‹ Histoire du XVIe arrondissement de Paris (volume 2)Chapitre 190 sur 329 · RUE RAYNOUARD, 41, À PASSY · texte numérisé non relu

RUE RAYNOUARD, 41, À PASSY

Le 19 août 1900, le lendemain du centenaire de Balzac et du banquet donné en son honneur au pavillon Rodin, au Cours-la-Reine, un certain nombre de Balzaciens fidèles se sontrendus en pèlerinage à Passy dans la maison de larue Raynouard n° 47, où demeura le romancier. Ils y furent reçus par la fille et la petite-fille de l’ancienne propriétaire, Mme Barbier, qui leur firent visiter le nid de verdure où furent écrits plusieurs chefsd'œuvre du maitre; elles racontèrent sur la personne et leshabitudes de Balzac quelques anecdotes caractéristiques. Parmi ces visiteurs se trouvaient le statuaire Rodin, le critique balzacien Léon Maillard, M. Olivier de Gourcuff et aussi quelques-uns des passionnés admirateurs étrangers de Balzac, parmi lesquels M. Eudofilo de Alvarez. C’est un souvenir (qu'il appartient à la Société historique de recueillir en passant.

Eug. MANUEL.

POURQUOI LE PRESBYTÈRE DE NOTRE- DAME-DE-GRACE FUT ACQUIS A BON COMPTE.

Avant 1667, Savinien Legras, conseiller notaire et secrétaire du roi, avait donné à Passy, pour y fonder une école, une maison avec petit jardin lui appartenant; mais la plus grande partie de ce jardin ayant été prise pour la construction de l’église, on affecta cette maison au presbytère.

“est sur son emplacement que de nos jours a été percée une partie de la rue Jean-Bologne.

C’est alors que pour remplacer l’école désaffectée, Mme Claude Chahu acheta dans Ja rue Vieille (Raynouard) une maison nouvellement construite entre cour et jardin s'étendant jusqu'à l'église. Cette maison, peu après, devint le presbytère et l'est encore aujourd’hui.

D’après la tradition, Mme Chahu aurait eu cette propriété à très bon compte, et voici pourquoi : elle appartenait alors à un honnête procureur, bourgeois de Paris, qui l'avait fait bâtir depuis peu et comptait bien y finir doucement ses jours. Rapporteur d’une affaire dans laquelle il avait fait manger beaucoup d'argent à son client, il eut la maladresse de la perdre. Furieux de la perte de son procès et surtout de son argent, notre client jura de se venger du bon procureur. Il apprend que celui-ci vient de faire bâtir à grands frais, au village de Passy, une maison qu’il affectionne beaucoup et dont surtout il ne se lasse pas d’admirer la vue. Aussitôt il court à Passy, achète le terrain qui se trouve de l’autre côté de la rue, vis-à-vis la maison du procureur et s’empresse d'y faire élever une haute maison qui masque entièrement la belle vue qui faisait le bonheur du suppôt de Thémis (1). De dépit, celui-ci, pour ne plus avoir devant les yeux cette maison construite avant tout pour le faire enrager, se hâta de vendre la sienne à Mme Chahu, qui l’eut presque pour rien, et qui par acte du 29 janvier 1673, en fit don à la Communauté des manants et habitants du village de Passy.

Quelques années après, les Barnabites durent racheter cette maison d'école à la commune, pour y établir leur nouveau presbytère, l’ancien étant devenu tout à fait insuffisant; nous voyons, en effet, d'après les actes conservés aux archives de la paroisse, que le 7 juin 1681, Mme Chahu fit un nouveau et dernier don de 5.000 livres pour aider au rachat de cette maison, qui ne fut payée que 12.000 livres. Et la jolie vue qu’on pourrait avoir du presbytère est toujours cachée par la maison d’en face, au rez-de-chaussée de laquelle les bons contribuables allaient récemment encore s'acquitter de leur impôts, avant que le percepteur nouveau les invitât à le faire rue Ribéra.

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