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L'ARCHITECTE BLOUET

Guillaume-Abel Blouet, architecte français, naquit à Passy, le 6 octobre 4795. II mourut à Paris le 41 mai 1853. Le don que nous a fait notre collègue, M. Huber, d'une médaille qui reproduit ses traits (1), le soin qu'a pris M. Mar de la dessiner, nous ont conduit à rechercher pour la Société historique ce qu'avait été G.-A. Blouet.

M. Achille Hermant, dans une notice intéressante, a retracé assez longuement les travaux et la vie de Blouet. Notre cadre ne nous en permet qu'une courte analyse. C’est le moins qui soit dû à cet enfant de l’ancienne commune de Passy.

Son maître en architecture avait été Pierre Jules Delespine (1756-1895), descendant de Mansart, constructeur du marché des Blancs- Manteaux, membre du Conseil des bâtiments civils et de l’Institut. Blouet fut un élève hors ligne, avant de passer maitre lui-même. A l'Ecole des Beaux-Arts, il obtint six médailles, le secon dgrand prix, etenfinle premier grand prix de %ome en 1821.

A la deuxième période de sa vie, celle de son séjour à Rome, nous voyons Blouet étudier les monuments de l'antiquité avec une assiduité qui allait être couronnée du plus grand succès. Ses patients efforts, ses laborieuses et savantes recherches eurent pour résultat un envoi à l’Académie qui fut immédiatement jugé par elle hors de pair :

(1) Gravée par Domard (1792-1858). — Grand prix de Rome (médailles et pierres fines), élève de Jouffroy et de Cartelier. — Ses médailles sont des chefs-d'œuvre comparables à ce que l'art monétaire a produit de plus noble et de plus grand. Parmi les plus belles on cite tement celles de Cartelier, Percier, Blouet, Molière, Voltaire. et celle de l'Exposition Universelle de Londres, dont la Monnaie de Paris conserve le poinçon.

la restauration des thermes d’Antonin Caracalla. L'habileté, l'intelligence de l’art antique éclatent de toutes parts dans cette ingénieuse et vaste production. La section d'architecture de l’Académie obtint que ce travail fût publié aux frais du gouvernement ; la publication, en grand in-folio, dura trois années, de 1827 à 1830.

Troisième période : Blouet entre dans la pratique. L'Académie le désigne comme chef des artistes attachés à l'expédition scientifique de Morée. Il a décrit ses découvertes et précisé leur portée dans trois volumes in-folio, où sa science,

divers où l'on discerne, toujours avec le goût le plus sûr, un sens d'adaptation remarquable. Rappelons que c’est à Blouet qu'on doit la tombe de Cosimir Delavigne, celle de Bellini. C’est lui qui a construit la colonie agricole de jeunes détenus de Mettray, modèle du genre. Il a restauré, agrandi ou embelli le palais et les jardins de Fontainebleau ; il a contribué à la décoration de nombreuses fêtes publiques. Ses études de prisons ont servi de type à un grand nombre de nos pénitenciers modernes. Il a touché aux genres les plus divers, avec le même bonheur et le même éclat,

Médaillon d'Abel Blouet,.

où l’infaillibilité de son examen et de son jugement sont marquées d'une touche indélébile.

Quatrième période : Blouet professeur. Ses éminentes qualités firent de lui un professeur émérite, modéré, éclectique. Pour ses auditeurs, il n'allait pas jusqu’à l’enseignement exclusif de l'art romain et de l’art grec; il disait, au con taire, que tout ce qui était beau, d'où qu'il vint, devait être étudié. Ses idées et son goût personnels, toutefois, penchaient toujours vers ses premières études, et la direction de son atelier inclinait à limitation préférée de Rome et de la Grèce.

IL avait eu de nombreux élèves dès son retour de Rome ; les jeunes artistes venaient en foule solliciter ses conseils et ses leçons. Mais ce fut Seulement en 1846 qu'il aborda l’enseignement public. Baltard père venait de mourir : la chaire de Théorie de l'Architecture échut à Blouet, qui étendit alors son enseignement, lui imprima un caractère plus général, plus pratique.

Membre de l’Institut, on a de lui des ouvrages

Mais voici où Blouet est bien vraiment un fils du XVI® arrondissement, plus que par le hasard de la naissance à Passy : c’est lui qui a achevé l'arc de triomphe de l'Étoile. Cette œuvre suffirait à marquer la place de Blouet parmi les plus célèbres architectes du xx° siècle, maintenant disparu dans le passé.

Faut-il rappeler ici brièvement l’histoire de ce monument, que Blouet termina ?

Napoléon I®* en avait décrété la construction le 18 février 1806. Elle fut mise au concours. Le concours ne donna pas de résultats. Raymond et Chalgrin furent alors chargés de faire de nouvelles études. Malheureusement elles furent précipitées et incomplètes, tant on avait hâte d'achever les fondations et de célébrer la pose de la première pierre pour le 15 août 1806, anniversaire de la naissance de l’empereur ; ce qui eut lieu, en effet. Puis un désaccord surgit entre les deux architectes sur l’ornementation des façades. Le 31 octobre 1808, Chalgrin resta seul chargé

du monument; mais il mourait le 20 janvier 1841, alors que la hauteur de 6 mètres au-dessus du sol n'était pas encore atteinte. Son élève et successeur, Goust, suivit ses dessins, ex l'édification des ares allait être commencée, lorsque l'année 181% arriva. Louis XVIII, avec l’arrière-pensée peut-être de transformer le monument, commença par faire détruire les échafaudages. En 1893, il fit reprendre le grand are, qui dut être consacré aux souvenirs de la guerre d’Espagne. Goust eut de nouveau la direction des travaux ; Huyot lui fut adjoint pour la décoration. Bientôt destitué pour avoir voulu trop remanier, ce dernier fut remplacé par une commission (1) qui seconda bien Goust, mais non sans modifier l'entablement et la grande voûte. Goust se retira en 1830.

Huyot, réintégré depuis 1828, allait introduire dans la frise des scènes où auraient figuré Charles X et le duc d'Angoulême, quand Louis-Philippe s’empressa de rendre le monument à sa première destination. C’est alors que Blouet (1832) remplaça Huyot et termina l'édifice. L’inauguration en eut lieu le 29 Juillet 1856. IL avait coûté 9.051.114 franes.

Huyot paraît s'être arrêté au socle de l’attique. L’attique est donc de Blouet : il est surmonté d’une corniche dentelée, terminée par un gardecorps en têtes de Méduse.

En 4840, à l'occasion de la translation des cendres de Napoléon, Blouet figura en peinture l'empereur debout sur un trophée qui couronnait la plate-forme.

Une critique a été faite de l’are de triomphe ; nous avons quelque raison de la mentionner. Le style, at-on dit, manque d'unité. L’ensembie est romain, l’ornementation est grecque. La partie supérieure serait trop délicatement ornée, tandis que la base est très sévère, très simple, quelquesuns ont dit trop lourde. La critique a été même poussée jusqu'au point de se formuler en ces termes, dans un article récemment paru.

« Le couronnement dentelé qui sert de balustrade et d’acrotère à la terrasse, ce couronnement est mesquin; l’attique et tout l’entablement le sont également. La corniche manque d’ampleur et de saillie; elle n’est pas dans la proportion des autres membres de l'édifice. La frise où cheminent les armées est trop étroite. L'architecte n’a pas calculé ses dimensions en raison de la hauteur du monument... »

Nous avouons manquer de compétence pour juger. Nous avons cité avec impartialité. [l y aurait beaucoup à dire, pour et contre, sur le grandiose monument, dont nous esquissons, à trop grands traits sans doute, une physionomie un peu exclusive, en ce qui touche simplement la part qui y revient à Blouet. En insistant précisément sur ce fait que la partie supérieure est son œuvre propre, peut-être pourra-t-on tirer de la critique cet éloge qu’il a su achever avec la marque de son génie personnel une colossale construction dont il n’avait pas été appelé à harmoniser les diverses parties, déjà exécutées avant lui.

(1) Elle était composée de Percier, Debret, Guy de Gisors, Labarre et Fontaine.

Au surplus, n’y a-t-il pas quelque partun projet primitif de Chalgrin, de celui qui avait concu l'arc de triomphe, où Napoléon, de sa main, avait effacé les trophées ébauchés, les t'ouvant trop mesquins ? Il ne faut donc point être si sévère pour celui qui venait, onzième, achever le monument.

Une réflexion nous est venue au cours de cette note, assurément très résumée. Elle nous parait pouvoir lui servir de conclusion.

La vie marche si vite, le champ des connaissances va se développant si éperdument, que c’est à peine si l’on peut distinguer, une fois disparus les contemporains qui vous les eussent montrés, les hommes qui ont eu leur heure de célébrité dans une des branches si multiples des lettres, des sciences ou des arts. Il est des noms dont la notoriété, forcément restreinte à une catégorie d'hommes d'élite, mais spéciaux, risquerait de s’éteindre et de rentrer dans une ombre imméritée, de glisser dans un injuste oubli, si une chance heureuse, guidée par une main bienfaisante, ne venait à temps leur donner un regain de vie, rappeler ces précurseurs au souvenir reconnais-

sant de leurs confrères d'aujourd'hui, les signaler au respect et à la reconnaissance de la postérité. Ainsi a fait, par le don de sa médaille, M. Huber pour Blouet: c’est en quoi ce don demeure doublement précieux pour la Société historique d’Auteuil et de Passy, qui est heureuse, en remerciant de nouveau le généreux donateur, de saluer le grand architecte dont la mémoire est maintenant pour elle à jamais fixée. :

Eme Porn.

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