DE MADAME DE GENLIS
Nous n'insisterons pas sur l'éducation des princes d'Orléans. Sainte-Beuve a fait sur Mme de Genlis institutrice l'article définitif. La part qu’eut la faction d'Orléans à la Révolution française appartient à la grande histoire. Mais le journal de Mme de Genlis donne quelques détails datés de Chaillot, desfilles Sainte-Marie ou de Passy (1° septembre 1789), sur la vie des princes pendant qu'ils habitaient le château de Boulainvilliers.
Passy, 5 octobre. — Le lundi 5 octobre, le duc d'Orléans fait dire à ses fils de quitter Versailles sur-le-champ et de passer par la route de Saint. Cloud à cause de la foule. « Nous sommes arrivés à Passy, écrit M. Le Brun, vers trois heures et quart. Les princes sont aussitôt montés chez leur amie, qui les attendait pour diner, car on a servi tout de suite. >» Mme de Genlis insère cet article dans le Journal de l'éducation, parce que, ditelle en note, dans les dépositions calomnieuses du Châtelet contre Mgr d'Orléans, il était dit que ce jour-là elle conduisait à la séance les enfants de Mgr d'Orléans. Or, elle était restée à Passy, ditelle, et cela doit être vrai.
Passy, journées des 5 et 6 octobre. — Mme de Sillery était avec ses élèves sur la terrasse de la maison de Passy qu'ils occupaient, pour voir passer les brigands qui allaient à Versailles le 5 oc tobre. E le y était le jour où le malheureux Louis XVI se rendit à l'Hôtel de Ville. Il se tenait sur cette terrasse les propos les plus offensants pour la reine et pour Mme la princesse de Lamballe. Ces Draps furent entendus par plusieurs personnes (1). Les Mémoires de Rivarol (2) parlent des émissaires du duc d'Orléans, qui les envoyait de Passy, où Mme de Genlis partageait en ce moment sa sollicitude et ses alarmes. Des courriers lui rapportaient de minute en.minute les nouvelles du château. On prétendit l'avoir vu à Versailles sur l'escalier de marbre.
D'Allonville n’est pas d'accord avec Rivarol (3). « Le duc était, dit-il, chez Mme de Buffon, à Passy ; l'alibi suflit pour annihiler l'accusation. » Mais ce qui gâte l’alibi, c’est qu'il y en a plusieurs. Le duc a l'air d’avoir été, ce jour-là, un peu partout à la fois : à Paris, dit-il lui-même, retenu par un travail. Mais quelqu'un l’a vu au bois. Un M. Cosnier l’a aperçu du côté de Neuilly, vêtu de gris et suivi de deux jockeys en rouge. Il l’a d’abord pris pour un boucher. IL estsür de l'avoir reconnu (4). \Veber (5) rapporte que les roués du Palais-Royal, les Laclos, les Sillery, les Ducrest et plusieurs autres personnages subalternes, la Genlis, sœur de Ducrest, furent sur pied toute la nuit au milieu
Clermont-Galleitu,3 vol.in-8.
l'Hist. de
(1) Mémoi du marquis de lerande, cités par Sévelinges. - D
(2) Collection des Mém. relatifs à E ance.
(3) Mém., vol. IT,
(4) Voir la fin de l au tribunal de l'opinion publique du rapport de Chabrond. — Genève,
) Mém., vol. I, p. 443. Collect.
tifs à la Révolution française.
des Mém. rela-
de la canaille, qu'ils enivraient de toutes les manières (3 oct. 1789). Dans une note du Journal de l'éducation, Mme de Genlis écrit : « Dans cette procédure (du Châtelet), des témoins prétendaient avoir entendu affirmer que je tenais à Passy des assemblées de députés, etc., tandis qu'il est de fait, et que des gens de M. de Boulainvilliers, restés dans cette maison, le concierge, sa femme, les frotteurs, ont déposé cette vérité, qui est que, pendant tout le temps que j'ai passé à Passy, je w'ai reçu de députés que M. d'Orléans et M. de Sillery, qui n'y est venu que trois ou quatre fois, et M. de la Touche, chancelier de M. d'Orléans. »
Mme de Genlis chargeales journaux de désavouer les propos attribués au duc de Chartres, qui aurait dit à M. de Barbantane à Versailles : « IL faut mettre les aristocrates à la lanterne. » Elle invoqua le témoignage de M. de Barbantane, qui dit n'avoir rien entendu, et de M. Le Brun, qui ne rougit pas de répondre qu'il ne voulait pas se faire imprimer.