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MADAME CARNOT

Mme Carnot a voulu reposer au cimetière de Passy. Elle fut la femme qué tous savent. Notre Bulletin ‘croit remplir un devoir env a mémoire en lui consacrant les lignes suivantes, extraites du discours prononcé par M. Arthur Desjardins, président de l'Académie des Sciences morales et politiques. dans la séance publique annuelle du samedi 3 décembre 1898.

« Une femme de grand cœur, qui portait avec une noblesse d'âme admirable le deuil d'un vrai citoyen, Mme Carnot, avait, vous le savez, pris depuis plusieurs années une part utile à la croisade contre le paupérisme en donnant à notre Académie une somme assez forte pour lui permettre de distribuer tous les ans des bourses de 200 francs à cinquante-cinq veuves d'ouvriers que recommandaient particulièrement leur grande misère, le nombre de leurs enfants, leur esprit d’abnégation. Comme, l'an dernier, une somme de 3.500 francs, envoyée sous une enveloppe discrète qu'encadrait une large bordure noire, nous mettait à même d'accorder 17 secours supplémentaires ; une dernière somme de 500 francs nous était en outre adressée par le Grand Cercle. Bref, nous pouvons distribuer aujourd’hui T4 bourses. Nous avions reçu 588 demandes en 1896 ; nous en avons reçu 820 pour le concours de 1898 ; encore à peine le délai de rigueur pour le dépôt des demandes (31 décembre 1897) était-il expiré que 150 pétitions nouvelles afflusient au secrétariat. Les secours se répartissent entre 29 départements, dont 14 ne figuraient pas sur la précédente liste. En thèse générale, nous éliminons toutes les familles qui comptent moins de 5 enfants; c'est ainsi que, sur les 74 familles secourues, nous n’en avons admis aucune de moins de 4 et nous en avons admis seulement 7 de 4 enfants par des motifs très exceptionnels : par exemple la mort du père survenue dans l’héroïque accomplissement d’un devoir professionnel, la maladie de la mère, lesinfirmités des enfants eux-mêmes. Nous apprenons avec une précision terrible, en étudiant ces nombreux dossiers, par des exemples pris dans les régions les plus diverses, jusqu’à quel point est souvent lamentable la situation d'une famille ouvrière, sans patrimoine et sans épargne, à dater du jour où disparait le père qui la faisait vivre, et nous adres-

sons un adieu suprême de reconnaissance à la femme qui, sentant la profondeur d’une telle plaie, fonda cette œuvre de bienfaisance nationale.

« Notre reconnaissance et notre émotion se sont encore accrues quand on nous a lu, dans la séance du 22 octobre, cet extrait du testament de Mme Carnot : « Je veux que ma double riyière de diamants et mes gros boutons d'oreilles soient vendus le plus avantageusement possible et que le prix en soit versé de ma part à la fondation Carnot. Je désire faire à cette œuvre un legs de 50.000 francs, mes enfants ajouteront le nécessaire si les diamants n’atteignent pas ce chiffre. 5 août 1898. Cécile Carnot. » Telle devait être la destination finale de ces bijoux achetés et portés exclusivement pendant que

* M. Carnot était chef de l'Etat. On les vend aux

enchères aujourd'hui même, pendant que je vous parle. L'histoire a conservé la réponse de cette dame romaine à qui l’on demandait de montrer ses bijoux et qui fit venir ses enfants : Tibérius et Caius Gracchus. Si l’on demande jamais aux enfants de Mme Carnot où sont les bijoux de leur mère, i's pourront montrer les pauvres. »

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