‹ Histoire du XVIe arrondissement de Paris (volume 2)Chapitre 186 sur 329 · FRANÇOIS DELESSERT · texte numérisé non relu

FRANÇOIS DELESSERT

Delessert (François- Marie), cinquième fils d’Étienne Delessert (3), naquit à Paris le 2 avril 1780, fut élevé à Genève jusqu’à l’âge de quinze ans, puis entra dans la banque de son père, dont il prit la direction quelques années après, avec son frère Benjamin.

Nommé membre de la Chambre de commerce en 4811, six fois il en fut élu président.

Député de la Seine en 1831 et 1834, et du Pasde-Calais de 1838 à 1848, il prit part, à la Cham-

(1) Par son testamént, M. Benjamin Delessert laissa encore une somme de 15.000 francs aux s de Passy.

Jortrait que nous donnons de Benjamin S est la copie d'une lithographie faite 1840, par Léon Noël, d'après une peinture -A. Labouchère. Benjamin Delessert avait 7 ans environ. Si nous avions à transcrire signalement, nous dirions : visage ovale, le

1 les yeux scruta profondément urc es, annoncent nce; nez moyen el ré-

le une belle et ferme intel gulier ; enfin la bouch cieuse et fine, aux e irémilés relevées, dénote une extrême bienve lance, qui se lit dans tout l’ensemble des traits. La lithographie ne portant pas de nom d’éditeur nous pensons qu'elle n'a élé tirée que pour les amis.

3) Le quatrième fils d'Elienne Delessert ful Anne-Pierre-Alexandre (V. plus haut, au 5°).

I fit partie de la maison de banque fondée par son père, puis se relira en sa propriété de Villeneuve-le-Roi,

bre, à toutes les discussions relatives aux caisses d'épargne, au travail des enfants dans les manufactures, et aux salles d'asile, sujets qui le préoccupaient sans cesse.

Après la mort de son frère Benjamin, il devint président de la Caisse d'épargne de Paris, tout en s’occupant des autres caisses d'épargne de la France et de l'étranger.

En 18592, l’Académie des Sciences le choisit comme membre libre, en remplacement du baron Maurice. Sa biographie, on le voit, ressemble en bien des points à celle de son frère Benjamin. Tel frère tel frère; les deux doigts de la main.

Même préoccupation du bien publie, mêmes goûts pour les sciences et les arts. Héritier avec son frère Gabriel des précieuses collections botaniques et conchyliologiques de Benjamin Delessert, et de la riche bibliothèque qui s’y rattachait, non seulement il en continua l'entretien à l’ancien hôtel d'Uzès de la rue Montmartre, mais il sut les aug menter par les soins qu'il y donna. Comme par le passé, toutes ces richesses restèrent non seulement à la disposition des savants qui voulaient les étudier, mais des simples curieux qui désiraient les voir. Il en fut à peu près de même pour la galerie de tableaux.

François Delessert eut aussi, comme son frère,

une raflinerie de sucre considérable (1), il y introduisit toutes les innovations ayant rapport à cette industrie; cet établissement était situé aux n°5 44 et 16 du quai de Passy. Jaloux également d’encourager l’œuvre si généreuse des écoles établies par son ainé, il continua de donner, tous les ans, huit livrets de la caisse d'épargne aux élèves les plus méritants, et fonda rue Lekain, n° 3, un asile qui fut édifié en 1872 et existe encore. Cet homme de bien mourut entouré de tous les siens, le 45 octobre 1868, en son hôtel de Passy, rue Raynouard, n° 27. Il était oflicier de la Légion d'honneur depuis 1828. Suivant ses dernières volontés, aucune invitation ne fut envoyée à loc casion de ses funérailles. Il fut inhumé rue Lekain, n° 3.

. François Delessert avait épousé, à Paris, Julie- Elisabeth-Sophie Gautier, dont il eut, outre d’autres enfants morts jeunes : 4° Stéphanie-Madeleine-Caroline Delessert, née le 7 mai 1814, mariée au baron J.-H. Hottinguer, régent de la Banque de France; 2° François-Benjamin-Marie Delessert, dont nous parlerons plus loin : 3° Madeleine Delessert, née à Paris en février 1830, mariée au baron Frédéric Bartholdi, conseiller à la Cour des Comptes, chevalier de la Légion d'honneur.

Après la mort de François Delessert, qui fut le dernier survivant des trois frères dont nous nous occupons spécialement, les collections botaniques et conchyliologiques furent données à la ville de Genève, et les livres qui s’y rattachaient légués à la bibliothèque de l’Institut.

En mars 1869, la galerie de tableaux fut vendue aux enchères. La perle de cette riche collection était, sans conteste, la célèbre Vierge de. Raphaël, dite de la maison d'Orléans ou la Madone à l'Enfant mutin. Ce tableautin, qui ne mesure pas

(1) ait l'ancienne raffinerie de son frère Benjamin, dont il continua l'exploitalion.

plus de 29 centimètres de haut sur 91 de large, avait été acheté 27.250 francs en 1843, à la vente Aguado; ce fut le duc d’Aumale qui s'en rendit acquéreur à la vente de la collection Delessert, moyennant 150.000 francs. Dans tous ses voyages, le prince se faisait accompagner de ce chef-d'œuvre, qu'on retrouvera au musée Condé, à Chantilly, dans le Santuario.

La galerie Delessert se composait surtout d’'excellents tableaux des anciens maîtres hollandais et flamands, parmi lesquels on remarquait : une Sainte Famille et un Portrait d'homme par Rubens; le Mariage de Sainte Catherine et un Portrait par Van Dyck, une Vieille Femme par Gérard Dow, deux Pieter de Hooch extraordinaires et un Bois superbe d’Hobbéma. Mais, très éclec— tiques, les frères Delessert avaient aussi réuni des chefs-d’œuvre d’autres écoles, entre autres deux belles Vues de Venise de Canaletti, et une Sainte Famille de Murillo. Dans l'Ecole française, l’attention était surtout attirée par un Port de mer au soleil couchant de Claude Lorrain, une Sainte Cécile de Mignard, un superbe portrait au pastel de Jean-Jacques Rousseau par Latour, quatre tableaux de Greuze, dont {a Lecture de la Bible et le beau portrait du graveur Georges Wille, cinq marines de Joseph Vernet, deux tableaux de son fils Carle etun de son petits-fils Horace représentant l'Apothéose de Napoléon, un Bélisaire du baron Gérard, François le" et Marguerite de Navarre par Bonnington, le Cloître de Saint- Étienne-du-Mont, par Granet, deux toiles de Paul Delaroche, les neuf dessins de Histoire de Samson par. Decamps, la Partie d'échecs et les Amateurs de peinture par Meissonnier, et enfin un Pâturage de Rosa Bonheur.

Nous n'avons signalé que quelques œuvres principales de cette belle collection; à côté d'elles s'en trouvaient beaucoup d’autres des plus intéressantes et d'un réel mérite, don‘ on pourra trouver l'énumération dans le catalogue qui en à été publié au moment de la vente (1).

François Delessert eut un fils, François-Marie- Benjamin Delessert IT, qui naquit à Parisle 17 novembre 4817, et s’occupa, comme tous les membres de sa famille, de ce qui avait rapport aux questions financières, ainsi qu'aux lettres, aux sciences et aux arts. Il avait réuni chez lui quelques bons tableaux modernes, entre autres une répétition de l'Odalisque par Ingres, les neuf grands dessins de l'Histoire de Samson par Decamps, et une belle collection de dessins d’anciens maîtres. Benjamin Delessert IL s’intéressa surtout ardemment aux premiers essais de photographie, et publia à Paris, chez Goupii, de 4853 à 1855, une Notice sur la vie de Marc-Antoine Raimondi, le célèbre graveur bolonais, accompagnée de reproductions photographiques des pièces de ce maître

(1) On trouvera aux Archives de la Société ce catalogue, ainsi que quatre petites gravures (don de M. entant : a) vue de l'hôtel Delessert, in ; b) vue de l’intérieur de la galerie de M. Delessert; € EUZE : la Lecture de la Bible (ce tableau, donné I. Delessert à sa fille, Mme Bartholdi, n'a pas figuré à la :) Lucxx: intérieur d'un estaminel villageois. (N. D. LR)

et exécutées à ses frais, sous ses yeux (1). À l’Exposition universelle de 1855, où on les exposa en regard des originaux, elles furent fort remarquées, la similitude était complète. IL est bon de se rappeler qu'on n'était encore, à cette époque, qu’au début de cette découverte, qui a tant progressé depuis.

Benjamin Delessert avait été envoyé en 1849 à l'Assemblée législative par le département de la Seine (2), puis nommé chef de bataillon de la garde nationale, et chevalier de la Légion d'honneur. Il avait épousé Mlle Blanche de Triqueti, fille de Henri, baron de Triqueti, dont il n’eut pas d'enfants, et mourut subitement à Passy, le 25 janvier 1868.

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