‹ Histoire du XVIe arrondissement de Paris (volume 2)Chapitre 184 sur 329 · frar · texte numérisé non relu

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Que dire encore de la vie publique de cet homme de bien, successivement magistrat consulaire, colonel de la garde nationale en 1814, et membre de la Chambre des députés pendant plus de vingt ans ? Il prit rang au centre gauche sous la Restauration, et parmi les conservateurs sous le règne de Louis-Philippe.

Le 4 janvier 4819, c’est lui qui signala le duc de Richelieu à la reconnaissance publique après la libération du territoire, et fit voter en sa faveur 90.000 francs de rente, dont le duc, quoique sans fortune, s’empressa de faire donation aux hospices de Bordeaux, sa ville natale. En 1835, Ben- Jamin Delessert fit abolir la loterie et les maisons de jeu, dont il avait demandé la suppression dès 1820 et en 1898.

A l’énumération de tous ces titres, on serait heureux de pouvoir ajouter celle de ses bienfaits privés; mais ils sont si nombreux, et la plupart entourés d’un si généreux mystère, que la tâche est bien dificile. « Le plus grand plaisir que l’on puisse goûter — disait-il — et le seul qui soit sans mélange, est celui que l’on éprouve dans l’accomplissement d’une bonne action. Depuis le verre d’eau apporté aux malades jusqu'aux plus magnifiques donations, tout devient une source de jouissances. Après une bonne action, on éprouve un sentiment de bonheur qui est au-dessus de toute idée, on dort d’un sommeil paisible, et tous les songes sont agréables. >» — « Un riche sans libéralité — dit-il plus loin — est un arbre sans fruits (1). » Et Flourens, dans son éloge de Benjamin Delessert, ajoutait ceci : « Fontenelle nous raconte du grand ministre Colbert qu’il avait des espions pour lui chercher et lui découvrir partout le mérite caché et naissant. Benjamin Delessert était doué d’une ingénieuse sagacité qui lui a fait faire beaucoup de ses découvertes. »

Nous ne pouvons résister au plaisir de citer, entre mille — toujours d’après M. Flourens — le trait suivant qu'il n’a pu cacher. C'était au 1° janvier, Benjamin Delessert avait cru ne pouvoir mieux commencer l’année qu’en consacrant cette journée aux Enfants malades et aux Enfants trouvés. Il revenait, s’acheminant à pied. Partout sur son passage, des groupes d'enfants joyeux

sévèrement interdit le triste chômage du lundi, Tout ouvrier qui osait se débaucher un seul lundi ne pouvait plus remettre les pieds dans ses fabriques.

(1) Fondations qu'il serait utile de faire. 1846. Plaquette in-8 de 16 pe

Benjamin Delessert a encore écrit : Des avantages de la Caisse d'épargne et de prévoyance. Paris. 1835, in-18.— Almanach de la Caisse d'épargne et de prévoyance. Paris, 1837, in-18. Nous ne parlons pas ici des nombreux discours qu'il prononça à la Chambre des députés, de 1815 à 1840; de ses rapports sur lesCaisses d'épargne de 1827 à 1845, et de quelques opuscule rattachant à ses collections de plantes et de coquilles.

En 17%, Benjamin Delessert avait établi dans sa maison une petite imprimerie. Il traduisit alors et imprima la Morale des échecs, de Franklin. et imprima, la même année, le poème sur les Disputes, de Rulhières, etc.

pliaient sous le poids des cadeaux dont on les avait comblés.

A cette vue, le cœur de l'excellent homme se serre, il songe aux pauvres petits abandonnés qu'il vient de quitter et qui ne connaîtront jamais ces joies. IL ne peut supporter cette idée, et ne rentre chez lui qu'après avoir expédié aux deux hospices une cargaison bien capable d'y apporter un bonheur aussi vif qu'inattendu. Depuis ce jour, les Enfants malades et les Enfants trouvés eurent à chaque 1€" janvier leurs petits cadeaux et, partant, leurs joies du premier de l'an.

A cette bonté touchante, Benjamin Delessert unissait de vifs sentiments patriotiques, qui plus d’une fois l’inspirèrent heureusement. Ce fut lui qui, le premier en 4800, proposa d'élever un monument au brave général Desaix, tué à Marengo. Annoncée dans le Moniteur, la souscription fut aussitôt couverte. Toute l’armée d'Égypte y prit

part, et le monument-fontaine exécuté de 1801 à:

1803 d’après les dessins de Percier, dans le goût de l’époque, et représentant sur un piédestal le buste de Desaix couronné par la Victoire, fut érigé sur la place Dauphine, où il se voyait encore à la fin du second Empire. Au point de vue artistique, Desaix méritait mieux; mais, circonstance atténuante, c'était la première œuvre de Percier et Fontaine.

De cette biographie trop écourtée de Benjamin Delessert, nous avons réservé pour la fin ce qui nous intéresse tout particulièrement, les créations, les bienfaits qu'il répandit à Passy, cette commune qu'il aflectionnait tant, et où il passa les plus belles heures de sa vie, entouré de ses deux frères, qui étaient venus s'installer auprès de lui, dans le plus beau site de la rue Raynouard. De ces créations, de ces bienfaits, on ne trouve guère l'énumération — et trop rapide encore — que dans un Annuaire de la ville de Passy, fort intéressant, qui, paru seulement en 1858, est aujourd’hui devenu des plus rares. Force nous est donc de recourir à ce livre de M. AI. Lefeuvre, où nous relevons presque textuellement ce qui suit :

« En 1829, M. Benjamin Delessert, qui avait toujours été, comme son père, un fervent propagateur de l'instruction primaire et des salles d’asile, fonda à Passy, au centre d’alors de la commune, deux écoles destinées aux enfants de chaque sexe, et dont la construction et l'entretien, tant au matériel qu'au personnel, furent complètement à sa charge. Indépendamment des prix et encouragements que, chaque année, il délivrait aux élèves, M. Benjamin Delessert leur partageait huit livrets de la Caisse d'épargne de 30 francs chacun, quatre aux garçons et quatre aux jeunes filles. Par son testament, Benjamin Delessert légua 30.000 francs à ces écoles.

Lorsque la mairie de la place de Passy n° 4 fut achetée, on fit à l’aide d’une souscription une appropriation dans le bâtiment réservé aux bureaux, à la salle des élections et au corps de garde ;

. M. Benjamin Delessert y concourut pour une somme de 2.500 francs.

Préoccupé sans cesse de l'idée d’être utile à Passy, M. Benjamin Delessert comprit qu’un des graves obstacles au développement de cette commune provenait de la difficulté des abords du côté

de la rivière. En effet, pour venir par cette voie, il fallait gravir une côte ayant sur plusieurs points une pente de 9 à 10 centimètres par mètre, ce qui rendait impossible l’arrivée à Passy par la route la plus directe. M. Benjamin Delessert voulut y remédier. Dans ce but, il fit étudier un projet qu'il soumit aux autorités compétentes ; mais, pendant son examen, il apprit que l’on avait mis en vente les premiers terrains sur lesquels il fallait faire passer la nouvelle route. Or, un changement de destination sur ces terrains pouvant augmenter la dépense générale et contribuer ainsi à annihiler l'opération, M. Benjamin Delessert dut se rendre acquéreur, et il n’hésita point : il engagea pour cet objet une somme de 80.000 francs.

L’alfaire suivit son cours sous le rapport administratif, mais le résultat ne fut pas favorable : on rejeta le projet à cause des dépenses considérables auxquelles il entrainait.

Cette Ficheuse détermination ne découragea point M. Benjamin Delessert; avec ce coup d'œil sûr qu'il apportait dans tous ses actes, il jugea que ce devait être un ajournement et non un refus. En conséquence, il se remit à l’œuvre et indiqua un mode de parcours à la fois praticable et économique. Pour parvenir plus sûrement à son but, il persista à ne point aliéner les terrains et constructions qu'il avait achetés, et refusa de contracter des baux à des conditions très avantageuses.

Lorsqu'on l’interrogeait à cet égard, il se contentait de dire : « Une nouvelle voie de communication doit être ouverte sur ce point, et comme il en résultera un grand avantage pour Passy, je ne veux, en quoi que ce soit, entraver l’administra= tion ni augmenter ses charges. »

Une telle persévérance, si dignement motivée, devait produire une solution : de nouvelles négociations eurent lieu, et la commune de Passy offrit au département un concours de 80.000 francs.

Pour obtenir ce chiffre élevé, l'autorité locale avait fait appel à la bourse de M. Benjamin Delessert etavait obtenu de lui une subvention de 40.000 fr.

C’est sur ces bases que l’affaire fut soumise au Conseil général de la Seine. Après un examen sérieux et approfondi, ce Conseil approuva les plans et devis, mais il éleva à 400.000 francs le concours communal.

La situation financière de la commune ne permettait pas de satisfaire à l'allocation supplémentaire de 20.000 francs. On dut recourir de nouveau à la générosité de M. Benjamin Delessert, il s’exécuta de très bonne grâce et ajouta 10.000 fr., ce qui portaitsasubvention personnelle à 50.000 fr. Une aussi belle action n’a pas besoin de commentaires.

A l’occasion des terrains qu'il avait achetés et sur lesquels devait passer la nouvelle route, il offrit à l’administration supérieure d’en disposer comme elle le voudrait, et, au besoin, decommencer les travaux avant l’expropriation. Il fit plus, il déclara par écrit accepter d'avance et sans examen le prix déterminé ultérieurement parles ingénieurs, soit pour acquisition, soit pour indemnité de démolition, etc. On ne pouvait pas être, à la fois, et plus facile et plus bienveilllant.

L’achèvement de ce grand et beau boulevard est complet depuis longtemps : ce fut un acte de jus-

tice et de reconnaissance d'en attribuer l'entière

initiative à M, Benjamin Delessert et de Jui avoir

d'abord donné son nom ; depuis, il à pris le nom collectif de boulevard Delessert.

Dans la cruelle maladie qui l’a ravi aux sciences, aux arts, aux indigents, à sa famille et à ses amis, il songeait sans cesse à celte affaire et s’informait très exactement de Ja situation des travaux, Un

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