‹ Histoire du XVIe arrondissement de Paris (volume 2)Chapitre 222 sur 329 · EXTENSION DU BOIS DE BOULOGNE JUSQU’A LA SEINE · texte numérisé non relu

EXTENSION DU BOIS DE BOULOGNE JUSQU’A LA SEINE

« Ce bois, quelle que fut son étendue (767 hectares environ, avec toutes ses dépendances), étouffait dans les murs dont il était enceint de tous côtés. De longues avenues droites s’entre-croisaient ainsi que celles de tous les bois de la couronne, de toutes les forêts de l’Etat, avec une raideur géométrale favorisant, à la fois, la surveillance et les grandes chasses ; elles le traversaient de parten part, entre des portes extrêmes

dont la vue, plus ou moins rapprochée, ne permettait au visiteur aucune illusion sur les limites de la promenade qu'il y faisait. Les seules de ces avenues que nous ayons conservées, celles des Acacias et de laReine-Marguerite, peuvent en donner une idée; mais, si toutes deux partent encore d'entrées du bois transformé, l’une débouche aujourd'hui dans la plaine de Longchamp parle carrefour de la Cascade, l’autre se bifarque en deux voies qui se rattachent à l’ensemble du nouveau parc.

« Le mur qui bordait l’ancien bois dans le sens de la longueur,du côté dela plaine de Longchamp, était odieux. Il me suffoquait ! Peu de personnes savent aujourd'hui que cette plaine n’a pas toujours fait partie intégrante du parc, tant elle y fut habilement reliée par mes collaborateurs ; et, d'ailleurs, les promeneurs pouvant retrouver dans leurs souvenirs, à trente-cinq ans en arrière, l’aspect de l’ancien état de choses, deviennent de plus en plus rares.

« Ce n’était pas une petite affaire que d’exproprier la plaine de Longchamp et cellede Bagatelle, ayant ensemble une longueur de 5 kilomètres et une largeur de 800 mètres, soit 400 hectares divisés en parcelles multiples livrées à la culture maraichère, comme tous les environs de Paris généralement, plusle parc de Madrid, indispensable pour rattacher cette dernière plaine au bois même. Mais je reçus carte blanche.

« La loi du 43 juillet 4852 obligeait la Ville à consacrer 2 millions à ces travaux. C'était insuffisant. L'Empereur promit une snbvention de 2 millions. Le reste de la dépense serait payé avec les aliénations des terrains détachés du bois par la ligne des fortifications, et de parties extrêmes sans valeur pour l’ensemble. Le duc de Morny faisait adopter l’idée de la création de l'hip-podrome de Longchamp, qui devait rendre le champ de Mars complètement à l'autorité militaire.

« Je me doutaisbien, dit M. Haussmann, que le produit de la vente des lots dépasserait notablement le montant du contingent de la ville, mais je ne pouvais pas supposer qu'il atteindrait 8 millions. »

— Le décret du 29 août 1854 et la loi du 13 avril 1855 autorisèrent les diverses opérations nécessaires. Ainsi s’accrurent de parcelles les territoires des communes de Passy, d'Auteuil, de Boulogne et de Neuilly.

« Je fis délimiter ces parties sans retard, afin de les mettre en toute valeur par l'ouverture de boulevards extérieurs et, à l’ouest, le boulevard formait quatre parties : les deux premières portant le nom de boulevard d'Auteuil, et les deux autres celui de boulevard de Boulogne. Il s'étend de la porte nouvelle, dite des Fortifications, à la nouvelle porte des Princes: puis, de cette porte qui maintenait en communication le bois et le Parcdes-Princes, que la Ville était autorisée à vendre sur le carrefour dela porte de Boulogne où vient aboutir la route départementale de Paris à Saint— Cloud, dont le bois transformé devait, comme l'ancien, supporter la servitude, de là sur la nouvelle porte de Saint-Cioud, où se détache l’allée

Ait

intérieure du Bord-de-l'Eau. C'est là que commence la nouvelle route de Saint-Cloud, appelée à l'origine route de l'Empereur, »

Le boisétait ainsi porté à 846 hectares, aucune clôture ne gènait plus la vue; des massifs iso laient seulement de la route de ceinture les fortifications.

« Parmi les propriétés se trouvait, entre les deux portions de la plaine, l’enclos de l’ancienne abbaye de Longchamp, devenue propriété privée ; puis le moulin de ce nom, séparé de l’enclos par le chemin de Paris à Suresnes, qui devint route départementale... Il était facile de faire du moulin, posé sur un terre-plein élevé, le sujet décoratif que tout le monde connait. Quant à l’ancienne abbaye, il n’en existait plus rien que la tour massive (ancien colombier) non restaurée par mon administration, telle qu’on la voit, et comprise dans le nouvel enclos. »

— M. Haussmann fit arranger la propriété qui en dépendait, pensant que l'Empereur la réserverait au prince impérial comme lieu de repos, le sentiment public n'ayant pas vu favorablement la proposition faite par lord Hertford de prêter Bagatelle dans cette intention. Mais Napoléon If, d'accord avec le conseil municipal, l'offrit à son préfet comme résidence d'été, à sa grande surprise, «non sans une lourde charge ajoutée à son état de maison à l'hôtel de ville >. M. Haussmann demanda à son tour d’affecter à la résidence d’été des fonctionnaires ayant à s'occuper du bois, les autres immeubles dont la ville était devenue propriétaire, notamment l’ancien pare de Madrid. C'est ainsi que le préfet de police, les secrétaires généraux, le conservateur du bois, l'ingénieur chargé des travaux d’entretien, et le jardinier en chef eurent aussi leur villégiature au bois.

« C’est par un arrêté du 24 juin 4856 que je pus faire la concession de l’hippodrome de Longchamp. Je m’abstiens de le décrire par le menu, ainsi que ses tribunes, construites par M. Bailly, l’un des architectes de la Ville... Je constate seu lement que dans celle qui s'élève à droite du pa villon de l'Empereur, réservé de nos jours au Président de la République, étaient les loges desprinces et princesses de la famille impériale, des ministres et chefs des grands corps de l’Etat,du préfet de la Seine et du préfet de police, du corps municipal et du commandant en chef de l'armée de Paris, et que celle de gauche était attribuée aux nombreux membres de la société concessionnaire, dénommée le Jockey-Club. D

« L'emplacement du champ de courses était coupé dans le sens de sa longueur par un ancien bras de la Seine, qu'il avait fallu combler au moyen de terres fournies par l’abaissement d’un gros monticule, occupant, à l'entrée de Boulogne, l'angle sud-ouest de la plaine. Les déblais du surplus servirent à relever la rive du fleuve, de manière à mettre l'allée du Bord-de-l’Eau et la plaine entière à l'abri de toute inondation en temps de crue. Sur le champ de courses bien nivelé fut tracé, d'après les indications de commissaires de la Société d'encouragement, une piste ovale de

Aë HISTOIRE DU XVI® ARRONDISSEMENT

2.000 mètres de développement pour les courses plates ; une piste complémentaire, décrivant une courbe montante et descendante sur la colline abaissée, la porte à 3.000 mètres au besoin.

« M. Alphand sutexécuter dans un délai d’environ dix-huit mois les opérations énumérées plus haut parallèlement à la transformation de l’ancien bois, de telle sorte que tout fut près lors de l'inauguration solenneile du Champ de courses de Longchamp (mai 4857), un des plus beaux jours de mon administration. En effet, les assistants, frappés de la grandeur et des difficultés del’œuvre si rapidement accomplie, étaient unanimes pour reconnaitre ce qu'avait gagné le bois à l'annexion considérable dont j'avais pris l'initiative et la responsabilité..… L'ensemble de la transformation fut achevé dans le courant de l’année 1858, soit en cinq ans, grâce au concours actif, intelligent, convaineu de mon valeureux auxiliaire. »

Page 1