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BENJAMIN DELESSERT

Jules-Paul-Benjamin Delessert, troisième fils du précédent, naquit à Lyon le 44 février 1773. Tout enfant, il avait été remarqué par Berquin, l'ami et l’habitué de la maison; sa naïveté gracieuse, sa bonté, sa sincérité avaient tout spécialement attiré vers lui notre fabuliste, qui ne l’appelait que son petit Benjamin. Dès 178%, il fit, sous la direction de son frère aîné (4) — qu'il devait perdre dix ans plus tard — un voyage d’études en scosse, où il suivit les cours d'économie politique d'Adam Smith et de philosophie de Dugald Stewart, puis en Angleterre, où il se lia avec le célèbre mécanicien Watt. Il puisa dans les leçons et les conseils de ces hommes éminents des connaissances solides, non seulement en philosophie et en économie politique, mais encore en science physique et en industrie.

Comme il rentrait en France, la Révolution éclatait. En 1793, entré comme volontaire à l’école d'artillerie de Meulan, il en sortit l’année suivante avec le grade de capitaine, fit la campagne de Belgique sous Pichegru, se trouva aux sièges d'Ypres, de Maubeuge et Anvers s, où il se distingua par

1) Jacque

inçois-Gabriel-Etienne, cité plus haut sous le à

son courage. On raconte que, chargé par intérim du commandement de la citadelle d'Anvers, un violent incendie se déclara dans un bâtiment voisin de la poudrière ; aussitôt l’épouvante se mit dans la garnison, mais le jeune capitaine fit redresser les ponts-levis et fermer toutes les portes; la retraite étant devenue impossible, les plus effrayés devinrent les plus braves et l'incendie fut arrôté. C'est à la suite de ce bel acte de sang-froid qu'il devint aide de camp du général Kilmaine.

Avant d'aller plus loin, il nous semble bon de rappeler ici un fait cité Je M. Cap (1) et qui eut lieu avant le départ de Benjamin Delessert pour l’armée du Nord. « Lorsqu'on admire — dit-11 — la belle avenue qui fait face, du côté de Paris, au château de Versailles, on ne se doute guère que c’est à la présence d'esprit de M. Benjamm Delessert qu'on en doit la conservation. On allait abattre ces beaux arbres, sous Le plus vain prétexte, quand il prouva que le bois n’en valait rien pour faire des affûts de canon, et qu'ils pouvaient au besoin servir à la défense de la ville. » Aïnsi fut sauvé un de ses plus beaux ornements.

Rappelé en 1795 près de son père, Benjamin Delessert prit la direction de sa maison. « C’est alors — a dit très justement le secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences (2) — qu'il commença cette carrière commerciale et industrielle que le génie des affaires et le secours des sciences ont entourée de tant d'éclat, et à laquelle la vertu a donné une véritable grandeur. »

En 1801, il fonde la Société philanthropique, est nommé membre du Conseil général des hospices — fonction qu'il remplit pendant quarante-six ans — et organise la comptabilité de ces établissements. La même année il établit à Passy, dans les terrains de sa propriété donnant surle quai, n°° 14 et 16, une raflinerie de sucre, où, par des procédés nouveaux, il réussit le premier, quelques années après, à fabriquer en grand un sucre de betterave bien cristallisé (3).

Le 2 janvier 1819, il fait part t de son succès Chaptal, qui l’annonce aussitôt à l'empereur. L’empereur, ravi, s’écrie : «IL faut aller voir cela, partons. » En effet, il part. M. Benjamin Delessert n'a que le temps de courir à Passy, et quand il arrive, il trouve déjà la porte de sa r'aflinerie occupée par les chasseurs de la garde impériale, qui lui ferment le passage. Il se fait connaitre, il entre. L' empereur avait tout vu, tout admiré; il était entouré des ouvriers de la fabrique, fiers 7 de cette grande visite; l'émotion était au comble. L'empereur s'approche de M. Delessert, et, détachant la croix d'honneur qu'il portait sur sa poitrine, il la lui remet (4) » et fait donner une semaine de paye en gratification aux ouvriers.

De retour aux Tuileries, il y trouve M. de Talleyrand, alors son ministre des Affaires étrangères,

(1) Zloge de Benjamin Deléssert, par toine Cap. Paris, Plon, frères, 1850.

(2 et 4) Eloge "historique de Bénjamin Delessert; par M. Flourens, secrétaire perpétuel dé lAcadémie des Sciences (lu dans la séance publique du 4 mars 1850), passim.

(3) On conserve réligieusement dans la famille, le premier pain de sucre dé bellérave sorti de là raffinerie de Betijamin Delessért.

Paul-Añ-

ettient à lui faire goûter immédiatement un échantillon du nouveau sucre qu'il avait rapporté. Celuici le goûte en eflet, mais quel n’est pas le désappointement de l’empereur quand il voit Talleyrand donner une chiquenaude sur l'échantillon en s’écriant : Va te faire... sucre (1)!

M. Benjamin Delessert était créé baron de l’empire (4).

En 1802, Benjamin Delessert est au nombre des principaux fondateurs de la Société d’encouragement pour l'industrie nationale ; il est nommé régent de.la Banque de France, fonction qu'il

Portrait de Benjamin Delessert,

(Dessin de M. Mar.)

Le mot était drôle, mais il n’était pas juste, puisque ce sucre suppléa au sucre colonial pendant toute la durée du blocus continental, et qu'il était assez difficile d'en préciser la différence avec ce dernier. Peut-être, ce jour-là, Talleyrand avaitil les dents agacées, ou était-il contrarié d’être dérangé dans ses occupations. Toujours est-il que, le lendemain, Le Moniteur annonçait qu'une grande révolution dans le commerce français était consommée. Et, le 19 septembre de la même année,

(1) Voir les Chroniques de Passy, par Quillet,

remplit pendant près de cinquante ans. Il n'avait alors que vingt-neuf ans ! En 1803, il fonde à Passy une filature de coton qui affranchit la France de la nécessité de tirer de l'Angleterre les fils de coton pour nos tissus communs, et de l'Inde tous les tissus fins.

En 1816, l'Académie des Sciences se l’adjoint comme membre libre dans la section de botanique.

amin Delessert avait établi dix fabriques de sucre de betterave, à Nantes, à Blois, à Monta s, dans le Pas-de-Calais, dans les environs de Paris, ete.

(1) En 1814, Benj

Passionné pour cette science, Benjamin Delessert, après avoir acquis les petits herbiers de Linné et de Jean-Jacques Rousseau, ceux plus importants de Lemonnier, de Burmann, de Ventenat, de Palisot de Beauvois, etc., parvint à posséder l’herbier le plus complet — plus de 86.000 espèces de plantes, dont 3.000 inédites et 250.000 échantillons — et la bibliothèque botanique la plus riche que l’on connût, renfermant plus de 6.000 volumes écrits dans toutes les langues, le tout classé avec uu soin et un ordre parfaits, et mis gracieusement pour l'étude à la disposition des naturalistes de tous pays.

En 1840, ce fut lui qui sut conserver à la France la précieuse collection de coquilles de Lamarck, qui allait passer en Angleterre; il en fit le noyau d'un nouveau musée conchyliologique digne de rivaliser avec l’ancien. À sa mort, cette collection se composait d’au moins 150.000 coquilles représentant 25.000 espèces, dont 1.200 coquilles non décrites alors.

Si Benjamin Delessert aimait les sciences, il savait aussi se passionner pour les arts, et sa galerie de la rue Montmartre, à l’ancien hôtel d’Uzès (1), renfermait, outre les anciens tableaux hollandais et flamands qui lui venaient de son père, des œuvres d’autres Ecoles, ou d'artistes vivants, qu'il avait su choisir avec le discernement le plus exquis (2).

Deux ans après sa nomination à l’Académie des Sciences, Benjamin Delessert mit le couronnement à ses œuvres philanthropiques par la fondation de la plus belle et de la plus moralisatrice des institutions populaires des temps modernes. Aidé du duc de la Rochefoucauld-Liancourt, qui, comme lui, se servait de l'influence d’une grande fortune pour propager toutes les idées utiles à son pays, il présida à la création de la Caisse d'épargne, qui fut établie à l'instar de celles qui depuis deux ans existaient en Angleterre, et inaugurée officiellement le 45 novembre 1818.

L'exemple, même le bon, est contagieux; celuici fut bientot suivi de la fondation d'établissements analogues dans les principales villes de France. Propagateur infatigable des Caisses d'épargne, dont il fut pendant vingt ans président, Benjamin Delessert leur légua 450.000 francs, à la charge pour elles de délivrer 3.000 livrets de 50 francs aux travailleurs les plus méritants qui prendraient l'engagement de n’accepter ce -don que comme un premier fonds qu'ils auraient à augmenter. N'avaient-ils pas eu raison de le surnommer le père des ouvriers (3) ?

G@) La rue d'U placement

(2) En 18; sans doute «

:s occupe une partie de son em-

Benjamin Delessert, se souvenant douze gravures qu'avait publiées vers 1747, W. Hogarth, suite intie el Pare proposa un prix de pour une série de lithographies analogues entant les suites du viceet de la vertu de mani à produire une impression salutaire sur les jeunes gens de la classe laborieuse. Ce fut le dessinateur Jules David qui obtint le prix etexé cuta les vingt-quatr jets de celte suite, qui parurent en album chez l'éditeur Joannin, en 1856. Douze sujets étaient consacrés aux hommes, et douze aux femmes.

(3) EL cependant Benjamin Delessert leur avait

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