mais craignaient l’arrivée d’une princesse étrangère, voulaient lui faire épouser une Française. C’était aussi l’idée des meilleurs courtisans, entre autres de M. de Narbonne, qui croyait que l’Empereur ne pouvait s’appuyer que sur la France. Les sœurs ménageaient cette affaire, bien peu délicatement, menant sans cesse l’Empereur à la maison de Saint-Denis, le tentant par la vue de ces belles filles. On le faisait arriver surtout au moment où la plus belle (déjà impératrice par sa grâce majestueuse) distribuait aux pauvres les aumônes de la maison l.

Cependant, à l’entrevue d’Erfurth , il eut l’idée d’un mariage de Russie. Mais la mère d’Alexandre, qui avait horreur de cette idée, se hâta de marier la princesse en question à un petit prince d’Allemagne.

En décembre 1809, après Wagram , Bonaparte, qui avait si bien payé la douteuse amitié du czar par la Finlande et les Principautés, se crut bien avec

1 J’ai connu cette belle et vertueuse personne; j’ai eu tous ces détails et par madame Angelet, dame de Saint-Denis, et par M. de Yillemain, secrétaire de M. de Narbonne.

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