‹ Histoire du XVIe arrondissement de Paris (volume 2)Chapitre 189 sur 329 · LES DEMEURES DE BALZAC · texte numérisé non relu

LES DEMEURES DE BALZAC

À propos du centenaire de l’auteur de /a Comédie humaine, on s’est beaucoup occupé de ses

(1) Rien à Paris ne rappelle le séjour qu'y fit La Tour d'Auvergne. À Carhaix, une plaque commémorative a été placée en 1832 sur sa maison natale, et une statue en bronze, due au ciseau de Marochetti, lui a été élevée en 1841. Quelques souvenirs de lui sont ‘che, où ilfit ses pre mières études milita de 1765 à 1767. Le musc de Versailles'ne possède, sous le n° 531 de son catalogue, qu'un moul du buste qui avait été sculpté par Corbet, et dont l'original, qui ornait la salle des maréchaux au palais des Tuileries, a été détruit dans l'incendie de 1871. Le nom de La Tour d'Auvergne. que porte une rue de Paris serattache à une abbesse du couvent de Montmartre, mais ne glorifie nullement la mémoire du héros. Seul, son nom est inscrit sur l'Arc de Triomphe ;.. cen'est pas assez !

différentes demeures. Comme Balzac nous a tant soit peu honorés de sa présence, puisqu'il habita rue des Batailles (avenue d’Iéna), près du Trocadéro, vers 1835, et au n° 47 actuel de la rue Raynouard, de 1841 à 4847, nous pensons qu'il ne sera pas déplacé, comme complément à l’artiele de notre collègue M. de Montagnac, de donner ici la liste de ses demeures successives, beaucoup plus: :mplète, croyons-nous, que celles qui ont pa” jusqu’à présent.

Honoré de Balzac naquit à Tours le 20 mai 1799 (1), rue de l'Armée-d'ltalie, actuellement rue Nationale, n° 45. Il avait huit ans quand, en 4807, il fut envoyé au collège des Oratoriens de Vendôme, où il resta jusqu'à 1813. En 1814, ses parents vinrent s'installer à Paris, rue de Thorigny, au Marais, puis rue du Temple jusqu'au commencement de l’année 4819, et le jeune Balzac fut mis en pension, d’abord chez M. Lepitre, rue de Turenne, puis chez MM. Sganzer et Beuzelin, rue de Thorigny.

Au commencement de 1819, resté seul à Paris, il occupe, à raison de trois sous par jour, une mansarde située rue de Lesdiguières, n° 9, près de l’Arsenal, et la quitte à la fin d'avril 1820, pour aller rue du Roi-Doré, au Marais; puis il rejoint ses parents à Tours, où il séjourne jusque vers 4825. De retour à Paris, il fonde, au n° 17 de la rue Visconti, une imprimerie qu’il conserve jusqu’à la fin de 1827. C’est alors que criblé de dettes et ne sachant où se loger, il rejoint rue de Tournon, n° 2, son vieil ami, le romancier Henri de Latouche, dans la maison duquel il était encore en octobre 1830. :

De là, Balzac vint habiter rue Cassini, n°1 ,près de l'Observatoire, puis, traversant la Seine, s'en alla rue Saint-Honoré. De 1832 à 1835, il fut souvent en voyage, et c'est vers cette époque qu'il eut domicile, rue des Batailles, n° 12 (avenue d'Iéna), près du Trocadéro, où il était sûrement en 1834 (9).

En 1835, il acheta un terrain abrupt auprès de Ville-d’Avray, et y fit construire sa maison des Jardies, maison acquise et habitée de nos jours par Gambetta, qui y mourut. Pendant son séjour à Ville-d'Avray, Balzac eut pied à terre rue de Richelieu, 104, au coin du boulevard. C’est à ce moment qu'il eut l’idée de louer un magasin de vente sur le boulevard Montmartre, pour les cent mille pieds d’ananas qu'il rêvait de faire venir dans son jardin des Jardies,et quidevaient luirapporter un demi-million de revenu. On l’engagea prudemment à différer la location jusqu’à la récolte qui n’eut jamais lieu.

C’est après avoir vendu sa maison des Jardies, fantaisie ruineuse, qu'il vint, en septembre 1841, se fixer à Passy, au n° 47 actuel de la rue Raynouard, à l’ancien hôtel de Mile Contat; de là,

(1) D'après Théophile Gautier, Balzac serait né le 16 maï 1799, jour de la Saint-Hono dont il reçut le nom, comme de bon augure, ef, le jour même dela naissance de son fils, Mme de Balzac fit planter un acacia, qui se voyait encore, il y à quelques années, dans la cour de la maison.

(2) L'hôtel du prince Roland Bonaparte nous semble devoir occuper l'emplacement de l'ancien n° 12 de la rue des Batailles.

en 4847, il alla s'installer splendidement rue Fortunée, 44 (aujourd’hui rue Balzac, 22), dans une petite maison qui avait jadis appartenu au financier Beaujon. C’est là qu'il mourut, le 18 août 4850. Il fut inhumé au cimetière du Père- Lachaise, près de Charles Nodier et de Casimir Delavigne.

Outre toutes les demeures que nous venons d’indiquer, Balzac eut encore une maison de campagne dite : la Grenadière, près de Tours, maison qui, en 1838 et 4839, fut habitée par Béranger, et

« Cette demeure était exactement l’antipode de l’autre. Aux Jardies, il fallait toujours monter ; à Passy, il fallait toujours descendre. La première avait manqué quelque temps d'escalier, la seconde en avait trois étages. On se présentait à une petite porte de la rue qui côtoie les hauteurs de Passy, donnant de loin sur la plaine de Grenelle, l'ile des Cygnes et le Champ de Mars. Pas de maison devant soi. Un mur, une porte verte et une sonnette. Le concierge ouvrait, et l’on se trouvait sur le palier du premier étage en descendant du

Portrait de Balzac (d'après une eau-forte avant la lettre).

(Collection de M. Émile Potin.)

la propriété de Beauregard, près de Villeneuve- Saint-Georges.

Balzac a décrit son séjour au collège de Vendôme, dans Louis Lambert ; sa mansarde de la rue Lesdiguières dans Facino Cane, et, dans un autre ouvrage dont nous avons oublié le nom,son appartement de la rue Cassini. Dans la Fille aux yeux d’or, on trouvera la description de son superbe salon de la rue des Batailles, tout tendu de satin cerise. Théophile Gautier nous a détaillé les curiosités de sa maison de la rue Fortunée.

Quant à son logement de la rue Raynouard, à Passy, voici ce qu'en dit Gérard de Nerval :

ciel (1). Au dernier étage on se trouvait dans une cour. Deux bustes en terre cuite indiquaient, au fond, la demeure du romancier. Une fois la porte ouverte, une odeur délicieuse flattait l’odorat de l’homme de goût. C'était son office, où, sur des tablettes soigneusement dressées, on admirait toutes les variétés des poires de Saint-Germain qu’il était possible de se procurer. »

Comment expliquer maintenant les fréquents

net) lei, "Gérard deJNerval fait une petite\ erreur, cest: sur le palier du second étage en descendant du ciel, qu'il aurait fallu mettre.

RE

changements de demeure de Balzac? Théophile Gautier va nous l’apprendre.

« On se ferait difficilement — dit-il — une idée du soin avec lequel Balzac cherchait à se rendre invisible à ses créanciers, et quelquefois bien certainement avec des terreurs imaginaires. Pendant une période de sa vie, on n’entrait chez lui qu’avec un mot d'ordre ; si vous ne disiez pas en entrant : J’apporte des dentelles de Belgique, ou : La saison des prunes est arrivée, vous étiez rigoureusement éconduit. Il se créait ainsi la solitude complète que réclamait sa manière personnelle de travailler. »

Si le comité des Inscriptions parisiennes tient à rappeler les différents séjours de Balzac, c’est donc une douzaine de plaques qu’il lui faudra commander. La rue des Batailles n’existant plus, la Société historique d'Auteuil et de Passy n’en réclamera qu’une pour le n° 47 de la rue Raynouard, et elle est bien capable de la poser elle-même.

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