LES ENNEMIS DE MADAME DE GENLIS
Comment l’apprécièrent ceux de ses contemporains qui ne furent pas amoureux d'elle ?
En général, ils la détestèrent. Elle eut pour
ennemis, tour à tour ou ensemble, les aristocrates, les républicains ; les jolies femmes, dont elle disait du mal; les laides, qui n'aiment pas les jolies femmes ; les coquettes, qui l’appelaient prude ; les vertueuses, qui l’accusaient de légèreté. Elle eut aussi, parmi ses ennemis, ses anciens amis.
Sa tante, Mme de Montesson, ne l’aimait pas.
Est-ce étonnant ? elle l’appelait sa fantätre. Mme de Barbantane, comme elle dame du Palais- Royal, lui voulait mal de mort. Rien de surprenant ; elle disait : « Mme de Barbantane a un nez d’un rouge éclatant. » — Comment l'abbé Raynal lui eût-il voulu du bien ? elle Le qualifiait de « vieux ibertin apostat ». Elle insultait, on l’injuriait.
Il courut sur elle, dans les salons, des énigmes en vers qu'on ne peut trop citer en entier.
Au physique je suis du genre féminin, Mais au moral je suis du genre masculin.
« Les œuvres de Genlis se vendent plus qu’elle ne vaut..., » etc.
>, hier galante,
Aujourd'hui pruc Tour à tour folle et docteur, Genlis, douce gouvernante, Deviendra dur gouverneur,
EL, toujours femme charmante, Saura remplir son destin :
On peut bien être pédante Sans cesser.
Mme d'Oberkirsh (2) l'appelle « une manière de vaniteuse, femme à sentences, femme qui quitte son grand habit pour les culottes d’un pédagogue ». Elle ajoute (3) : « Décidément ces jeunes princes d'Orléans ont un gouverneur un peu singulier. Il tient trop de la gouvernante et il n'oublie ses jupons que lorsqu'il devrait s’en souvenir. »
Quandelleentre dans certains salons, les hommes causent d'elle presque tout haut avec des rires malveillants (4). On la représente, en caricature, armée d’un sucre d'orge et d’une férule. Laclos, familier du Palais-Royal, écrit sur elle :
Change donc, ma fille, Ta plume en aiguille, Brûle ton papier; Il faut te résoudre A filer, à coudre C'est là ton métier.
Mme de Staël s'étonne que le vin de Sillery soit bon, portant le nom de la marquise. Il veut mieux
1) Mém.,t (2) Mémoir.
(4) Mme d'Abrantès, Salons.
Il, p. 312.
ALI p 61
ne faire que mentionner les outrages du comte de Tilly dans ses Mémoires. Rivarol lui fit une guerre acharnée : « Il n’aimait, disait-il, que les sexes prononcés. » Louis XVIIL dira d’elle : Si Mme de Staël en politique estheaucoup trop homme, Mme de Genlis est un peu trop femme. » Sir Ch. Morgan l'appelle : « une vieille sorcière menteuse qui à l’air demarcher sur desressorts… »etc., ete.