‹ Histoire du XVIe arrondissement de Paris (volume 2)Chapitre 127 sur 329 · LA MANUFACTURE DE TAPIS DE LA SAVONNERIE · texte numérisé non relu

LA MANUFACTURE DE TAPIS DE LA SAVONNERIE

C’est sur l'emplacement qu’occupe aujourd’hui la Manutention militaire, quai Debilly, que fut établie au commencement du x vu siècle, vers 1607, la célèbre manufacture de tapis appelée la Savonnerie. Ce nom lui venait d’une fabrique de savon

personnel de la Savonnerie, qui fabriquait des tapis à l’imitation de ceux de Perse et de Turquie, durent bénéficier de cette prérogative.

La Savonnerie était le but d’une des promenades favorites de Louis XII enfant; on l’y conduisait soit en carrosse, soit en bateau.

Pierre Dupont fut le premier directeur de la manufacture de la Savonnerie. En 1663, le fameux Colbert, le Mécène de son siècle, l’ami de tous les arts, organisa cette fabrique d’une façon toute particulière ; par la suite, elle fut négligée, mais, sur la fin de 1713, de Pardaillan, due d’Antin, en fit réparer les bâtiments et lui rendit toute sa splendeur et toute son activité.

Pierre Dupont a écrit dans son livre de la Séromatourgie ou de l’Excellence de la manufacture des tapis dits de Turquie (1632) un récit complet de la fondation de cet établissement.

Nous ne pouvons mieux faire que de laisser à celui-là même qui provoqua cette fondation le soin d’exposer, dans un langage pittoresque et animé, l’origine et les premiers développements de la Savonnerie.

« S’étant adonné à l'illuminure, feu madame de Chasteauneuf (que Dieu absolve), comme elle estoit dame très vertueuse et adonnée du tout à la piété et dévotion, prit le dit Dupont à son service pour luy faire quelques paires d'heures d'illuminure et autres ouvrages.

« De quoy, s’estant fidellement acquité, il fit

voir aussi à la dite dame, quelque temps après (comme à la plus curieuse de Paris), quelques eschantillons de toutes sortes d'ouvrages de Turquie faicts d'or, d'argent, de soye et laine, les— quels comme chose non encore veuë, elle présenta à la Royne mère qui les fit voir tout à l'heure au feu Roy : lequel peu de jours après, allant voir les peintures de sa gallerie et de sa sale des antiques que feu M. Bunel son peintre faisait alors, et

ARRONDISSEN

des logis de dessous sa gallerie avec un attelier à costé pour ledit Dupont : pour estre comme une pépinière d'ouvriers de la dite manufacture, ce fut en l'an 4604. Auquel lieu il a toujours fait sa demeure depuis le temps et y a instruit plusieurs apprentis, suivant le commandement qu'il en avoit receu de Sa Majesté ainsi qu’il fait encore à présent. É r

« Or le feu Roy venant un jour voir un em-

De Pardaillan, duc d’Antin.

(D'après une reproduction photographique faite par l'auteur.)

entrant en la maison du dit Bunel, vit un tonds de chaise faict d'ouvrage de Turquie, que le dit Dupont y avoit laissé et se resouvenant de ce que feu Madame de Chasteauneuf en avait rapporté à la Royne commanda à feu M. de Fourcy, intendant de ses bastimens et manufactures, de faire venir ledit Dupont en sa présence, ce qu'il fit le lende— main en la gallerie haute.

« Venu donc ledit Dupont, il présenta à Sa Majesté un quarreau faict de soye et or, avec une chaire faicte de laine dudit ouvrage de Turquie que Sa Majesté eut très agréable et commanda sur l'heure au dit sieur de Fourcey de faire bastir un

meublement qui se faisoit alors pour son service qui estoit d’or et de soye et qui est aujourd’hui dans l’hostel du Luxembourg, promist, en la présence de beaucoup de Seigneurs, d’establir la dite manufacture par toute la France, ainsi qu'il avait faict celle des tapisseries de Flandres, de l'or de Milan, des estotfes de draps d'or et de soye et d’autres, afin (comme il disoit) d’empescher le transport de l'or et de l'argent qui se fait hors du pays par le traffic continuel des dites estoffes et par ainsi enrichir la patrie et faire travailler une infinité de fainéans et de vagabonds.

€ Mais la mort funeste de ce grand Monarque

ayant donné fin à ses braves et généreux desseins arresta par [le] mesme moyen ledit Dupont en ses entreprises. Toutefois, sçachant que les Roys ne meurent point, il s’adressa au Roy à présent régnant en l’année 1626 venant veoir les ouvrages qui se faisoient pour Sa Majesté, et luy fit entendre quelle avoit esté la délibération du feu Roy pour l'establissement de ladite manufacture luy en proposant les moyens faciles par la métode d’enseigner audit ait les enfans qui demeuroient dans les hospitaux et les filles pareillement en plusieurs autres ouvrages, ce que ledit Dupont promettoit et promet encore faire.

« Auquel Sa Majesté commanda d’en adresser la Requeste à son Conseil, affin d’y estre mesmement pourveu. Ce qu'ayant délibéré faire ledit Dupont et jugeant qu'il ne pourroit exécuter luy seul une charge si onéreuse n'ayant encore aucun de ses enfants en aage compétant pour luy ayder : s’associai un qui avoit esté son apprenty nommé Lourdet avec lequel et conjointement il présenta la dite Requeste au Conseil.

« Et pour parvenir à cest effect, ledit Dupont et Lourdet allèrent trouver M. de Fourcey qui avoit la charge de feu son père, lequel les présenta à M. Auberg, conseiller d’Estat, avec la dite requeste pour en faire son rapport au dit Conseil. Ce qu'il fit et a fait depuis avec tant de probité et d'équité et avec tant de circonspection au bien public de la patrie qu’il s’est montré un rempart tellement inexpugnable contre les orages de l’envie et de la mesdisance de quelques-uns qu'il en a obtenu Les articles et arrests survenus par sa seule diligence ainsi qu’ils se peuvent icy voir avec la suite d’une infinité de traverses qu'ils ont rencontrez en quelques endroits. »

Pierre Dupont et Simon Lourdet sont, en effet, les premiers fondateurs de la Savonnerie; mais bénéficiant de l’antériorité du brevet, Dupont doit en être considéré comme le premier directeur.

La Savonnerie était une de ces manufactures que le roi Henri IV avait fondées pour affranchir le royaume de l’industrie étrangère qui tendait à l’envahir. Mais la mort du bon roi la fit abandonner.

Marie de Médicis, pour utiliser le local qui avait été loué à un sieur Isaac-Martin Maunoir, y établit un hôpital d’orphelins et enfants abandonnés, comme en témoignait publiquement une plaque de marbre placée sur la porte de la chapelle et portant l'inscription suivante :

La TRÈS AUGUSTE Marie DE Méprcrs MÈRE DE LOUIS xHI Por R AVOIR PAR SA CHARITABLE MUNIFL DES COURONNES AU EN JA PAR A ESTABLI CE LIEU DE POUR Y Ê ALIM ENUS ET INSTRUI!

LES ENFANTS TIREZ DES HÔPITAUX DES PAUVRES ENFERMEZ TOUT À LA GLOIRE DE DIEU L’AN DE GRA(

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