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LES DELESSERT

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vise: Tout vient dé Diet. Jamais ils ne se préva=

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thropiques, des travaux, des découvertes utiles à l'humanité ou par d'admirables traits de bienfaisance, parmi ceux qui ont acquis des droits à la reconnaissance spéciale des habitants de Passy par tous les bienfaits connus ou inconnus qu’ils ÿ ont répandus, il n’en est guère qui les aient autant mérités que les membres de cette admirable famille des Delessert, établie à Passy depuis plus d'un siècle, et dont il convient de noter, avant tout, les trois frères Benjamin, Gabriel et François. dont l'intime union ne se démentit jamais, Cor unum et anima una.

Leur père, Etienne, né à Lyon le 30 avril 1735, était le fils d’un honorable commerçant de cette ville, originaire de Suisse et issu d'une famille

Par le commerce des soies dont s’occupait alors spécialement Étienne Delessert, il avait de nombreuses relations à Paris; désirant étendre le cercle et la nature de ses affaires, dès 1775 il avait tourné les yeux vers la capitale, et vint s’ÿ fixer définitivement en 4777.

Sous la raison sociale Delessert et Ci, il y fonda une maison de banque, établie d’abord rue Mauconseil, puis rue Coq-Héron n° 3, à l’ancien hôtel hamillard (4). Peu de temps après, comprenant la nécessité de fournir des moyens de crédit convenables au commerce de Paris, qui s’augmentait de jour en jour, il communiqua à quelques-uns des financiers les plus habiles de cette époque, avec lesquels il était lié, ses idées sur l'établissement

Portrait de E

(Collection de

protestante qui avait dù quitter la France lors de la révocation de l'Édit de Nantes. S’étant fait remarquer de bonne heure par son activité et ses talents, il fut mis dès l’âge de vingt ans à la tête des affaires de son père, et peu de temps après il unissait son sort à celui d’une femme aussi remarquable par l'élévation de son caractère que par ses vertus, Mlle Madeleine Boy de la Tour, de Neufchâtel (Voyez Bullelin, t. I, pp. 7 et 8), dont la préoccupation constante fut de diriger elle-même l’éducation des sept enfants qui lui restaient, deux filles et cinq garcons (1).

lurent de leurs titres de noblesse, c'est par hasard que nousavons lrouvé leurs armes sur le premier ex hbris que s'était fait graver Etienne Delessert,

avant la Révolution, et dans les Annales nobiliaires de Tisseron.

(1) Mme Elienne Delessert avait eu huit en-

lenne

Delessert,

M. Émile Potin.)

de la. Caisse d’escompte, dont il fut l'un des premiers fondateurs. Cette caisse fut le germe de la Banque de France. L'assemblée des actionnaires, pour perpétuer le souvenir des services qu'Étienne Delessert avait rendus, lui fit frapper une médaille d’or en témoignage de gratitude.

Vers 1785, Étienne Delessert reçut du gouvernement une preuve de haute confiance. La fabrication des tissus de soie s'étant fortement ralentie à Paris, le gouvernement, inquiet pour la sûreté publique de voir des milliers d'ouvriers sans ou-

fants ; le deuxième, né en 1769, élait mort en bas age.

(1) Cet hôtel avait été successivement habité par le ministre Chamillard et ses enfants, par le duc de Gèvres, gouverneur de Paris, par le maré chal de Coigny, qui y mourut en 1759. par Gentil Ï d, son secrétaire, et enfin par le comte de

ANNÈXES 345

vrage, chargea le lieutenant général de police, Thiroux de Crosne, de remettre une somme très considérable entre les mains d’Etienne Delessert, pour être distribuée en secours aux ouvriers (1). Comprenant l'importance de cette mission, au lieu de donner de l'argent à ces malheureux, il obtint par des avances et des secours accordés avec intelligence aux fabricants, qu'ils rouvrissent leurs ateliers ; tous les ouvriers reprirent leurs travaux, la tranquillité ne fut pas troublée, et même, une partie seulement de la somme allouée par le gouvernement fut employée, car les chefs d'atelier purent rendre l'avance qui leur avait été faite. Aussi, au nom du roi, Etienne Delessert reçut-il une lettre de remerciements des plus flatteuses, pour la façon intelligente dont il s’était acquitté de la mission qui lui avait été confiée.

Etienne Delessert coopéra puissamment à la création de plusieurs établissements importants, entre autres à la formation des premières assurances contre l'incendie, des associations tontinières et de la Caisse patriotique, institutions que la Révolution vint bientôt détruire. Dévoué aux intérêts d’une sage liberté, Etienne Delessert s'était montré favorable aux principes de 89 ; mais quand il les vit dévier et glisser dans l’anarchie qui amena les crimes de la Terreur, il manifesta hautement et courageusement contre ces crimes ; aussi ne tarda-til pas a éprouver la haine des révolutionnaires. Arrêté à la fin de 1799, il resta emprisonné pendant plus de dix-huit mois et fut porté sur les listes de proscription. Heureusement, grâce à une maladie qui le fit transférer à l'infirmerie de la Conciergerie, il échappa au couteau de la guillotine et fut oublié; le 9 thermidor et la chute de Robespierre le sauvèrent.

Après un repos nécessaire au rétablissement de sa santé, fort éprouvée par sa longue détention et la perte de son fils ainé, il reprit la direction de sa maison, tout en se livrant à d’autres travaux utiles à son pays. C’est ainsi qu’il trouva le moyen d'améliorer les assolements des fermes des envi-rons de Paris, et les machines agricoles, de faire entrer en France la plus grande partie des six mille moutons mérinos que, par le traité de Bâle de 1795, l'Espagne s’était engagée à nous céder dans l’espace de dix ans, affaire que le gouvernement d'alors, faute de fonds, et détourné par des intérêts qui lui semblaient plus pressants, avait à peu près délaissée. C’est à l'introduction de cette race précieuse qu’une partie des meilleurs troupeaux de races pures de nos départements doit son origine plus ou moins directe.

Mais le bien-être matériel des masses n’était pas seul à préoccuper Etienne Delessert; il pensait avec raison que de bons principes de religion et de morale, qu’une instruction éclairée sont des conditions essentielles de réussite dans toutes les carrières. Aussi, frappé de tout ce qui manquait à Paris à eet égard, pour les enfants des classes ouvrières, et voulant prècher d'exemple, acheta-til

G) Les biographes d'Etienne Delessert placent ce fait à la date de 1782, ce qui est impossible, Thiroux de Crosne n'ayant été nommé lieutenant général de police qu'en 1785 (Voir les almanachs

royaux).

en 1815 et fit-il disposer à ses frais une maison consacrée à l'établissement des deux écoles gra tuites pour les enfants de la population protestante.

En dehors des occupations souvent arides de sa profession, Étienne Delessert avait toujours conservé un goût très vif pour la littérature et les arts ; sa bibliothèque était bien garnie, et, grand amateur de tableaux, il s'était formé une belle collection de chefs-d'œuvre des maitres des écoles flamande et hollandaise, collection qui fut conservée et augmentée par ses enfants.

Un fait intéressant que nous empruntons textuellement à M. Jarry de Mancy, l’un de ses biographes (1) achèvera de nous dépeindre l’homme de bien dont nous venons de résumer la vie.

« La simplicité des mœurs d’Étienne Delessert, dit-il, son éloignement pour les habitudes de cour, l'indépendance de son caractère, lui firent toujours refuser du pouvoir les faveurs auxquelles sa longue expérience, sa grande réputation, ses talents et l'élévation de son caractère lui donnaient des droits. Content d’être utile à ses amis, heureux de vivre entouré de sa femme et de ses enfants, son ambition était satisfaite. Il rejeta plusieurs offres qui lui furent adressées successivement de la part du premier consul et de l’empereur. Celui-ci en prit de l'humeur, et s’exprima une fois devant ses ministres avec beaucoup d’aigreur sur son compte et sur l’opposition qu'Etienne Delessert faisait à son gouvernement. Personne n’osait contredire l'empereur ni prendre la défense de Delessert. Crétet, ministre de l'Intérieur, qui avait été lié avec lui, et qui savait apprécier tout ce qu'il y avait d’honorable dans son caractère et dans la franchise de ses opinions, osa seul parler en sa faveur. IL rappela à l’empereur que, le 49 brumaire au matin, le jour où, comme premier consul, il s’occupait d'organiser le gouvernement, les caisses du trésor public étaient vides, le crédit ne pouvait exister pour un gouvernement qui n’était pas encore constitué ; Etienne Delessert, plein de confiance dans le génie du général Bonaparte, dans sa ferme volonté d’étouffer l'hydre révolutionnaire et de fonder un gouvernement régulier, vint lui offrir de mettre immédiatement à sa disposition une somme très considérable (2), qui prouvait toute sa sympathie pour celui qui prenait dans ses mains les rênes de l’État. L'empereur, frappé de ce souvenir, remercia Crétet de le lui avoir rappelé, et excusa depuis la franchisse avec laquelle Étienne Delessert continua à manifester ses opinions. »

Après avoir complètement abandonné sa maison de commerce à ses fils, Étienne Delessert consacra ses dernières années à sa famille et à ses amis. Le 23 mars 1816, il perdit celle qui avait été le charme et la consolation de sa vie, et moins de trois mois après, le 18 juin, il allait la rejoindre (3).

(1) Biographie des hommes utiles (Société Monthyon el Franklin, année 1837, Zlienne Delessert), plaquette in-4, à laquelle nous avons fait de nom breux emprunts.

(2) La maison Delessert et Ci fit alors une première avance de 12 millions.

(3) Mme Etienne Delessert est inhumée rue Lekain, n° # e, Mme veuve

d'asile à Pas

Étienne Delessert mourut dans son hôtel de la rue Coq-Héron, n° 3, âgé de quatre- vingt-un ans, et fut inhumé à Passy, rue Lekain, n° Bu au cimetière de famille.

Nous avons pensé qu'il était utile de résumer d’abord la vie d’Étienne Delessert, parce que, presque autant que ses trois fils, il nous appartient comme habitant de Passy; il était venu s’ y installer dès la fin du règne de Louis XVI; nous savons par de charmantes lettres de Mme Étienne Delessert, que Franklin, qui fut notre hôte ; jusqu’à 1783, venait souvent passer ses soirées dans la famille d’Étienne Delessert, son voisin.

Voici, pour rendre notre travail plus clair, la liste exacte des enfants d’Étienne Delessert

4° Marguerite-Madeleine, née à Lyon le oùût 1767, mariée à Jean-Antoine Gautier, banquier à Paris. Morte dans cette ville le 30 avril 1838 ;

2° Jules-Jean-Jacques, né à Lyon le 30 mai 4769. Mort en bas âge;

30 Jacques-François-Gabriel-Étienne, né à Lyon le 5 mars 1771. Mort à New-York, de la fièvre jaune, en 1794;

4° Jules-Paul-Benjaman (dont l’article suit), né à Lyon le 14 février 1773. Mort à Paris, le 1° mars 1847;

5° Anne-Pierre-Alexandre, né à Lyon en 1776.

Mort sans alliance le 27 novembre 1833;

6° Jeanne-Emilie, née à Paris le 22 février 1778, mariée à son cousin Baptiste-Jean-Marie Delessert de Cossonay. Morte à Lausanne le 21 janvier 18:

T° François-Marie (dont l’article suit), né à Paris le 2 avril 1780. Mort à Passy le 15 octobre 1868;

8° Gabriel-Abraham-Marguerite (dont l’article suit), né à Paris le 17 mars 1786. Mort à Passy le 31 janvier 1858.

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