RUE RAYNOUARD
L'abbé Raynal, littérateur et philosophe, habitait, en 1791, rue Raynouard, près de la rue de l’Annonciation; il mourut en 1796, à l'âge de 84 ans, rue des Batailles, n° 4, chez un ami qu'il était venu voir.
L'abbé Prévost, l'auteur de Manon Lescaut, a habité, lui aussi, la rue Ray-
(Collection deÿM. Ém. Potin.)
nouard, près de la rue de l'Annonciation ; comme vers la fin de sa vie, il avait été nommé, en 1735, aumônier du prince de Conti : « Monsieur l'abbé, lui dit alors le prince, vous voulez être mon aumônier; fort bien! mais je n’entends pas de messe. » — « Et moi, Monseigneur, lui répondit'l'abbé, je n’en dis pas. »
Mlle Louise Contat, célèbre actrice de la Comédie-Française, demeura, vers 1791-1793, au n° 27 ancien, 47 actuel, presque vis-à-vis de la rue de l’Annonciation. C'est dans un pavillon situé au fond du jardin de cet immeuble que Balzac (1) a séjourné, de 184% à 1847, après avoir vendu les Jardies et avant de s'installer à la Folie-Beaujon; il y a composé Modeste Mignon, Honorine, Esther, Êve et David, le cousin Pons, Vautrin.
Quatremère de Quincy, littérateur et archéologue, a habité, de 1802 à 1815, le n°31 ancien, 51 ou 53 actuel. Le vaudevilliste Dumersan a occupé, de 1820 à 1835, le 44 ancien, 62 actuel; le vaudevilliste Brazier demeura avec lui jusqu'à 1895.
Benjamin Franklin, ministre plénipotentiaire des États-Unis, habita souvent, de 1777 à 1785, un pavillon de l’ancien hôtel de Valentinois (2), dont l'emplacement est actuellement occupé par la chapelle de l'institution des Frères des écoles chrétiennes, n° 66 actuel de la rue Raynouard, à l’angle de la rue Singer ; c'est au n°62 de la rue Raynouard que Franklin fit la première expérience de paratonnerre. Une plaque commémorative (3) a été placée, le dimanche 8 mars 1896, par la Societé historique d'Auteuil et de Passy, sur le mur de la chapelle des Frères, pour rappeler à la fois le séjour de Franklin à Passy et la pose du premier paratonnerre.
C'est au n° 68 de la rue Raynouard que se trouve la grande entrée du pensionnat des Frères des écoles chrétiennes à Passy. Leur pensionnat principal à Paris avait été ouvert d'abord en 1837, au n°165 de la rue du Faubourg-Saint-Martin, dans des locaux où le petit noviciat avait été établi en 1835. La communauté acheta en juin 1838, à M. Briant, les deux pavillons et une partie des jardins d’un ancien hôtel de Passy, qui avait successivement appartenu au duc d'Aumont, au marquis de Ségur, au comte de Valentinois, dont il avait conservé le nom, au prince de Condé et enfin à M. Briant. Les travaux d'appropriation furent aussitôt entrepris, et c'est le 8 avril 1839 que le pensionnat fut définitivement transféré de Paris à Passy; il prospéra rapidement dans ce local vaste et salubre, où les constructions furent successivement augmentées : le nombre des élèves, qui n’était que de 28 en 1839, s'élevait à 600 en 1855, 700 en 1864 et 850 en 1899. II comprend non seulement l’enseignement primaire supérieur, mais encore l’enseignement secondaire spécial et moderne, ainsi que des classes commerciales. Beaucoup d'élèves de cet établissement ont été reçus au baccalauréat de l'enseignement secondaire spécial, au baccalauréat de l’enseignement secondaire moderne et à l'École centrale des arts et manufactures.
(1) Voir au tome II du Bulletin, pages 154 à 158, l'article de M. Henri de Forges de Montagnac, intitulé : « Honoré de Balzac: notes biographiques; son séjour à Passy »; aux S (p.362), la note intitulée : « Une visite à la maison de 3alzac, rue Raynouard, 47, à »; et la note de M. L. Mar sur « les demeures de Balzac », p. 360.
(2) Voir au second volume du Bulletin, pages 95 à 103, le compte rendu, par M. Émile Potin, de la cérémonie de la pose et de l'inauguration de la plaque commémorative de Franklin.
(3) D'après une note de M. de Riancey, Franklin aurait habité non le grand hôtel de Valentinois, où résidait son propriétaire, M. Le Ray de Chaumont, et qui est actuellement occupé par la maison des Frères, mais le petit hôtel de Valentinois, qui est habité parles sœurs de la Charité, chargées des œuvres de la paroisse, et qui dépend de la cure de Passy. M. de Riancey a eu pendant deux ans (1846-1847) un appartement dans cette mai- Son, qui faisait autrefois partie de l’ancien enclos de Valentinois. Comme on le verra plus loin, l'hôtel de Valentinois avait son entrée au n° 9 de la rue de PAnnonciation.