AUTEUIL AU XVIIIS SIÈCLE
LE ROI LOUIS XV AU CHATEAU DU COQ. — LE PEINTRE LA TOUR, — LES BOUFFLERS, — MADEMOISELLE ANTIER. — LES DEMOISELLES DE VERRIÈRES.
Si l'on veut se faire une idée de ce qu'était Auteuil vers 1750 et jusqu’à l’époque de la Révotion, il faut se transporter en pensée vers les maisons de campagne qui s’étendent aujourd’hui entre Rueil, la Jonchère et la Malmaison.
Autour de l’église et du presbytère, à l’ouest, voici la propriété seigneuriale, celle des MM. de Sainte-Geneviève, qui s’étend sur les bords de la Seine jusqu'au Point-du-Jour, embrassant ainsi le pare actuel de Sainte-Périne; dans l’intérieur du village, elle passe derrière le groupe des maisons où se pressent les vignerons, les blanchisseurs et les rares commerçants, pour englober les jardins et les bâtiments de l'Ecole J.-B.-Say, de l'Ecole normale, une partie de la rue Molitor et la villa qui porte ce nom.
Au nord de l’église, c’est la maison de Longpré, assez fidèlement reproduite, comme superficie et comme dessin, par l'ancienne propriété Chardon-Lagache, aujourd’hui vendue et morcelée, mais dont la maison et l'entrée existent encore, 16, rue d'Auteuil.
La rue des Garennes, qui ne prendra le nom de Boileau que sous le premier Empire, est occupée dans toute sa partie gauche par le pare des Génovéfains; à droite, à l'angle de la rue, c’est la maison de l'Image Saint-Jean ; puis, les grandes propriétés commencent ; celle de Gendron, immortalisée par Despréaux et que Binet de la Bretonnière, receveur général des domaines et bois de la généralité de Paris, va bientôt occuper à son tour; celles de Mme de Calabre, de l’avocat Lemaitre, de Baron.
Sur la rue d'Auteuil, en allant vers le bois de Boulogne, à droite, c'est la place de la Fontaine, dont l'eau est si salubre que quand le roi vient à la Muette il ne veut pas en boire d'autre; puis, les arbres du parc de Boufllers et la porte du bois.
Vis-à-vis de la fontaine d'Auteuil, au fond d'une cour d'honneur, un château qui rappelle dans les sculptures modernes de sa façade la carrière artistique de ses anciens possesseurs ; et, sur la rue, deux pavillons d’où l’on dominait alors la campagne.
. Cette magnifique propriété existe encore au Jourd'hui; elle porte, sur la Grande-Rue, les nu méros 43, 45 et 47; les deux façades du bâtiment ont gardé tout leur cachet ; le pare, avec ses vases de marbre, ses colonnades, ses berceaux, ses Statues d’Atalante et d'Hippomène et ses groupes allégoriques, n'a pas changé (1). C'est le joyau de notre Auteuil contemporain, c’est le dernier
(1) Deux de ces statues sont de Coustou. — Dans un des groupes allégoriques, un amour lient d'une Main le masque de la Comédie et dans l’autre une banderolle sur laquelle on peut lire: Describo mores hominum.
vestige du xvin® siècle dans notre quartier. Cette perle à été et est encore aujourd’hui religieusement conservée et, avant de pousser plus loin ma communication, je suis heureux d'en saluer respectueusement ici les aimables propriétaires.
. Mlle Antier d’abord, les demoiselles de Verrières ensuite, ont habité cette demeure, de 1740 environ à 1767.
Les deux amies du maréchal de Saxe et de Colardeau ont pour voisin immédiat le peintre La Tour qui, à la mort d'Helvétius, cédera sa maison et son parc à celle qui fut vénérée sous Le nom de Notre-Dame d'Auteuil.
Enfin, le château du Coq sépare du bois de Boulogne la propriété du fameux pastelliste.
En comptant les quelques maisons isolées qui s’espaçaient du côté de la rue de la Fontaine (qui n'était alors qu’un sentier conduisant à Passy) et en regardant l’ancien château du chancelier d'Aligre, propriété vers 1750 du chanoine Rouillé, nous arrivons aux quatre-vingts feux qu'Auteuil accuse dans le dénombrement de 1749.