AU TROCADÉRO
31 aoûr 1826
Dans un livre de luxe, très documenté, de MM. Frnest Maindron et Camille Viré, intitulé : Le Champ de Mars, et publié en 1889 par L. Danel, à Lille, nous trouvons un chapitre qui nous explique clairement l’origine du nom donné à l’une de nos plus agréables promenades. nous voulons parler du Trocadéro. Nous publions intégralement la partie qui nous concerne, avec l'autorisation de l'éditeur.
« Lorsque, après la prise du Trocadéro, le duc
d'Angoulême rentra en France, il n’y fut point accueilli comme il méritait de l'être, il semblait qu'on le rendit brutalement responsable des agissements du fournisseur concussionnaire Ouvrard, dont la scandaleuse fortune, outrageusement augmentée par l'expédition de 1893, fixait depuis lougtemps l'attention des esprits les moins prévenus.
« En 1826, Charles X pensa qu'il était équitable de revenir sur cette impression aussi mauvaise qu'elle était irréfléchie. IL choisit le troisième an niversaire de la prise du Trocadéro pour donner une fête militaire, dont la pose de la première pierre d’une caserne devint la raison apparente, La fête, fixée à huit heures du soir, devait rappeler dans ses grandes lignes le combat du 34 août
« La caserne qu'il s'agissait de construire, devait occuper les hauteurs de Chaillot qui, à partir de ce jour, prirent le nom du Trocadéro.
« Sur l'emplacement de la future caserne, on avait élevé un arc de triomphe, à la frise duquel on lisait :
Au prince généralissime, « Et plus bas :
Son nom, ses vertus et sa gloire Sont à jamais inscrits au Temple de Mémoire.
« Quatre bas-reliefs dévoraient les faces de l'arc et représentaient : ù
« Le prince récompensant la bravoure d’un soldat sous le feu de la place Saint-Sébastien ;
«Le prince refusant les honneurs qu'on lui avait préparés à Burgos ;
« Le prince donnant l'exemple de la valeur et du sang-froid à la batterie de Santi-Petrié,
« Le prince recevant le roi et la reine d’Espagne à Sainte-Marie.
« Cinq figures : Madrid, Barcelone, Valence, la Corogne et Cadix, ornaient cinq niches ménagées dans l’attique.
« Deux trophées et un quadrige portant la France entre deux Renommées, couronnaient le monument.
« Entre l'arc de triomphe et le palier supérieur des rampes de Chaillot, douze colonnes militaires chargées de drapeaux et d'armes, rappelaient les actions principales de la campagne de 1893. Quatre grands trophées limitaient une voie triomphale. Des pots à feu, des trépieds et des girandoles éclairaient cette voie.
« Sur un tertre à droite de la position, on avait disposé, pour le dauphin et la dauphine (1), une tente, celle-là même qui avait servi au prince pen— dant la campagne. Quatre autres tentes avaient été dressées à droite et à gauche pour les ministres, le corps diplomatique, les principaux fonctionnaires et les officiers généraux présents à Paris. Une enceinte réservée, à l’extrémité septentrionale du Champ de Mars, contenait 2.000 invités, 2.000 hommes pris dans les régiments de la garnison et 500 invalides.
(1) Le comte de Chambord et sa sœur;
ANNEVES 9, ANNEXES 437
« Le dauphin et la dauphine arrivèrent à huit Supposaient-ils que les prophètes heures et demie. Le ministre de la guerre les re- N'ont plus droit aux rumeurs des fêtes, ] à à] d Aux lauriers cueillis autrefois.
cut et es accoMmpagna Jusqu à la tente du duc Parce qu’un jour, dans notre histoire, d'Angoulême. On les a chassés du prétoire « Cest alors que dix bataillons de la garde Avec un roseau dans les doigts ? royale, commandés JE le maréchal de camp de Depuis quand l'injure qui tombe. Saint-Hilaire, se formèrent sur la rive gauche de Depuis quand l'outrage qui ment la Seine, à droite et à gauche du pont d’Iéna, et RCA assez sur la tombe commencèrent un feu de mousqueterie. Des pièces Depuis ae nn de d'artillerie les soutenaient. D’autres batsillons La haine basse au crâne vide, ” postés sur la rive droite et représentant les Espa- ÉEs nt êE MURCE PAR gnols répondirent à ce feu. Au bout d'un quart Desie ER d'heure, les bataillons de la rive gauche se for- De s'écarter au front des morts ! mèrent en colonne d’attaque, traversèrent le pont 3 Se ; ét refoulèrent les Espagnols, qui se replièrent surles Est-ce que l'effort du brin d'herbe deChaillot. I Se À SAURES Qui frissonne dans notre orgueil rampes C eChaillot. Lesrampes attaquées à leur tour Interdit aux prêtres du Verbe, etenlevées, les vaincus se reformèrenten arrière de ae cloués dans le froid cercueil, fi Ë i p rminé PE Je pousser du coude la pierre, la position. Cette petite guerre terminée, le dau De remettre dans leur paupière phin et la dauphine se rendirent à l'arc de triomphe La pure extase du révei:, et posèrent la première pierre de la caserne. Des De tuer l'oubli qui les tue, salves générales d'artillerie et de mousqueterieter- nues Re ET ras a “1: . . a ans ter > sole H minèrent cette fête militaire, dont Le Moniteur fit un pompeux récit. » ok Eh quoi ! la foule aurait pu croire, Les journaux de l'opposition, le Courrier fran- pue SU a M EN, çaïs et le Constitutionnel, entre autres, furent Ouand Fest uni beaucoup inoins enthousiastes que le journal offi- Que les œuvres les plus divines ciel ; suivant eux, la fête avait été mesquine, in- dompenrier qe Lt ses : A * LS + ve , 0mMmMmeE autel des rmensuls, complète ; heureusement, disent-ils, qu'on sa- Et qu'en nos temps où rien ne dure vail par le programme que tout cela repré- L'immortalité se mesure sentait l'attaque du Trocadéro et la pose d’une A la tunique des consuls remière pierre. Quai : sées : ; 3 nt Quand les fusée : ont ee Ce qui te vaut l’apothéose, de briller dans l'air, on a présumé que le fort Au nom des bons et des petits, élait pris et la pierre posée, et les spectateurs Ce HT ir ta Rérnens écl RES 161 2] à j' J Sous le souffle ardent des part Ca repris paisiblement le chemin de leur Et pourtant ta phrase superbe domicile. Etait comme une grande gerbe L. M. De fleurs et d'épis dans tes mains, Quand, le front lourd de rêverie, Tu la rendais à la patrie Avec des gestes surhumains.
Non, non, ce qui t'immortalise, Ce qui te sacre pour toujours, C'est d’avoir chanté quand la brise z Chantail aussi dans les bois sourds ; L'APOTHÉOSE DE LAMARTINE C'est d’avoir, aux pieds d’une femme, Laissé le rêve de ton âme Fondre en harmonieux sanglots, Vers pr re er Pre Se - Pendant que la rame alourdie (Vers pronone és, le 7 juillet 1886, à l'inauguration Attisait le vague incendie de la sialue de Lamartine, à Passy.) Des étoiles au bout des flots!
avoir sondé le mystère
illi comme Ariel
Devant les filles de la Terre
Qui tentaient les Anges du Ciel!
C'est d'avoir pris dans ta corbeille, Pour nous et pour notre Mireille, Un petit bouquet rose et vert, Aumône tout ensoleillée
Que la Provence émerveillée Porte à son corsage entr'ouvert.
Ils disaient : « Son prestige croule Et fuit comme l’eau du torrent ; Dé à l'insouciante foule
Ke sait plus même s'il fut grand.
Les durs poètes de l'épée
Font encore à coups d'épopée Tressaillir le vieux genre humain 8 Ma lui, le chantre de la chute, N'a pas même un joueur de flûte Pour l'escorter par le chemin ! »
Et voici que ton front se lèy e: C'est à travers la vie amère, * Calme, pensif et glo Q and tu t 2mblais comme un roseau, Dans la sérénité du rêv De t’être tourné vers ta mère Devant la majesté des cieux, :omme aux premiers jours du ber ; Devant les chos éternelles, d'avoir, comme aux temps bibliques, Devant le battement des ailes R ndu tes pitiés lyriques, Pa
Eparses dans les rameaux verts, sur le pauvre et sur l’orphelin ;
Devant la nature infinie C'est d’avoir au cœur de aurence Qui fut l'âme de ton génie Fait cicatriser la souffrance
La musique de tes gi ands vers ! Par le pardon de Jocelyn!
Et pourquoi ces passants d'une heure C'est ta large strophe inondée Pensaient-ils, en leur vanité, Du fluide énorme des mots,
Que le temps, le temps qui t'effleure Où les hauts cèdres de Judée
Sapail ton Immortalité ? Penchent l'ombre de leurs rameaux,
Où, comme un gonflement de houle, La période se déroule
Dans de l’azur, et dans de l'or,
Et qui, sans colère et sans haine, Fait souligner l’histoire humaine Par les éclairs du mont Thabor!
Non ! non! ce qui fait qu'on t’admire, C'est l'abandon mélodieux
De ton front dans les mains d'Elvire Buvant les larmes detes yeux!
Ce qui t’impose à notre culte,
C'est ton fier dédain pour l'insulte Des impuissants et des jaloux !
Ce qui fait que ton nom demeure, C'est ton vers qui médite et pleure, Avec la prière aux genoux.
Or, maintenant, à doux génie!
Mort vivant entre les vivants !
Recueille-toi dans l'harmonie
Des Rameaux, des nids et des vents; Et l'âme à demi réveillée
Incline-toi sous la feuillée,
Avec le geste d'écouter
Le rossignol et la fauvette
Qui, frères ailés du poète,
Ne chantent qu'afin de chanter.
Nous, les autres fils de la Lyre, Nous te lirons avec amour,
Tant qu'on verra des flammes luire Au sommet de la grande tour, Tant que la brise de Sorrente Bercera la gondole errante Sur les vastes flots querelleu Tant que tu charmeras les âm Tant que la terre aura des femmes, Tant que les champs auront des fleurs.
Et par-dessus l'horreur du gouffre Dans la paix du soleil levant,
Hugo qui voit, Musset qui soufre, Toi qui contemples, en rêvant,
Nous vous bénirons dans nos œuvres ; Et trois fois malheur aux couleuvres !
Trois fois malheur aux envieux,
Qui baveraient sur votre gloire !
Car vous êtes dans notre histoire
La trinité des demi-dieux !
Crovis HuGues.