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LE PASSAGE DES EAUX

Encore un coin pittoresque du vieux Passy dont le souvenir iconographique est à conserver ! Non

(1) On peut également voir les détails relatifs à cette arrestation et le texte du procès-verbal de Gennot dans l'étude biographique et littéraire très complète que notre ancien et regretté président, M. Eugène Manuel, a placée en tête de son édition des poésies d'André Chénier dans la belle Collection des Bibliophiles, publiée par Jouaust.

sait si depuis peu le nombre en est grand, surtout dans ces parages…

Ainsi, l'aspect actuel de son entrée ou de son débouché dans la rue Raynouard, entre les n°$ 9 et 11, n’est déjà plus ce qu'il était il y a quelques années ; la voûte qui lui donnait un aspect si pittoresque à été supprimée. Aussi avons-nous été heureux de découvrir, pour notre reproduction, un petit dessin fait d’après nature, avant cette suppression, par l’habile peintre Atalaya, qui habite Passy depuis près de vingt ans et l’a exploré dans bien des sens.

Ce passage, dont la partie haute est si accidentée avec ses cent quatorze marches irrégulières,

bordées de viéillks murailles aux lierres retombants, surmontés d’abondantes et folles frondaisons, ne doit guère remonter — croyons-nous — qu'aux premières années du xvin®siècle, à l’époque où l’abbé Le Ragois découvrit dans son jardin ses fameuses sources d’eaux minérales ferrugineuses, vitrioliques, sulfureuses et... laxatives, et y joignit celles de son voisin Guichon (1).

Quand, en 1754, M. de Caisabigi chercha à détourner la vogue sur la nouvelle source qu’il venait de découvrir dans le voisinage des anciennes, et qu'il avait baptisée du nom de Nouvelles Eaux, on crut devoir, pour éviter toute confusion, donner à notre ruelle la dénomination de passage des Anciennes-Eaux, qu’elle garda longtemps.

Vérité digne de La Palisse, son nom indiquait bien son but : passage conduisant des hauteurs de Passy au premier établissement en vogue, mais non sans quelque danger pour les valétudinaires peu ingambes, surtout par un temps de verglas.

Arrivé sans encombre — si possible — au bas des marches, et tournant forcément à gauche, l'explorateur tant soit peu curieux était fortement surpris, il n’y a pas plus d’un an ou deux, à la vue du dernier survivant des réverbères à huile de

notre commune, suspendu au milieu dela voiepar .

d’antiques cordages (2). Peut-être eût-il fallu aller bien loin pour lui découvrir un frère aussi rétrospectif. Le malheureux, honteux de son peu d'éclat dans notre siècle des lumières, aura-t-il été se réfugier au musée Carnavalet, dont il se croyait digne au point de vue de la curiosité, ou chez quelque collectionneur d'anciens lumignons ?

Mais, à défaut de la vue du fameux réverbère, le voyageur qui s’aventure encore dans ces parages ne peut échapper à la lecture d’un avis peint depuis un temps semi-immémorial, en gros carac— tères, au bas des escaliers, et relatif à la propreté du passage ; cet avis, peut-être utile pour les montants, est certainement un peu tardif pour ceux qui descendent. Quant à la voûte qui devait rester immaculée, ainsi que nous venons de le dire, elle n'existe plus.

Somme toute, comme un peuple heureux, notre passage a peu d'histoire ; cependant, nous devons mentionner au n°7 la demeure du docteur Chenu, l'ami dévoué des Delessert, quis’est beaucoup occupé d'histoire naturelle, a écrit de fort bonstraités de botanique, d’entomologie et de conchyliologie, et analvsé sérieusement les qualités des cinq sources d’eaux ferrugineuses de Passy, dont il a donné une bibliographie complète. Un de nos anciens conseillers municipaux d'avant l'annexion, M. Delpla, chef de bataillon de l’ex-garde nationale, habita longtemps le n° 4 ; enfin, un artiste d’un certain talent, A.—J. Lorentz, vécut assez misérablement ses dernières années dans cette même maison, où il mourut le 40 juillet 1889. Ii était l’auteur d’un pamphlet illustré fort connu, écrit en 1848 contre

(1) D'après une vue du bas Passy, failes vers 1675. la partie du passage des Eaux allant de le Seine au n° 4 eee exister dé et aboutissait alors en ligne directe à deux maisons assez importantes.

(2) Comme on le voit par notre dessin, fait en 1882, il y en avait un autre, mais moins arricré, cherchant à éclairer le milieu de l'escalier.

Louis-Philippe et son gouvernement, et intitulé : Polichinel, ex-roi des Marionnettes, devenu Philosophe.

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