REÇEUS
Le brevet de fondation de l'établissement stipule en effet que les enfants y seront instruits en la crainte de Dieu et à faire plusieurs ouvrages de toile et autres.
Sous la direction habile de Simon Lourdet, les
ouvriers de la Savonnerie ne tardèrent pas à acquérir une grande habileté à leurs ouvrages. En 1659, Lourdet reçut la commande de deux tapis pour la Reine et en 1665 un tapis pour la galerie d’Apollon. Trois ans après, Philippe Lourdet, qui avait succédé à son père, faisait commencer l’exécution du célèbre tapis de la grande galerie du Louvre. Ce tapis, qui ne fut achevé que vers la fin du règne de Louis XIV, se composait de 92 pièces variées, comprenant : médaillons, armoiries, trophées, paysages, fleurs, de 7 aunes et demie de longueur sur 4 à 5 de largeur chacune et formant dans l’ensemble une vaste composition générale.
Philippe Lourdet mourut en 1671. Sa veuve,
Armes du duc d'Antin.
(Dessin de M. Mar.)
Jeanne Haffrey, lui succéda avec le titre de « Tapissier et directeur de la Manufacture de la Savonnerie ». Louis Dupont, qui avait hérité des privilèges de son père, s'installa à la Savonnerie et travailla dans des ateliers distincts de ceux de la veuve Lourdet. A la mort de la veuve Lourdet, survenue en 1743, un nommé Sauvain dirigea pendant un an son atelier; puis Louis Dupont réunit sous sa main tous les services et resta l’unique directeur. En 1721, Jacques de Nourville succéda à Dupont. Sous cette direction, la Savonnerie reçut de nombreuses commandes et produisit comme æuvres principales un tapis pour la chambre du roi (1724), un tapis pour la salle du trône à Versailles (1726), un tapis pour le salon de la Muette (1733), etc.
En 1743, Duvivier succéda comme entrepreneur à de Nourville. La manufacture exécuta à cette époque des tapis pour Trianon et Choisy, dont Gravelot, Chevillar et Terrier avaient fourni les modèles, pour la marquise de Pompadour un meuble fort important composé de 2 canapés de 44 pieds de long, 8 fauteuils et 4 écran d’après les dessins de Chevillar.
Il fut question à un moment de transporter la Savonnerie près des Gobelins ; mais le directeur des bâtiments du roi objecta d’une manière assez plausible que, changer pour changer, il vaudrait mieux établir les Gobelins près de la Savonnerie, car, disait-il, si les Gobelins étaient situés dans un quartier moins perdu, ils seraient visités par
les gens qualifiés et opulents qui sont sans cesse sur la route de Paris à Versailles.
La Savonnerie resta donc à Chaillot comme auaravant. Il parait, cependant, certain que, dès 1798, elle avait cessé de s’administrer elle-même. Elle n’eut plus de directeur propre, et le directeur des Gobelins en reçut la direction.
En résumé, la Savonnerie, depuis sa fondation jusqu'à la Révolution, à tenu dans l’industrie
cutés de 1804 à 181%. Le tapis du grand cabinet de l’empereur, allégorie des cohortes de la Légion d'honneur, dont quelques fragments décorent aujourd’hui le palais de la grande chancellerie, le tapis de la chambre de l'’impératrice à Saint-Cloud, le tapis de la salle dite des Enfants de France, aux Tuileries, qui fut achevé sous la Restauration, le tapis de la chapelle des Tuileries, furent au nombre de ces ouvrages. :
Atelier de la Savonnerie à la Manufacture des Gobelins. (Reproduction photographique de l’auteur.)
nationale une place très honorable, mais de second ordre au point de vue de l'importance de la production. Grâce aux documents des Archives nationales, on a pu faire le compte général de cette production, de 1743 à 1766; 1l s'élève à 1.061.274 livres.
Le Consulat ramena un peu d’activité dans la manufacture, et l’Empire lui rendit toute sa prospérité du xvus siècle par des commandes multiples et par l'octroi d’un budget régulier et considérable. Percier, Ventame et Lagrenée fournirent les modèles des grands ouvrages qui y furent exé-
Le 15 février 1826, la manufacture royale de la Savonnerie quittait les vieux bâtiments de Chaillot, où elle avait été établie. Elle avait été réunie par ordonnance du roi en date du 4 mai 1895 à la manufacture des Gobelins, où elle devint un simple atelier spécial sous une direction unique. A partir de ce moment, l’histoire de la Savonnerie se confond avec celle des Gobelins et n’a plus d’intérêt pour nous, puisque cette manufacture est transférée dans un autre quartier, le XIIL° arrondissement, dont nous n’avons pas à nous occuper. Nous ne devons point pour cela mépriser la Savon-
nerie, qui complète si heureusement la manufacture nationale de tapisseries et qui a produit tant de vermeilles. Sa disparition, si jamais elle avait lieu, serait un désastre artistique pour notre pays.
La gravure qui précède reproduit l'atelier de la Savonnerie (1889) à la manufacture des Gobelins, dont il forme une division spéciale.
C'e Fernano DE l'Écuise pe FERRIER DE FÉLIX.