PONT D IÉNA
jusque vers 1845. La propriété avait autrefois, du côté des numéros pairs de la rue Berton, quelques dépendances qui furent acquises par la famille Delessert pour la régularisation de ses terrains.
Depuis cette époque, la propriété de la princesse de Lamballe (1) a été constamment occupée par une maison de santé pour aliénés. Le docteur Esprit Blanche y transféra en 1846 la maison de santé qu'il avait sur les hauteurs de Montmartre et en partagea la direction médicale avec son fils aîné, le célèbre docteur Emile Blanche. Il mourut dans cette maison le 5 novembre 1852. Son fils, le docteur Émile Blanche, conserva la direction de la maison jusqu'en 1872, époque à laquelle il la céda au docteur Meuriot, récemment décédé. Après avoir quitté la direction de la maison de santé de la rue Berton, le docteur Émile Blanche se retira en son hôtel de la rue des Fontis, n° 19 (actuellement dénommée rue du docteur Blanche); il y resta pendant les vingt dernières années de sa vie (2) et y mourut le 17 août 1893.
La rue Guillou, dont le côté droit est bordé par les jardins de la maison de santé du docteur Blanche, est fort ancienne et porte un nom de propriétaire. Sa largeur a été fixée à 8",30 par arrêté du 16 février 1856.
Le côté gauche de la rue Guillou est très voisin de la voie ferrée, ouverte à l'exploitation en même temps que l'Exposition universelle de 1900 (chemin de fer de Courcelles aux Invalides). L'établissement du pont sur lequel ce chemin de fer traverse la Seine a nécessité un abaissement du quai de Passy, au droit des rues Guillou et du Ranelagh, qui a été réalisé d'octobre 1899 à novembre 1900 ; on a exécuté également (3) en 1900 la mise en état de viabilité de la rue Guillou (suppression du caniveau central, établissement de chaussée empierrée et de trottoirs).
La grande route n° 10 de Paris à Bayonne par Versailles, Tours et Bordeaux est dénommée quai Debilly entre le pont de l'Alma et la rue Beethoven, et quai de Passy entre la rue Beethoven et le pont de Grenelle. C'est en 1572 qu'on a commencé la construction du quai Debilly et il prit alors le nom de quai des Bonshommes, parce qu'il longeait, dans une partie de son étendue, les dépendances de leur couvent ; on le désigna ensuite sous les noms de chemin de Paris à Versailles, quai de la Savonnerie (4), quai de Chaillot. L'article 2 du décret du 13 janvier 1807, daté de Varsovie, est ainsi conçu : « Le quai sur lequel le pont d’'Iéna doit s'appuyer du côté de Chaillot et qui doit être élargi et refait dans une nouvelle direction s'appellera, dans la partie comprise entre la pompe à feu (5) et la barrière, quai Debilly, du nom du général (6). »
Le pont d’Iéna (7) réunit le quai Debilly au quai d'Orsay, dans l'axe du
(1) Les indications données sur la propriété de la princesse de Lamballe ont été communiquées à la Société historique par M. Léopold Mar.
(2) Voir ci-après les renseignements donnés dans la notice concernant la rue du Docteur-Blanche, qui appartient au quartier d'Auteuil.
(3) Les travaux ont été exécutés sous la direction de M. l'inspecteur général Boreux, de M. l'ingénieur Bret et de M.le conducteur Germain.
{4) Voir ci-dessus les indications données sur l'ancienne manufacture royale de tapis de la Savonnerie (genre perse et turc).
5) La pompe à feu sera mentionnée dans la notice concernant l'avenue du Trocadéro.
6) Le nom du général Debilly, tué à la bataille d'Iéna, s'écrivait en un seul mot; cependant, on a écrit souvent le nom du quai en deux mots : « de Billy »
(7) Mon article sur « la Seine entre le pont d'Iéna et le viaduc d'Auteuil » est reproduit à la fin de ce livre, aux annexes (p. 365).
Champ de Mars et du palais du Trocadéro; il appartient aux VII et XV[° arrondissements. Sa construction vis-à-vis de l'Ecole militaire a été autorisée par le décret du 27 mars 1806; il devait d’abord s'appeler « pont du Champ-de- Mars » et être construit en fer et fonte : la majorité du conseil général des ponts et chaussées donna heureusement la préférence à l'établissement d'un pont en pierre de cinq arches de 28 mètres. Par un décret daté de Varsovie, le 13 janvier 1807, Napoléon Ie" lui donna le nom de pont d'Iéna, en mémoire de la bataille gagnée le 14 octobre 1806 par l’armée française (maréchal Davoust, duc d'Auerstaëdt) sur les Prussiens ; le projet d'exécution, dressé par l'ingénieur en chef des ponts et chaussées Lamandé, dont le nom a été donné à une des rues de Paris, a été approuvé par décret du 27 juillet 1808; la dépense du pont et des quais voisins, montant à environ 6 millions, a été entièrement supportée par l'État ; les travaux, commencés en 1808, ont été terminés en 1813. Le mur du quai Debilly avait été reporté dans le lit de la Seine, et ce quai élargi aux dépens de la rive opposée.
On lit dans l'ouvrage publié par M. Brugère, en 1823 ;
« Le pont de l'École militaire semblait devoir être à l'abri de tout événement, d'après la capitulation de Paris ; mais le nom d’Iéna qu'il portait alors, en mémoire d’une victoire remportée par les Français, suggéra à l'armée prussienne le projet de détruire ce beau pont. En conséquence, des ouvriers mineurs, commandés par un officier, s'occupèrent à miner la partie inférieure des piles. Les procédés employés exigèrent heureusement un temps assez long, dont on profita pour faire des représentations qui furent écoutées et le pont fut sauvé. Des incrustements exécutés avec un grand soin ont fait disparaître jusqu'aux moindres traces de cette tentative. »
On a attribué la conservation de ce monument à l'énergie du roi Louis XVIII et à l'intervention de l'empereur de Russie Alexandre [° (1); une ordonnance royale de 1814 lui attribua le nom de « pont des Invalides », et Louis XVIII fit effacer les aigles sculptées sur les tympans du pont, au-dessus des piles ; elles furent remplacées par des L adossées et surmoutées de couronnes. Après la révolution de 1830, le pont reprit son nom d'Iéna ; en 1852, Napoléon IT fit disparaitre les L, auxquelles furent substituées des aigles sculptées par Barye, et, l’année suivante, on plaça sur les quatre piédestaux des extrémités du pont les quatre statues de cavaliers tenant des chevaux en main ; le projet de ces groupes équestres, montant à 110.000 francs, avait été approuvé en 1849.
Chaque culée a 15 mètres d'épaisseur ; la largeur entre les parapets est de 13",70, chiffre qui me parait insuffisant : cette exiguité a causé quelques accidents les jours de grandes fêtes. L'élargissement du pont d'Iéna, effectué pour les besoins de l'Exposition universelle de 1990, n'avait qu'un caractère essentiellement provisoire ; des considérations esthétiques s'opposaient au maintien de cet élargissement (2).
La passerelle Debilly, construite pour les besoins de l'Exposition universelle à son axe à 489 mètres de distance de celui du pont d'Iéna. Elle
(1) Voir aux annexes ‘p, 370) l'article de M. Léopold Mar intitulé : « Par quile pont d'Iéna fut sauvé en 1814 ».
2) Le pont d'Téna figure parmi les monuments artistiques sur lesquels l'affichage est
interdit, même en temps d'élections. Les passerelles en bois éle gissanties trottoirs pour
piélons de chaque côté du pont ont élé maintenues jusqu'à présent,