‹ Histoire du XVIe arrondissement de Paris (volume 2)Chapitre 140 sur 329 · PROMENADE A BAGATELLE · texte numérisé non relu

PROMENADE A BAGATELLE

Mme d’Abrantès nous apprend que Mme de Genlis fit impression sur le duc de Chartres à l'Opéra, où elle dansait un quadrille. (Chaque couple formait un proverbe. Le duc de Chartres et quelques-uns de ses amis mirent sous la peau d’un gros chat un petit Savoyard qui vint miauler au milieu des danseurs et fut écarté à coups de pied. Les miaulements se changèrent en pleurs. Les spectateurs s’élevèrent contre la cabale. C'est ce soir-là que le duc tomba amoureux de la comtesse. Elle était en paysanne, avec une robe de taffetas broché rose sur rose, le corset semblait à peine retenir une chemise de batiste. La tête était coiffée d’une rose au milieu d'une toufle de gaze d'argent et de petites plumes (1).

Quelles furent ensuite leurs relations ? Dans ses Mémoires, le comte de Clermont-Gallerande, cité par de Sévelinges (p. 198), affirme que Mme de Genlis fut la maitresse du duc. Miss Burney, la romancière anglaise sur qui peut-être uous reviendrons, car elle aussi appartint à Passy, a des doutes. Elle trouve en Mme de Genlis la plus délicieuse et la plus accomplie Française qu’elle ait jamais rencontrée. Mais peut-on se lier avec elle?

« Hélas ! dit miss Burney, que faire ?on s'élève contre elle avec tant d’universelle violence et j'ai si peu de preuves de son innocence, j'en suis intérieurement si peu convaincue par ce que j'observe de sa conduite, de ses manières et de sa conversation, queje n'ose me risquer à une correspondance avec elle. Mais si elle est l’amante du duc de Chartres, que de points obscurs ! Pourquoi ne reste-t-elle pas au lilais-Royal? Le prince est jeune, il n’est pas fidèle, elle l’abandonne et s’enferme à faire des éducations (2). »

Mrs Pilkington (Memoirs of celebrated female characters, Londres, 4804) dit: « Il n’est pas aisé de supposer qu'une femme qui a peint la vertu sous des couleurs si aimables puisse en même temps marcher dans la voie du vice. »

Mme d'Oberkirsh se prononce : « Les intimités du due de Charires avec Mme de Genlis ne sont un secret pour personne et il ne s’en tient pas à elle seule. » — Mme d’Oberkirsh se souvient d’avoir dérangé à la Folie-Sainte-James, près de Bagatelle, un couple amoureux : c’étaient le duc d’Orléans et Mme de Genlis. « Ils étaient censés brouillés, par respect pour Mme la duchesse d'Orléans, qui l'avait obtenu à force de larmes, et ils furent bien contrariés de nous voir là. Son Altesse Sérénissine avait demandé le huiselos du jardin. M. de Sainte-James le lui avait promis. Le concierge laissa entrer par erreur. Le prince nous salua assez platement ; la dame prit un air superbe et

(1) D'Abrantès (2) Cité par miss K letters, p. 48 (Tauchnitz).

Salons, p. 444.

avanagh,e English women of

releva la tête en nous regardant fixement comme une impératrice. Je la revis le soir, je ne sais plus où, avec son éternelle harpe, qu'elle trainait partout à sa suite. Elle sembla ne point me reconnaître et sa hauteur ne s'abaissa pas devant ce souvenir (1). »

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