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bâtir dans les carrières souterraines du calcaire grossier.
Comme ces vides, qui sont très considérables sous certains quartiers de la rive ganche de l’ancien Paris, peuvent occasionner des accidents graves, l'exploitation de carrières souterraines a été interdite, à l'intérieur de Paris, par le décret du 22 mai 4813. La mème mesure a été appliquée en 1860 à la zone annexée; mais au delà des fortifications, on continue à exploiter les carrières souterraines (1).
On pénétrait dans ces carrières par des puits, ou par des escaliers, ou par des bouches de ca vage s’ouvrant de plein-pied à flanc de coteau ; on ne peut plus y accéder aujourd’hui que par des escaliers. On laissait généralement à la partie supérieure des galeries, ou ciels, un banc de roche intact, pour diminuer les risques d’éboulement. L'état dans lequel se trouvent les carrières aujourd’hui abandonnées varie suivant qu'on y a fait ou non des travaux de consolidation et suivant qu’elles ont été exploitées par la méthode des piliers tournés ou par la méthode des hagues et bourrages.
Dans la méthode par piliers tournés, qui était autrefois la plus usitée, on laissait en place une partie de la masse exploitable, pour soutenir le ciel de la carrière et les terres de recouvrement : les galeries étaient ouvertes successivement dans deux sens perpendiculaires l’un à l’autre, de telle sorte que ces recoupes laissaient en place des piliers tranchés sur leurs faces verticales. A Pass et à Chaillot, la roche qui forme le toit des exploitations est généralement assez dure, et il n’est pas rare que son épaisseur, qui est généralement de 0m,60 à 0,80, s'élève à 1,90. Si les bancs formant le ciel de la carrière sont solides ainsi que les piliers, et si la largeur des galeries n’est pas exagérée, les vides laissés par ce système d'exploitation peuvent se conserver indéfiniment. Mais les inconvénients sont très sérieux lorsque le ciel est en mauvais état ou les piliers insufisants, car ils se dégradent de plus en plus ; la chute du ciel de la carrière entraine la formation d’excavations en forme de dôme ou de cloche ; la cavité de cette cloche, dont les bords affectent une forme circulaire ou elliptique, s'agrandit et s'élève graduellement ; si son sommet s’approche assez de la surface du sol pour que la cohésion des terres ne suflise plus à les maintenir suspendues au-dessus du vide, il se forme un éboulement; c’est aux accidents de ce genre qu'on donne le nom de fontis ; quand le sol s'écroule, on dit que le fontis vient à jour.
Dans l'autre méthode d'exploitation, on se proposait d'extraire la presque totalité des bancs de pierre. À cet effet, les déchets de l'exploitation, consistant dans les lits, déblais inutilisables et recoupes de blocs, étaient rassemblés en arrière des ouvriers, à une faible distance du front de taille; ils servaient à former des remblais qu’on
ée
(1) Le calcaire grossier ou pierre à autrefois parles carriers de Passy de Chaillot, est exploité, sur 1 à 2 mètres de hauteur, à
reueil, Gentilly, Bagneux, Châlillon, Clamart,
. Nanterre, Champigny, Saint-Maur et Villejuif. :
älir, utilisé
élevait jusqu’au ciel des chantiers, pour le supporter. La quantité de ces déchets étant insutlisante pour qu'on pût remblayer toute la carrière, où d’ailleurs des galeries de circulation devaient être en tout cas conservées, pour permettre le transport souterrain des pierres extraites; on laissait des espaces vides à l’intérieur des remblais. Les parois de ces galeries étaient généralement soutenues par des murs à pierre sèche appelés hagues; des piliers formés de moellons et nommés bourrages étaient disséminés dans les hagues et dans les remblais.
Les vides résultant du mode d'exploitation par hagues et bourrages peuvent amener des fontis ; car les remblais sont inégalement répartis et su bissent des tassements inégaux ; il arrive assez fréquemment que le ciel de la carrière s’infléchisse ou se fissure, ce qui peut déterminer un effondrement. Toutefois, les fontis qui viennent à se produire au-dessus des espaces laissés vides au milieu des remblais ne constituent généralement que des accidents isolés et ayant un développement restreint, tandis que, dans une carrière à piliers tournés, l’affaissement d’un pilier est souvent accompagné ou suivi de l’écrasement des piliers voisins, Ce qui occasionne un écroulement général du sol sous-miné.
Les infiltrations d'eau aggravent la situation :
aussi, on a observé que les fontis sont plus fréquents après les grands orages, ou pendant les dégels, ou lorsque d'anciens égouts se sont disloqués et que l’eau qui s’en échappe a fait couler des terres rapportées.
La Ville de Paris a dépensé, depuis 4777, des sommes importantes (1) en vue de consolider le sol des rues, de manière qu'il ne soit plus exposé à s’effondrer et à ce que les conduites et les égouts ne subissent plus les avaries qui pouvaient autrefois résulter de l’éboulement des vides souterrains. Ces travaux, dirigés par le service de l'inspection générale des carrières de la Seine, consistent principalement à rechercher les fontis, à combler les vides avec des remblais bourrés et pilonnés et à ajouter au besoin des supports additionnels en maçonnerie, tels que murs, piliers ou xoûtes, pour maintenir les portions du ciel de la carrière qui menacent de s’affaisser.
Pour prévenir tout risque d’effondrement provenant des vides des anciennes carrières sous Paris, il faudrait exécuter des travaux appropriés sur tous les points où les ciels et piliers sont en mauvais état, ou insuflisants ou fissurés : mais il est, en réalité, très difficile de faire des réparations sur la totalité des points qui auraient besoin d’être consolidés, parce que ces anciennes carrières sont peu accessibles. Leur ouverture est souvent fort ancienne ; celles de Chaillot et Passy figurent sur des plans de Paris datant du xvn® siècle. Les ordonnances de police relatives aux carrières sont toutes postérieures au xvi° siècle ;
(1) Les sommes dépensées chaque année par la Ville pour ces travaux de consolidation ont varié, Suivant les époques, entre 70.000 el 400.000 francs. Le réseau des galeries souterraines d'inspection se développe à Paris sur environ 139 kilomèlres, dont 95 sous les voi publiques et 44 sous les propriétés de l'Etat et de la Ville.
ANNEX
les contraventions n'étaient pas poursuivies, parce qu’elles étaient ignorées. Antéricurement à l’insütution de l'inspection générale des carrières de la Seine, elles n'étaient l'objet d'aucune surveillance. Les exploitants pouvaient enlever la pierre souterrainement comme ils l’entendaient. Les carrières étaient ainsi exploitées sans aucune responsabilité, sans aucun lever de plan ni aucun contrôle administratif, ni aucune préoccupation des limites de propriété et à une époque où on ne prévoyait pas que des quartiers de Paris seraient bâtis au-dessus de ces excavations. Depuis leur abandon, elles ont quelquefois servi de décharges publiques, ce qui a entrainé le remblai d’une partie des vides ; les chemins de service ont été masqués ou rendus impraticables par suite des éboulements survenus depuis cet abandon, et c’est avec la pioche qu'il faut s'ouvrir dans ces ruines une voie permettant d’aller à la découverte des vides inconnus et qui ont déterminé un accident.
La superficie des régions de Paris qui ont été reconnues sous-minées, est de 771 hectares (1); mais la superficie où des carrières ont pu être exploitées à l’intérieur des fortifications s'élève à 3.140 hectares (soit environ les deux cinquièmes de la superficie totale de Paris), et on possède peu de renseignements sur les anciennes carrières situées sous des propriétés privées ; car celles où le sous-sol a été exploré expressément en vue des constructions à y élever sont peu nombreuses, et ce n’est que sous les rues et sous les établissements publics que le service de l'inspection des carrières a pu prendre l'initiative des travaux de consolidation à exécuter aux frais de la Ville.
Les édifices publics et particuliers construits à Paris avec les pierres extraites du calcaire grossier ont consommé une énorme quantité de moellons remplacée par des cavités dont quelquesunes constituaient un péril imminent pour les voies publiques situées au-dessus. Pour parer à ce danger, en ce qui concerne les rues, le service de l'inspection générale des carrières lève un plan aussi exact que possible des excavations ; il recherche, par des galeries percées à travers les remblais ou la masse de pierre, les anciennes exploitations inconnues dont les éboulements ou d’autres causes interdisent l’acc enfin, il consolide les vides de la manière suivante.
On construit des galeries muraillées dans le sens longitudinal des rues (2); les vides qui existent à droite et à gauche de ces galeries sont bourrés, c’est-à-dire remplis de terres pilonnées ; ceux qu'on laisse subsister, pour permettre la circulation, sont soutenus de place en place au moyen de piliers en maçonnerie. Les voies les plus importantes ont généralement deux galeries muraillées, une sur chaque côté ; les voies étroites n’en ont qu'une. Dans la traversée des fontis, on soutient les murailles au moyen de colonnes en béton.
r (pierre à
Ga) Dont 707 dans le calcaire grossi bâtir) et 6, dans le gypse (pierre à plâtr pour p de détails, louvrage de ard, intitulé : Les Calacombes de Paris, et
en 1892 par la maison Chamuel, rue de
vise, 29.
On assure la stabilité des égouts en les soutenant par une galerie maçonnée.
Les piliers de maçonnerie ont reçu une inscription comprenant un numéro d'ordre, l’initiale de l'inspecteur général et l’année de la construction: c’est ainsi que l'indication 4. G. 1783 montre que le pilier sur lequel elle se trouve inscrite est le quatrième d’une série exécutée par ordre de M. Guillaumot, en 1783.
En ce qui concerne les propriétés privées, c’est aux propriétaires qu'il appartient d'exécuter à leurs frais les travaux de consolidation indispensables pour assurer la stabilité. Car la propriété de la surface implique celle du sous-sol, et les propriétaires sont tenus d'accepter la charge de ces travaux, tant à cause de l'intérêt direct qu'ils y ont pour la conservation de leurs maisons qu’à cause de la responsabilité qu'ils encourraient si, par le fait d’un affaissement du sol qu'ils auraient négligé de conjurer, des personnes étaient victimes d'accidents compromettant leur existence ou leurs biens.
En 1876 et 1877, six maisons de la rue de la Santé furent détériorées par des etfondrements ; en mai{819, trois maisons furent gravement menacées dans le passage Gourdon et, en avril 4880, un accident du même genre faillit engloutirles maisons portant les n°5 79 et81 du boulevard Saint-Michel.
A la suite de ces événements, il a été décidé que l'administration municipale, qui, jusqu’en 1881, ne s'était pas immiscée directement dans la consolidation des maisons particulières, ferait exécuter d’oflice les travaux commandés par la sécurité publique toutes les fois que le propriétaire, ayant reçu l'injonction de réaliser ces consolidations, ne les aurait pas effectuées dans le délai prescrit, les dépenses devant être ensuite recouvrées sur les parties responsables. Aux termes de l'arrêté préfectoral du 18 janvier 1881, toute demande de construction ou de surélévation de bâtiment, sur des terrains situés dans la zone des anciennes carrières de Paris, doit faire l'objet d’un examen spécial de la part du service des carrières de la Seine, chargé d'indiquer les mesures à prendre ou les travaux à exécuter pour assurer la solidité des fondations des constructior
Jusqu'ici la Ville de Paris a supporté tous les frais de construction des piliers situés mi-partie sous les rues et mi-partie sous les murs de face des maisons. En assurant la stabilité des voies publiques, elle atténue les dangers pouvant résulter, pour les immeubles riverains, des vides qui existent dans les anciennes carrières; mais ce danger n’est pas entièrement supprimé. On espère que les maisons ne sont plus exposées à s’effondrer ; si cependant les fondations n'étaient pas solides, il pourrait se produire des tassements inégaux et des lézardes dangereuses dans les maçonneries. Pour les hautes maisons, ainsi que les grands égouts dont la rupture aurait des conséquences désastreuses, il convient généralement de faire descendre les fondations jusqu’au sol des anciennes carrières ; quand il faut satisfaire à cette condition avant de construire une maison neuve, on creuse généralement des puits qui sont remplis de béton et reliés à leur partie supérieure
par des arcs en maçonnerie supportant les principaux murs. ? ;
S'il s’agit de consolider des maisons existantes, on creuse un puits d'environ 411,20 de diamètre, pour pénétrer dans les excavations et en dresser le plan qui doit être levé avec une grande exactitude, afin de ne pas s’exposer à consolider à ses frais les propriétés voisines, pour faciliter les frèglements de comptes de mitoyenneté, qui se ont en général de la même façon que ceux des constructions de la surface, et pour arrêter les dispositions à adopter en vue de la consolidation. Elles consistent le plus souvent à établir des piliers de soutènement en maçonnerie, placés sous les murs principaux ou à l'aplomb des points de charge du bâtiment et à remblayer les vides. La dépense à faire est très variable suivant les circonstances ; elle est par mètre carré et en moyenne de 25 francs, chiffre très inférieur à celui de la valeur qu'ont actuellement les terrains dans le XVI arrondissement.
Le réseau des galeries souterraines d'inspection se développait, en 1896, sur 6.419 mètres dans le XVI arrondissement ; la longueur des voies publiques sous-minées y était de 5.353 mètres dont 5.064 (1) consolidés. Ces chiffres ne comprennent pas les galeries existant sous les propriétés privées. En outre, on doit observer que d'anciennes carrières peuvent exister au-dessous des voies publiques sous lesquelles on n’en a pas encore constaté l'existence. Plus tard, il pourra être reconnu indispensable d'ajouter de nouveaux travaux de consolidation à ceux qui ont déjà été réalisés. Le nombre des rues du XVI° arrondissement désignées comme ayant leur sol sous-miné est de 41.
Le service de l'inspection des carrières (2) avait achevé en 1859 l’atlas des carrières souterraines, situées à l’intérieur de l’ancienne enceinte de Paris ; mais l’annexion des communes suburbaines, jusqu'aux fortifications, a nécessité l’addition d’une étendue considérable de régions sousminées ; d’ailleurs, les recherches opérées chaque année augmentent le nombre des carrières anciennement reconnues. Le travail à faire est très
(1) M. Doniol a indiqué, en de Passy, la distance du sol au ciel ainsi que la hauteur des galeries d sur les points où ces dimensions ont et l'époque à laquelle les travaux dation ont été exéculés.
) Les prine altributions du >ection érale des carrières d en ce qui concerne les anciennes car Paris, sont les suivante onsolidation de ces anciennes carrières sous le sol des voies publiqt et des établissements publics, appartenant à l'Etat ou à la Ville — entretretien des anciens travaux de consolidation exé-
ploilation, té relevées, de consoli-
service de a Seine, res sous
aldu percement des nouvelles rues ou sement des nouveaux égouts, où de lt construction des maisons — contrôle des travaux de consolidation imposés aux propriétaires par l'arrêté préfectoral les autorisant à bâlir dans cette zone — cution d'office, le cas échéant, des travaux à la charge des particuliers, dans les cas de péril imminent où la sécurité publique se trouve engagée — levés de plan et confection de l’atlas des carrières souterraines.
important pour terminer et compléter cet atlas(1), qui est en cours de publication et où une teinte spéciale indique les carrières à plusieurs étages : ces dernières, qui sont les plus dangereuses, sont assez nombreuses sur la rive gauche de la Seine ; on n’en rencontre pas dans le XVI arrondissement, où l’exploitation de la pierre à bâtir ne parait avoir pris une grande extension qu’à dater du xvin® siècle.
Pour la construction du Trocadéro, en 4877 et 4878, il a fallu consolider une superficie de près de deux hectares (17.800 mètres carrés) par massifs de maçonnerie sous le palais et par remblais bourrés sous les jardins. La partie centrale de ce palais se trouve au-dessus d’anciennes carrières, ainsi que l’extrémité de l’aile située du côté de l'avenue du Trocadéro. Ces carrières avaient été exploitées par piliers tournés ; leur ciel était soutenu par des piliers en calcaire, provenant de la partie de la masse exploitable que les carriers avaient laissée en place ; l'intervalle entre les piliers était vide ; la hauteur des galeries d'exploitation est, sous la salle des fêtes, de 9m,45. Afin d'augmenter la stabilité, on avait fait construire des piliers maçonnés par les ateliers nationaux de 1848 ; mais cela ne suffisait pas pour supporter le poids du palais du Trocadéro. Pour toutes les parties pleines de la partie centrale de ce palais, on a descendu les fondations jusqu'au sol de la carrière ; la distribution adoptée pour le palais se trouve ainsi reproduite souterrainement et on peut circuler dans les vides qui subsistent entre toutes ces maçonneries (2). On a parlé d'y établir, pendant l'Exposisition universelle de 1900, un musée des mines. On y descend, par un escalier, jusqu’au sol de la carrière, placé à 9,15 au-dessous du sol; la température est à peu près constante. dans ces souterrains, dont le ciel laisse assez fréquemment tomber des gouttes provenant de l’eau qui s’infiltre dans le terrain.
Les travaux de consolidation exécutés sous d’autres établissements publics, dans le XVI arrondissement, sont beaucoup moins importants que ceux du Trocadéro : la superficie consolidée est de 140 mètres carrés sous la chapelle annexe de l’église Saint-Pierre de Chaillot (avenue Marceau, ouvrage exécuté en 1887), de 4.700 mètres sous le dépôt des Phares (avenue du Trocadéro) et de 450 mètres sous le presbytère de l’église de Notre-Dame-de-Grâce de Passy, rue de l’An-
(1) Comme l'indique M. Wickersheimer, actuellement inspecteur général des carrières de la Seine, dans sa note du 1° juillet 1896, cet atlas servira à compléter la nomenclature des voies publiques sous-minées, qui a été publiée par l'imprimerie Paul Dupont et qui indique, pour les rues eb pour les élablissements publics : l'année pendant laquelle les tr e consolidation ont élé exécutés, les longueurs des parties sous-minées et des parties consolidées, celles des galeries d'inspection, diverses observations sur l'état des carrières, la distance du sol au ciel de la carrière et la hauteur de e d'exploitation.
(2) La note de M. Léopold Mar sur Passy et Chaillot souterrains, qui précède, donne des détails sur les travaux de consolidation du Trocadéro et sur la situation en 1892 des escaliers conduisant aux carrières.
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