JUSQU’À NOS JOURS
Notre savant collègue M. E. de Ménorval vient de donner au public le troisième volume de son Histoire monumentale de Paris depuis ses origines jusqu'à nos jours.
J'ai déjà eu l'honneur d'entretenir la Société des deux premiers tomes de cette publication.
En avançant, à la suite de M. deMénorval, dans cette étude historique, l’intérêt, loin de diminuer, s’accroit, s’il est possible, de toute la curiosité qu'éveillent des événements plus modernes et dont nous saisissons mieux les ramifications avec l’histoire que nous vivons nous-mêmes aujourd’hui.
Ce volume commence à l’avènement de Henri IV et va jusqu'à la mort deLouis XIV ,en 1715.C'est une des périodes les plus glorieuses de notre histoire : celle où la monarchie atteignit son apogée, où la France devint vraiment la grande nation ; celle aussi où Paris, s’embellissant de monuments
ait mort de la même façon.
e Saint-Pierre-de-Chaïllot a subi bien ations, mais n’a pas changé de place,
(1) Son pè (2) L'égli
des modifie
grandioses, s'est enrichi de ces chefs-d'œuvre qui font encore l'admiration de tous les artistes.
Siècle illustre entre tous, où les hommes d'Etat s'appelaient Sully, Richelieu, Mazarin, Colbert et Louvois ; où deux grands rois, Henri IV et Louis XIV malgré leurs fautes et leurs erimes,honoraient lesfleurs delys de France ; où les poètessenommaient Corneille, Racine, Molière ; où lachaire des Eglises résonnaitdes accentsdes Bourdaloue et des Bossuet ; où les arts comptaient une pléiade incomparable de peintres et de sculpteurs nés sur le sol de la France !
Mais, dans l’histoire des peuples comme dans la vie des individus, les jours heureux sont précédés et suivis de deuils et de misères. Après les gloires du grand siècle, voici les morts répétées dans la famille royale, les défaites, les ruines, la famine.
Avant lesannées heureuses du règne de Henri IV, il y avait eu ces longs mois où leroilégitime avait été obligé de conquérirsonroyaume sur cesligueurs trop souvent unis à l’étranger.
À tous ces moments de la vie nationale, Paris a la part prépondérante qu'il a toujours eue dans notre histoire. Il faut lire, dans l’ouvrage de M. de Ménorval, cette relation du siège de Paris en 1590 (£) où, leroi étant à Chaillot, nous voyons se dérouler devant nous un spectacle que nos yeux, hélas ! ont pu comtempler il n’y a pas trente ans.
Déjà, on mangeait les chevaux, les chiens, les rats ; une boullie épaisse remplaçait le pain. Les viellards comme les enfants à lamamellemouraient d’inanition. On formait les projets les plus extravagants ; et, quand on vit que la cité allait se rendre, il y eut, à cette date aussi, des Français qui proposèrent de brûler l’Hôtel de Ville etle Parlement !
Si j'ai insisté sur cette partie du livre de M. de Ménorval, c'est que, pour notre génération, elle est presque encore d'actualité ; c’est aussi parce qu’elle montre bien ce que furent des Parisiens à toutes les époques de leur histoire.
Tout le reste n'est pas moins attachant: entrées solennelles des rois, fêtes populaires, mœurs et usages de la bourgeoisie et du clergé, intérieurs des grands seigneurs, toute la vie de la Cité pendant près de cent cinquante ans se déroule ainsi devant nous dans un décor mouvant et curieux.
Aussi, ce gros volume, qu'on ouvrirait avec crainte, si l'on n'avait l'expérience de ses aînés,se ferme-t-il en laissant le regret qu'il soit si tôt fini.
Antoine GuILLois.
Voici maintenant, textuellement reproduits et parfois légèrement rectifiés dans des notes, les passages de Paris depuis sesorigines jusqu'à nos Jours (t. IT) qui intéressent l'histoire de nos quarüers :
il réfute cette légende d'Hen- L ser de la nourriture äux Parisi s soldats de l'armée royale trouvaient ainsi un moyen de se procurer gent qu'ils ne recevaient pas dü roi, dont le ses élaient vides
Que d'erreurs sont ainsi relevées ét détruites à chaque page de ce volume !
P. 7 et 8. — Le 24 août 1588, pour fêter
dignement l'anniversaire de la Saint-Barthélemy, huit ligueurs et ligueuses s’embarquérent sur la galliote, à Passy; on les vit débarquer au bas de Saint-Cloud, gravir la côte et, arrivés devant l’église, s'étendre à terre afin de racler le sol de leur langue sur le lieu du supplice et de rapporter avec eux quelques parcelles des cendres dusaintmartyr. A leur retour, la Seine,subitement agitée, se souleva, engloutit la barque, « et tous furent noyés près du couvent des Bonshommes », sans que les reliques qu'ils rapportaient de leur saint aient eu la vertu de sauver un seul d'eux du naufrage. P. 279 et note. Le village de Chaillot, favorisé par laprésence de la reined’Angleterre, Henriette, qui y avait fondé en 1651 un couvent de filles de la Visitation, dans l’ancienne maison de Bassompierre, fut érigé en faubourg par arrêt du Conseil de juillet 1659.
Note. — Chaillot fut érigé en faubourg sous le nom de faubourg de la Conférence, dans le but d'augmenter ses revenus par le changement des tailles en droits d'entrée. Lesouvrierset marchands de Chaillot furent déclarés exempts des lettres de maitrisemalgré les poursuitesqu'avaientvouluexercer contre eux les gardes-jurés des communautés d'arts et métiers de Paris. L'église date du xusiècle,mais elleaëté complètement reconstruite au xvni®, puis au xvin. Sur le maitre-autel, on voyait un saint Pierre délivré de ses liens par un ange.
P. 984 et note. — Abbaye de Sainte-Geneviève, rue de Chaillot, Les chanoinesses de Sainte- Geneviève, établies à Nanterre, furent tranférées à Chaillot en 1659. Elles appartenaient à l’ordre de Saint-Augustin.
Note. — Cette abbaye de la rue de Chaillot est très connue sous le nom de Sainte-Périne, qu’elle doit à des religieuses de la Villette qui y vinrent en 1746. Supprimée en 1799,elle devint, en 1800 (1), une maison de santé payante pour les deux sexes. Atteinte par les percements de voies nouvelles, elle a été transférée, en 1865 (2), rue Mirabeau (3), à Auteuil.
P. 285 et note. — Il y avait au basde Chaillot, au lieu dit la Savonnerie, un petit hospice d’enfants construit par Marie de Médicis ; la chapelle était sous le vocable de Saint-Nicolas. Le nom de la Savonnerie est resté célèbre par lamanufacture de tapis de Perse que Henri IV établit en cet endroit. Elle fut réunie aux Gobelins en 1828. La Manutention militaire occupe aujourd'hui l’emplacement de la Savonnerie.
P. 308 et 309. — Au mois d'août 1651, le sieur de Monbrun-Souscarrière fit voir au roi et à son frère, « en la rivière de Seine, au-dessous de Nigeon et Chaillot, une espèce de ballet de tritons et sirènes par des hommes ayant tout
(1) En 1800, sous l'influence de Joséphine Bonaparte. Parmi les premiers souscripteurs figurent «le Premier Consul » et « Madame Bonaparte ». Nous sommes donc avant l'Empire.
(2) La date de 1860 est inscrite au fronton du bâtiment principal.
(3) L'entrée principale est rue Chardon-Lagache, n° 11; cette voie, en 1860, s'appelait rue de la Municipalité.
le bas du corps dans des figures de queues de poisson soutenues par. des vessies, en sorte que ces per sonnages ne montrent que leur haut, qui est de figure humaine. »
Un spectacle plus curieux avait intéressé « force gens de la Cour », le lundi 45 mai (1651) : une course entre le prince d'Harcourt et le duc de Joyeuse, « sur chevaux nourris depuis trois semaines au villagede Boulogne ainsi que l'on nourrit les chevaux de course en Angleterre, de pain fait avec anis et faverolles et, les deux derniers jours, de deux ou trois cents œufs frais. Ils menèrent leur course de la barrière de la Meute ou Muette, sur le chemin de Saint-Cloud, en revenant par le château de Madrid. Le prince d’'Harcourt, vêtu d'un habit fait exprès et très étroit, un bonnet entête juste et ses cheveux dedans, ayant trois livres de plomb en sa poche pour peser autant que le maitre d’Académie, le Plessis du Vernet, qui courait en place du duc de Joyeuse. Au tournant de Madrid, le Plessis prit le devant et, arrivant cent pas avant l’autre à la barrière de la Meute, gagna le prix ».
>, 419. — (Lors de la seconde dispersion de Port-Royal, en août 166%, une religieuse janséniste fut envoyée à Chaillot.) La supérieure de Chaillot, la mère de La Fayette, combla d'égards celle qu'on lui imposa.
P. 502, 3. — L'historien Mézeray avait
note 3.
une maison de campagne à Chaillot.
P. 550, note. — Molière était à sa maison d'Auteuil, le 26 juillet 1672, lorsqu'il signa le bail de la maison de la rue de Richelieu, oùil devait mourir six mois plus tard.
P. 529, note. — Marie de Champmeslé mourut le 15 mai 1698, à Auteuil, dans le voisinage de Boileau, et fut iñhumée le 17 mai à Saint-Sulpice.
De plus, je dois signaler, dans le plan joint à l'ouvrage de M. de Ménorval, quelques erreurs de position, relatives : 4° à la Savonnerie, qui était à gauche du ruisseau (qui se jetait près du pont de l’Alma actuel), et non à droite; 2° aux Filles Sainte-Marie et aux Bonshommes, qui étaient aux pieds de Chaillot et de Passv, et non aux pieds d'Auteuil ; et 3° enfin, à l'église N.-D. d'Auteuil (n° 45 du plan), qui était beaucoup plus rapprochée de la rivière que le plan ne l'indique.
Mais ce sont là des erreurs tout à fait insignifiantes, et je m'excuse de terminer ainsi par une critique, quelque minime qu’elle soit, l’analvse d’un livre qui procurera à ses lecteurs tant de moments précieux et charmants.
Antoine GuizLois.