‹ Histoire du XVIe arrondissement de Paris (volume 2)Chapitre 145 sur 329 · SOUS L'EMPIRE ET LES RESTAURATIONS FIDÉLITÉ AUX PRINCIPES · texte numérisé non relu

SOUS L'EMPIRE ET LES RESTAURATIONS FIDÉLITÉ AUX PRINCIPES

Quels qu'aient été l'influence et le rôle de Mme de Genlis, elle ne semble pas avoir eu des principes politiques bien solides. Elle se fit faire un médaillon d'une pierre de la Bastille, elle dansa de joie dans les jardins du Palais-Royal pour célébrer la liberté conquise, elle envoya en don patriotique à Mme Pajou une toilette d'argent. Elle abhorra ensuite la Révolution et admira l'empereur, qui lui donna une pension et un logement à l’Arsenal. A la Restauration, elle offrit ses services à Louis XVIII, qui les refusa. De Sévelinges dit qu’elle se tourna du côté du duc d'Orléans et de la princesse Adélaïde, qui lui firent une pension et allèrent la voir ou la reçurent detempsentemps ; mais Sévelinges est égaré par la haine. Mme de Genlis se loue beaucoup de ses anciens élèves, envoie à Mme Adélaïde une descente de lit en plumes de paon (1) ; le duc d'Orléans lui présente la duchesse. « Cette princesse s'avança, elle me fit l'honneur de m'embrasser. Il y a deux choses, dit-elle, que j’aime passionnément : vos élèves et vos ouvrages. »

Mme de Genlis donne le nom des personnes qui viennent la voir. C’est, avec Mme Récamier, la maréchale Moreau, M. de Courchamp, M. Valéry, le chevalier d'Harmensen, Anatole de Montesquiou qui lui envoie des vers ; presque tous ont des places auprès du duc et de la duchesse d'Orléans, et Mme de Genlis ne parle pas d’eux pour se faire valoir. Elle ne mentionne pas leurs titres.

CHAILLOT

Le duc d'Orléans lui-même lui fait des politesses aimables, lui envoie du pain d'épices de Reims, une énorme provision. « Malgré ma tempérance naturelle, je n'ai pu résister à ce doux souvenir

(1) « J'aimais à penser, dit-elle, qu'elle foulerait aux pieds chaque jour le symbole et l'altribut de l'orgueil. »

de ma jeunesse; j'avais diné et j'ai mangé deux ou trois pains d'épice qui m'ont donné pendant plusieurs Jours d’assez vives coliques ; mais jen'en suis pas moins reconnaissante — c’est gentil, cela — d’un envoi charmant qui m'a fait tant de plaisir. »

Mme de Genlis eut cette petite indisposition, 10, rue de Chaillot, dons la maison du D' Canuet, que Ladvocat, le libraire, lui avait indiquée. Elle y passa quatre mois. Mme de Genlis décrit Ja maison. De Sévelinges lui fait un grief de ses détails inutiles ; nous ne l'imiterons pas. « La maison est dans l'enceinte de Paris, mais tellement à unede ses extrémités qu'on peutse croire à la campagne. Elle est agréablement située et composée de deux pavillons séparés par une jolie cour ombragée par des tilleuls. De là quelques marches conduisent à un jardin ravissant tout en arbres verts formant des allées découvertes et des berceaux... Mme de Choïiseul se charge de mes promenades et vient me conduire au bois de Boulogne, à Passy et dans certains lieux déserts que je ne reconnais pas, parce que, depuis que je les ai parcourus, tout y est changé ; des grands arbres abattus, laissant à nu un terrain immense, permettent de découvrir le plus ravissant point de vue... Mme de Choiseul faisait arrêter la voiture et nous causions avec délices pendant plus de quatre heures (4). »

Mme de Genlis dit que la maison de santé est celle du D' Canuet (avec un {). Mais l’Almanach des 25.000 adresses porte : Canuel, maison de santé, rue de Chaillot, 40. — Pour Canuet il donne : Canuet, Victor, médecin attaché à la maison de retraite de Sainte-Périne, ete., etc. — Mme de Genlis a dû confondre la fin des deux noms. Elle pouvait connaître le médecin de Sainte- Périne, où elle pensa un instant entrer avec son gendre Valence. De Sévelinges dit qu’elle renonça à ce projet parce qu'elle ne crut pas pouvoir rencontrer, parmi les vieillards galants de l'asile, un soupirant digne d'elle.

Page 1