‹ Histoire du XVIe arrondissement de Paris (volume 2)Chapitre 13 sur 329 · RUE BEETHOVEN · texte numérisé non relu

RUE BEETHOVEN

Beethoven; elle a été achetée par la Ville de Paris, au prix de 1.400.000 francs (contrat du 8 septembre 1862).

La maison portant le n° 90, qui date de la Renaissance, conserve encore quelques restes de la censive, habitation du censier (1), où les habitants venaient payer les impôts dus au seigneur de Passy.

En 1827, la montée rapide de la rue Beethoven causa probablement la mort du fils du compositeur Piceinni, rival de Glück : musicien comme son père, il venait donner des leçons de son art, deux fois par semaine, à Passy; un jour, au moment d'atteindre péniblement le sommet de la montagne, il fut frappé d'une apoplexie foudroyante. Comme son père, il fut enterré à Passy, non pas auprès de lui, à la rue Lekain, où on n’inhumait plus, mais dans le nouveau cimetière de la rue des Réservoirs.

La rue Beethoven a reçu sa dénomination actuelle, par décret du 24 août 186%, en l'honneur du célèbre compositeur allemand Louis von Beethoven (1770-1827), qui étonnait, dès l’âge de douze ans, ses auditeurs, par la merveilleuse perfection avec laquelle il exécutait les préludes et les fugues de Sébastien Bach. À Vienne, ilse présenta, en 1790, à Mozart, qui, prenant la plume, écrivit un sujet de fugue, hérissé de difficultés. Beethoven développa ce thème avec tant d'originalité et d'invention que Mozart, émerveillé, s'écria : « Ce jeune homme sera bientôt le plus grand génie musical de l'Europe. » Son opéra de Fidelio, son oratorio du Christ au jardin des Oliviers et surtout ses sonates et ses symphonies, notamment la Symphonie paslorale et la Symphonie héroïque, ont réalisé la prophétie de Mozart. Beethoven fut de bonne heure affligé d'une surdité qui le rendit morose. Des monuments Jui ont été élevés à Bonn, sa ville natale, et à Vienne, sa patrie adoptive.

La rue Raynouard est fort ancienne : elle figure comme entièrement bâtie sur le plan de Roussel en 1731 ; elle à porté successivement divers noms. Comme elle était autrefois la rue la plus importante de Passy, elle s'est appelée originairement rue Haute, et Grande-Rue ; quand elle fut détrônée, comme importance, par la rue de Passy, dénommée Grand-Rue (parce qu'elle était dès lors le centre du commerce dans ce quartier), la rue Raynouard fut nommée « ancienne Grande-Rue », ou « vieille rue de Passy », ou « rue Vieille » ; elle est désignée sous le nom de «rue Haute » dans des actes de 1691 et de 1711. Le terrier de 1726 l'appelle « rue qui conduit du monastère des Pères Minimes à la maison de la seigneurie de Passy »; on l’appelait aussi « rue qui conduit à la seigneuriale », parce qu'en effet, en la suivant jus-

qu'auprès de son intersection avec la rue des Vignes, on se trouvait devant une des grilles du parc du château seigneurial de Passy, dont le bâtiment principal était à mi-côte de la rue actuelle de Boulainvilliers. On lui donna ensuite le nom de « rue des Francs-Bourgeois », dû peut-être à ce que la grande vogue des eaux minérales, dont l'établissement se trouvait entre cette rue et la Seine, avait décidé beaucoup de personnes aisées à venir s'y fixer. Vers 1770, elle prit le nom de rue « Basse », qu'elle conserva très longtemps et qui était en contradiction avec celui de « rue Haute », qu'elle portait autrefois. En vue d'expliquer cette contradiction, je ferai observer que la rue Raynouard est à une grande hauteur au-dessus de la Seine (2), mais qu’elle est basse si

(1) Voir aux annexes (p.341) l’article de M. Léopold Mar, intitulé « Un coin du vieux Passy». (2) Pour certaines maisons, l'entrée sur la rue Raynouard est à la hauteur du troisième étage, de l’autre côté.

on la compare à l'emplacement de l’ancien château seigneurial et surtout aux parties culminantes de Passy, qui se trouvent entre la rue de la Tour et l'avenue Henri-Martin.

Le nom actuel de la rue Raynouard (précédemment rue Basse), lui a été donné par le décret du 27 février 1867, en l'honneur de François-Just-Marie

(Collection de M. Chaudebois.)

Raynouard, litterateur et philologue, né en 1731 et mort au n° 20 ancien, 38 actuel de cette rue. Après avoir été avocat à Draguignan et au parlement d'Aix, il fut nommé en 1791 député suppléant à l'Assemblée législative; arrêté en 1793, il ne recouvra la liberté qu'après la chute de Robespierre. Sa tragédie des Templiers fut représentée le 24 juillet 1805 au théâtre du palais de Saint- Cloud ; la première représentation avait été donnée avec un immense succès,

Page 1