LES CARRIÈRES ET LE SOUS-SOL
Le département de la Seine renferme beaucoup de matériaux de construction ; on y trouve, à une faible profondeur, la pierre à bâtir, le sable et les substances minérales avec lesquelles on fabrique la chaux, le plâtre, les briques et les tuiles. Les gisements étant à proximité, leur exploitation a dû se développer en même temps que la construction des divers quartiers ; l'exploitation des premières carrières sous le centre de la ville date de l’époque gallo-romaine ; toutes les pierres qui ont été employées à Paris jusqu’au xvn° siècle proviennent du sol sur lequel la ville s’étend actuellement. Cette proximité et cette abondance des matériaux de construction sont de nature à faciliter l'accroissement d'un centre de population ; elles ont donc favorisé autrefois l'agrandissement de Paris. Beaucoup de carrières de pierres à bâtir se sont épuisées ; il est maintenant interdit d’exploiter les autres à l’intérieur de l’enceinte des forti-
fications, et beaucoup d'excavations sont restées vides après l'abandon des chantiers, ce qui peut occasionner des accidents. ,
On paraît n’avoir pas eu sujet de s'inquiéter, antérieurement à 1774, des inconvénients que peuvent présenter ces sOulerrains ; l'existence de beaucoup de carrières avait même été perdue de vue et on n'avait de connaissances précises que sur cellés qui étaient restées accessibles, c’est-àdire sur la moindre partie des anciennes exploitations qui, pendant plusieurs siècles, avaient été livrées, sans aucune surveillance, à l’activité plus ou moins grande des extracteurs. Mais un grand effondrement survint le 17 décembre 1774, et renversa une partie du pavé et des alentours de la route d'Orléans (aujourd'hui rue Denfert-Rochereau) ; l'attention fut ainsi appelée sur les périls résultant de la situation des anciennes carrières et sur la nécessité de prendre des mesures efficaces pour sauvegarder la sécurité publique.
Il fut procédé en 1776 à une visite générale et au lever des plans des excavations alors accessibles : on reconnut qu'une grande partie du sol des quartiers méridionaux de Paris était presque entièrement sous-minée et que la stabilité des rues et celle des constructions publiques et pri vées de ces quartiers était compromise. Le 4 avril 47717, le jour même où une maison, voisine de l'endroit où s’était produit l'accident du 17 décembre 4774, était engloutie par suite d'un effondrement dans une excavation de 20 mètres dé profondeur, le Conseil d'État institua une commission spéciale, chargée d’ordonner et de fairé exécuter toutes les opérations que pouvait exiger l’état plus ou moins menaçant des an ciennes exploitations. C’est sur la proposition de cette commission (composée de M. Lenoir, lieutenant général de police, et du comte d’Angiviller, directeur des bâtiments royaux) que fut créée l'inspection générale des carrières. Le décret du 18 novembre 4810 assura le recrutement parmi les ingénieurs au corps des mines des inspecteurs des carrières du département de la Seine; c’est sous la direction de ces inspecteurs (1) qu'ont é exécutés les travaux de consolidation sous les rues etsous les établissements publics.
L’étude des carrières est subordonnée à celle de la nature géologique du sous-sol et de la série des divers terrains superposés, parmi lesquels fignrent notamment ceux d’où l’on a extrait la pierre à bâtir. On dit qu'une couche géologique affleure lorsqu'elle se montre immédiatement au-dessous du sol superficiel composé de terre végétale et de terrains de transport qui sont d'origine naturelle,
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(1) Voici la liste de ces inspecteurs laumot, de 1 è 1809 à 18: ñ 18/41 à 18 Lorieux, de 1851 à 1 1856 à ‘de. Hennezel dei Souich, de 1865 à 1866; de Fourcy, 1870 ; Jacquet, de 1870 à 18 D à 1875; Tournaire, de 1875 t xentil, de 1878 à 1879; Roger, de 1879 à 18 Keller, de 1885 à 1896 : Wickersheimer, à partir de 1896. M. Guil- Jlaumot ait l'architecte du palais de Versailles ; ses successeurs ont été des ingénieurs en chef des mines.
: MM. Guil Thury, de
de 1866 à escotles, de 1872
comme les anciennes alluvions, ou d’origine artificielle, comme les remblais.
La craie blanche, qui s'étend sous de vastes étendues de pays, constitue le fond du bassin de Paris, où son épaisseur dépasse 400 mètres ; elle règne à la base des coteaux d'Issy et de Meudon et sur une partie des territoires de Boulogne et de Billancourt ; à Bercy, la craie se trouve à 96 mètres au-dessous du lit de la Seine ; dans Paris, elle n’affleure qu’à l'extrémité sud-ouest de la ville, à Grenelle et au Point-du-Jour, vers l'altitude de 30 mètres au-dessus du niveau de Ja mer, c'est-à-dire à 3 mètres au-dessus du niveau normal des eaux de la Seine. Sur le XVIe arrondissement, elle se trouve au-dessous des terrains de transport, entre la fortification et la Seine, jusqu'aux abords du chemin de fer de ceinture. L'épaisseur des terrains de transport est variable ; elle s'élève à 10 mètres dans le fond de la vallée, à Grenelle près de la Seine ; à mesure qu'on s'éloigne du fleuve, elle diminue dans les quartiers dont le niveau s'élève graduellement. La différence de niveau entre le sol et la face supérieure de la craie est d'environ 7 mètres auprès du bastion 67 bis, placé entre la porte du Point-du-Jour et la porte Billancourt, et elle n’est que de 4%,10 au point du boulevard Suchet situé entre les bastions 63 et 64, vis-à-vis la rue de Civry. La surface de la craie n’est pas horizontale; elle est inclinée du sud-ouest au nord-est et présente une différence de niveau de 133 mètres entre le Point-du-Jour et les Buttes-Chaumont, où sa face supérieure est à 103 mètres au-dessous du niveau de la mer.
Les diverses couches superposées au-dessus de la craie (1) ont beaucoup moins d'épaisseur ; celle qui recouvre immédiatement la craie est composée d'argile plastique renfermant des pyrites qui ont été exploitées autrefois, comme l'indique M. Léopold Mar, dans sa note sur Passy et Chaillot souterrains (2). Cette argile plastique constitue le sous-sol d’une grande partie d'Auteuil, entre le chemin de fer de ceinture, la rue du Docteur-Blanche, la rue de l’Assomption et la Seine. La différence de niveau entre le sol et la face supérieure du banc d'argile est d'environ 12 mètres vis-à-vis de la maison de retraite Chardon-Lagache (3), 4 mètres à la rue de l’Assomption, vis-à-vis du lycée de jeunes filles, et 14 mètres à la rue Duban. Sur les territoires d’Auteuil et de Passy, où l'altitude ne dépasse pas 70 mètres, celle de la face supérieure de l’argile
(1) La craie appartient aux terrains secondaires; les couches qui se trouvent placées audessus de la craie apparliennent aux terrains
rait qui précède.
Pour ce travail beaucoup d'emprunts ont élé à l ge fort intér: nt sur la topograsous Paris, 3, rue Bo- 1 de l'inseine. ainsi par M.Kelur gén ervice, pour à la nomencelalure des voies
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plastique, dont l’inclinaison s’abaisse vers la Seine, varie entre 29 et 44 mètres (1).
Les eaux pluviales s’infiltrant dans le sol perméable, qui s'étend au-dessus du banc d'argile plastique, imbibent ce sol et y descendent peu à peu, jusqu’à ce qu’elles rencontrent l'argile, dont l'imperméabilité s'oppose à ce qu’elles pénètrent plus profondément dans la terre. C’est ainsi que se crée, dans l’espace limité au nord par la rue Leroux et au sud par les rues Poussin et La Fontaine, une nappe d’eau souterraine qui alimente des puits et des sources (2).
Cest au-dessus de l'argile plastique qu’on trouve le calcaire grossier dont les carrières de rive gauche et de rive droite ont fourni la presque totalité des pierres de taille et des moellons mis en œuvre dans les anciennes constructions de Paris, où ils ont été employés à peu près exclusivement jusqu’à l’époque où l’amélioration des voies de communication a permis d'utiliser des carrières plus éloignées de la capitale. Au XVI arrondissement, le calcaire grossier aflleure sur les flancs des coteaux de Chaillot et de Passy et sous la majeure partie du bois de Boulogne. Cet aflleurement borde le chemin de fer de ceinture entre la porte d'Auteuil et la Muette; il n'occupe ensuite, sur les cartes géologiques, qu'une bande étroite qui s’étend d’abord à droite et à gauche de la rue du Ranelagh, et qui se retourne ensuite parallèlement à la Seine. Il plonge du sud-ouest vers le nord-est, comme la craie et l'argile plastique qui le supportent ; dans les parties où il est recouvert par les nappes d’eau d’infiltration de la Seine, il ne pouvait pas être exploité ; sa face supérieure ne se trouve qu’à 2 mètres au-dessous du sol, près de l’intersection de l’avenue de la Grande-Armée avec la ligne des fortifications. L’épaisseur du calcaire grossier atteint quelquefois 20 mètres ; mais elle est généralement beaucoup plus faible.
La couche des marnes blanches ou caillasses, formée par un mélange intime de calcaires et d’argiles, repose directement sur le calcaire grossier ; elle afleure sur la partie centrale du XVI arrondissement et constitue la plus
grande partie du sous-sol de Passy. Ces marnes ne seront susceptibles d’être utilisées que comme amendement; mais elles ne fournissent pas de matériaux de construction; aussi, elles n’ont pas été exploitées à Paris. Leur épaisseur dépasse 12 mètres sous le parc des Buttes-Chaumont ; elle est plus faible et variable sous le XVI arrondissement.
Pour réaliser le doublement des voies entre la station de Courcelles et celle du Trocadéro, la
(1) La face supérieure du banc d'argile se trouve à 40 m.7 au-dessus du niveau de la mer sous la rue Duban et à 47 mètres au-dessous de ce niveau sous les Bultes-Chaumont, au point où l'altitude du sol s'élève à 83 mètre ’épai de la couche d'argile est d'environ au puits artésien de Grenelle, 6 mètre
à celui de Passy et 50 mètres sous le pare des Bultes- Chaumont.
(2) Quand la de coleau, elle donne naissance à une source
nappe aquifère affleure à flanc puits sont convenablement alimentés lorsqu'ils aboutissent à cette nappe, au-dessus d'une partie concave du terrain imperméable,
Compagnie de l'Ouest a supprimé les talus en terre qui se trouvaient en bordure du chemin de fer de ceinture, en vue de Jes remplacer par des murs de soutènement, ce qui permettra de gagner un espace suffisant pour établir de chaque côté une voie de plus. Les terrains traversés sont marqués sur les cartes géologiques comme appar tenant à la formation des marnes blanches ; mais sous ces marnes et à une faible profondeur se trouve le calcaire grossier : aussi, quand on regardait de son vagon les travaux exécutés en 1897 par la Compagnie, auprès de la station du Trocadéro, on voyait que les déblais, quoique peu profonds, entament fréquemment le calcaire, et il est résulté de cette circonstance l'avantage que les fouilles ont procuré une forte quantité de moellons.
Les sables dits sables moyens de Beauchamp (1) reposent sur les marnes blanches; cette formation se compose d’épaisses couches de sable alternant avec des assises calcaires et des lits de marnes et contenant des rognons de grès. Ces sables, qui ont été exploités, sont l’origine de plusieurs dénominations: la rue des Sablons, la plaine des Sablons, où le roi passait des revues au xviir® siècle, le quartier de Neuilly appelé Sablonville. Les sables de Beauchamp afleurent, au nord, la partie centale de la rue de la Tour, dans l’espace compris entre l’aboutissement de la rue Scheffer sur l’avenue Henri-Martin et les abords de la place du Trocadéro, au nord de laquelle ils se divisent en deux branches, dont l’une passe sous la place Victor-Hugo et se prolonge au delà de l'avenue de la Grande-Armée ; l’autre passe sous la place des États-Unis et se prolonge au delà de l'avenue des Champs-Elysées.
Entre ces deux branches, on rencontre un ilot où le sous-sol est occupé par le travertin de Saint-Ouen, qui s'étend au-dessus de l’origine de l'avenue Henri-Martin et sous le cimetière de Passy. Le travertin, dont on retrouve un banc dans la région avoisinant la rue de Lubeck, se compose d’alternances calcaires et marneuses, d’origine lacustre, qui ne contiennent pas de matériaux de construction ; l'épaisseur de ces bancs ne dépasse pas 7 mètres dans le XVI® arrondissement et s'élève à 29 mètres sous le pare des Buttes-Chaumont.
L’épaisseur des couches géologiques varie beaucoup d’un lieu à l’autre; elles présentent même assez fréquemment des lacunes, c’est-à-dire qu'on ne retrouve pas partout le terrain qui, au point de vue géologique, succède immédiatement au précédent ; mais l’ordre de superposition des couches reste toujours le même. On ne peut être parfaitement renseigné sur l'épaisseur et même sur l'existence de ces couches, en un point déterminé, qu’en y opérant des fouilles, ou des puits, ou des sondages.
Les vides existant au-dessous des voies publiques et des propriétés privées, dans une partie des quartiers de Chaillot et de Passy, proviennent exclusivement de l'exploitation de la pierre à
(1) Localité située près d'Herblay (Seine-et Oise).
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Tour
ie de la rue de la Tour.
Échelle de om,001
État ancien du sous-sol d’une p: