‹ Histoire du XVIe arrondissement de Paris (volume 2)Chapitre 26 sur 329 · RUE SCHEFFER · texte numérisé non relu

RUE SCHEFFER

champ et le n° 6. L'école communale de garçons de la rue Decamps a 348 élèves.

Avant 1868, la rue Eugène-Delacroix (1), qui a son origine actuelle à la rue Decamps (autrefois, rue de la Croix), se nommait « rue du Chemin-de-la- Croix », puis « rue de la Croix ». On peut donc accuser l'administration d'avoir fait un jeu de mots, quand elle a donné à cette rue le nom du peintre Ferdinand-Victor-Eugène Delacroix (1790-1863), qui était un grand artiste, mais qu'aucun lien ne rattachait à Passy. [Test vrai que des noms de peintres, de sculpteurs et d'écrivains ont été donnés ainsi à beaucoup de rues du XVI° arrondissement, sans qu'ils y aient jamais séjourné. Eugène Delacroix entra à dix-huit ans dans l'atelier de Pierre Guérin, qui avait déjà pour élèves Géricault et Ary Scheffer. M. Thiers disait, dans le Constilulionnel, de son premier tableau (Dante el Virgile, salon de 1822): « Je ne sais quel souvenir de grands artistes me saisit à l’aspect de ce tableau ; j'y retrouve cette puissance sauvage, ardente, mais naturelle, qui cède sans effort à son propre entrainement. » Eugène Delacroix peut être considéré comme le chef de l'École romantique en peinture ; il a obtenu la médaille d'honneur en 1855 et fut élu, en 1857, membre de l’Institut. On peut citer parmi ses œuvres : la Mort du doge Marino Faliero, le Combat du giaour el du pacha,Justinien au Conseil dElat, les Massacres de Scio, la Mort de l'évêque de Liège, Faust, Médée, la Liberté sur les barricades, l'Entrée des Croisés à Constantinople, Orphée, le Plafond de la galerie d'Apollon, diverses salles de la Chambre des députés.

3eauvallet, acteur du Théâtre-Français et auteur dramatique, s'était retiré au n° 5 de la rue Eugène-Delacroix; il y mourut en 1873, dans les bras de son ami Souchier (2).

La villa Souchier, dont l'entrée se trouve au n° 5 de la rue Eugène-Delacroix, doit son nom à son fondateur et a été établie à la même époque que la villa de la Tour, mentionnée ci-après ; elle ne peut être habitée que bourgeoisement; on ne peul y exercer aucun Commerce, ni aucune industrie.

La rue Scheffer figure au plan de 1731, comme chemin prenant naissance, à la rue Vineuse et s’arrêtant au chemin des Bornes (devenu depuis rue des Sablons, puis rue Cortambert); il desservait un premier moulin, situé près de la rue Vineuse, et conduisait à deux autres moulins, dont l’un {le moulin Leclerc) élait situé en face de la rue Bellini, qui n'existait même pas à l'état de chemin à cette époque. Par suite d'élargissements successifs, ce chemin fut transformé en rue, sous la dénomination de «rue des Moulins », qui a été conservée jusqu'après l'annexion; ces moulins à vent, qui n'existent plus, étaient bien placés, puisqu'ils se trouvaient sur la partie culminante de Passy. La rue des Moulins, pour laquelle des travaux d'assainissement avaient été approuvés par le conseil municipal le 8 août 1840, fut classée comme chemin vicinal par arrêté préfectoral du 26 décembre 1846. La Société Malézieux, qui avait succédé à celle dite de la plaine de Passy, entreprit, en 1848, de prolonger, sur des terrains qui lui appartenaient, la rue Scheffer depuis la

n° 48 et la rue de la Tour; la voie sous-minée y a été consolidée sur 75 mètres de longueur. Vis-à-vis du n°48, la distance du sol au ciel de la carrière est de 8m,10 et la hauteur de la galerie d'exploitation est de 4 mètres.

(1) Le sol de la rue Eugène-Delacroix a été consolidé, sur 28 mètres de longueur, entre les nosretu6.

2) La largeur de la rue Eugène-Delacroix a été fixée 4 8 mètres par l'arrêlé préfectoral du 16 février 1856.

rue des Bornes (rue Cortambert) jusque vers la rue de la Pompe. Ce prolongement a été remis à la commune de Passy le 6 mars 1853; d'ailleurs, l'extrémité de ce prolongement s’est trouvée supprimée par suite du percement de l'avenue Henri-Martin et a été incorporée dans le sol de cette avenue ou dans le périmètre de plusieurs propriétés riveraines.

La largeur de la rue des Moulins a été fixée à 8 mètres par arrêté du 16 février 1856. Le décret du 24 août 1864 a donné à cette rue le nom de rue Schefter, en l'honneur du peintre Ary Scheffer (1795-1853), qui a commencé à exposer au salon de 1812 et a composé en 1819 le Dévouement des six bourgeois de Calais (salle des Conférences de la Chambre des députés). On lui doit beaucoup de belles toiles empruntées aux sujets religieux ou aux créations des grands poètes; il a fait les portraits de La Fayette, Talleyrand, Lamartine, Béranger et de la reine Amélie; il a été professeur des enfants de Louis-Philippe, particulièrement de la princesse Marie, qui lui a légué ses œuvres d'art.

Le chansonnier Béranger habita pendant quelque temps le n° 4 de la rue Schefter, à l'angle de la rue Vineuse ; il quitta cette maison en 1850. La maison n° 61, à l'angle de l'avenue Henri-Martin, a été occupée par le général Borgnis-Desbordes, qui a commandé en chef au Tonkin.

M. Prévost de Longpérier, conservateur des médailles au musée du Louvre, membre de l'Institut, est mort à l’âge de 65 ans, le 15 janvier 1889, en son hôtel de la rue Schefter, n° 47.

Au n° 51 de la rue Scheffer se trouve la villa Scheffer, qui a été fondée par MM. Dorimieux et Collongettes et ouverte le 14 mai 1888. Elle ne peut être habitée que bourgeoisement, à l'exclusion de tout commerce, atelier, magasin, fabrique, industrie, dépôt de marchandises ou hôtel meublé. Les ateliers d'artistes ne sont pas compris dans l'exclusion qui précède, non plus que les écuries et remises pour l'usage personnel des propriétaires et locataires d'immeubles faisant partie de la villa. Aucune enseigne ou annonce commer ciale ou industrielle ne peut être mise sur aucune des constructions.

Il est question de prolonger la rue Schefter jusqu'à la rue Franklin.

La rue Louis-David va de la rue Schefïer à la rue de la Tour ; elle a été percée autrefois sur les « champtiers des hautes et des basses Tournelles », ainsi nommé parce qu'il avait été établi au lieu dit canton des Tournelles, mentionné dans le bail d'une maison de >assy (1) passé le 12 avril 1570 (minutes d’Ancelot Fanin). Elle se nommait jusqu'après l'annexion « rue des Tournelles ». Le 14 mars 1825, le conseil municipal de Passy demanda que la largeur légale de cette rue fût portée de 5 à 10 mètres. Elle a d'abord été nominée « rue David », en l'honneur du peintre Louis David (1748-1895), surnommé le Corneille de la peinture. Son parrain était Sedaine, secrétaire de l'Académie d'architecture. David alla à Rome comme grand prix et eut logement au Louvre de 1781 à 1805. Député de Paris à la Convention, il avait voté la mort du roi Louis XVI, fut exilé en 1815 et mourut à Bruxelles. I fit renaître le goût des beautés antiques et des sujets classiques et eut pour élèves Gérard, Girodet et Gros. I1 a peint Les Horaces (1786), le Serment du

4) Voir l'article de M. l'abbé Beurlier, intitulé : « Notes relatives à l'histoire d'Auteuil, de Passy, de Chaillot et de Boulogne », pp. 310 à 32 du Ille volume du Bulletin.

(2) A l'angle de la rue de la Tour et de la rue Louis-David, la distance du sol au ciel de la carrière est de 11,85; la hauteur de la galerie d’ exploitation est de 2,85.

CIMETIÈRE DE PASSY Fi

Jeu de Paume (1792), la Mort de Socrate (1787), Brutus, l'Enlèvement des Sabines, le Couronnement de l'empereur Napoléon [, la Distribution des aigles, Léonidas aux Thermopyles, un portrait de Mme Récamier, etc.

Un arrêté du 3 mars 1881 a remplacé le nom de « rue David » par celui de «rue Louis-David », en vue d'éviter des confusions avec la rue Félicien- David, qui se trouve à Auteuil.

Henry de Riancey, avocat, membre de l’Assemblée législative de 1849 et publiciste, qui resta toujours fidèle à sa foi religieuse et à sa foi monar- , eut son hôtel au n° 6 de la rue Louis-David et y mourut le (à la hauteur de

chique (1 9 mars 1870. Il avait demeuré précédemment rue de Passy ( la rue Guichard), rue des Artistes (aujourd'hui rue Gavarni) et rue Franklin.

La rue Pétrarque, où était autrefois le moulin Leclère, forme un double retour d'équerre et se compose de deux parties : la première, qui est ancienne, constituait l'impasse des Moulins, aboutissant à la rue des Moulins (rue Schefer) ; l'autre partie, communiquant avec la rue des Réservoirs, n'a été classée qu'en 1863. La dénomination actuelle a été donnée par décret du 24 août 1864, en l'honneur du poète italien Pétrarque (1304-1374), qui passa une partie de sa vie à la cour des papes d'Avignon ; ses odes et sonnets, inspirés en grande partie par sa passion pour Laure de Noves, sont remarquables par leur délicatesse de sentiments; il donna de la pureté, de l'élégance et de la fixité à la langue italienne.

La rue des Réservoirs tire son nom des petits réservoirs de Passy auxquels elle donne accès et qui alimentent (2) en eau de Seine, pour le service public, une partie du XVI° arrondissement. Elle se continuait autrefois, sous la même dénomination de rue des Réservoirs, jusqu'à la rue des Moulins (aujourd'hui rue Schefler); cette section porte actuellement le nom de rue Pétrarque. C’est au n°2 de la rue des Réservoirs que se trouve l'entrée du cimelière de Passy, séparé de la place du Trocadéro et de l'avenue Henri- Martin par des murs de soutènement.

En 1826, en travaillant aux fondations de la maison de Passy qui est située à l'angle des rues Raynouard et Berton, on mit à jour quelques cercueils en pierre et plâtre contenant des ossements desséchés, ce qui semble établir qu'il y a eu là autrefois un lieu d'inhumation pour Passy. L'usage des cercueils en pierre et plâtre n'ayant guère dépassé le x1v° siècle, il est permis de supposer que cette partie du territoire était déjà habitée avant cette époque.

Vers le xvr° siècle, le cimetière de Passy fut établi sur un emplacement situé à l'angle de la rue de l’Annonciation et de la rue Lekaïn, côté des numéros impairs; ce qui reste de cet ancien cimetière paroissial, où fut enterré le compositeur Nicolo Piccinni, ainsi que plusieurs membres de la famille Delessert, se trouve aux n°5 3 et 5 de la rue Lekaïn, entre cette rue et la rue de l’Annonciation. Quand ce cimetière fut désaffecté, au commence : ment du xx° siècle, les terrains qu'il occupait furent vendus et ensuite recouverts de constructions ou traversés par des rues; toutefois un terrain de 50 mètres carrés, où se trouvait la tombe d'Étienne Delessert, banquier et phi-

(1) Voir aux annexes (p. 390) l’article de M. Léopold Mar, intitulé : « Ex libris et fers à dorer des bibliophiles de notre région ».

(2) Mon article intitulé : « Le Service des eaux dans le XVIe arrondissement » est reproduit aux annexes (p. 395). La désaffectation des petits réservoirs de Passy a été prononcée par arrêlé préfectoral du 16 mai 1900.

lanthrope, fut racheté par la famille Delessert et constitue un ancien cimetière qui est situé, comme il a été dit ci-dessus, entre la rue de l’Annonciation et la rue Lekain et où ne peuvent entrer que les membres de la famille Delessert. La plaque funéraire de Piccinni, en marbre noir, est encastrée près de la porte d'entrée, dans le mur de la maison qui fait l'angle de la rue de l’'Annonciation et de la rue Lekain. Nicolas Piceinni, né à Bari (Italie), en 1728, est mort à Passy le 17 floréal an VIT (17 mai 1800); la ville de Bari a réclamé ses cendres en 1888 ; mais il n'a pas été possible de donner satisfaction à cette demande, parce que ces cendres se trouvent au-dessous de maisons bâties.

Le cimetière actuel de Passy date du commencement du xvu‘ siècle. Par délibération du 95 pluviôse an X (4 février 1802), le conseil municipal de Passy, considérant que le cimetière de la rue Lekaïn est environné d’habitations et que, dans un intérêt de salubrité, il y a lieu de le déplacer, accepta la donation offerte, le 11 messidor an IX, par le citoyen Claude Bonneau, d'un terrain de 8 ares et 57 centiares, au bord du nouveau boulevard de Passy, demanda que le citoyen Dussault, maire de Passy, fût autorisé par les consuls à y établir un nouveau cimetière et autorisa la mise en adjudication des travaux de murs de clôture et de pose d'une porte d'entrée.

Les crédits nécess:

ires pour des agrandissements successifs de ce cimetière ont été accordés par de nombreuses délibérations municipales, parmi lesquelles on peut citer celles du 3 mai 1810, du 27 mars 1898, des 2 mai et 13 juin 1833, des 10 août 184%, 2 août 1845 et 4 août 1847.

Le prix d’une concession perpétuelle de 2 mètres carrés avait été fixé à 220 francs en 1806. La délibération municipale du 27 octobre 4834 a augmenté les tarifs d'un quart pour le droit des pauvres; elle a, en conséquence, fixé à 275 francs le prix d’une concession de 2 mètres carrés et elle à établi, pour les concessions dépas

ant 2 mètres carrés, des tarifs croissant progressivement, savoir : 275 francs pour les deux premiers mètres carrés, 250 francs (200 pour la commune et 50 pour les pauvres) pour le troisième mètre, 375 franes pour le quatrième mètre, 500 pour le cinquième, 625 pour le sixième, et ainsi de suite en augmentant chaque mètre en sus de 100 franes pour la commune et d'un quart pour les pauvres. En outre, les concessionnaires faisaient généralement un don à la commune. Pour le cimetière de Passy, comme pour les autres cimetières compris dans l’enceinte de Paris, on n’accorde plus de nouvelles concessions de terrains.

Parmi les personnages enterrés au cimetière de Passy, on peut citer Raynouard en 1836, Michaud en 1839, le comte de Las Cases (1) en 1849, le docteur Esprit Blanche en 1852 et son fils Antoine-Émile Blanche en 1893, Beauvallet en 1873 (tous ces noms ont été mentionnés plus haut). Jolin, dit Gil-Pérès (acteur du théâtre du Palais-Royal} en 1882, Eugène Cortambert en 1881 et son fils Richard Cortambert en 1884 (tous deux géographes distingués), le peintre réaliste Édouard Manet en 1883, le jurisconsulte Faustin Hélie (dont le nom a été donné à une rue de Passy), en 1884, le célèbre collectionneur Frédéric Spitzer, la veuve de Carnot (2), président de la République,

(1) Son fils, le marquis de Las Gases, a été également inhumé au cimetière de Passy en 1854.

(2) Voir aux annexes (p. 404) un extrait du discours prononcé à l'Académie des sciences morales et politiques, consacré à la mémoire de Mme Carnot,

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