‹ Histoire du XVIe arrondissement de Paris (volume 2)Chapitre 265 sur 329 · LE CHATEAU DU COQ · texte numérisé non relu

LE CHATEAU DU COQ

Entouré d'arbres centenaires, qui, autrefois, avaient fait partie de la forêt de Rouvray, le château du Coq a été coupé, puis démoli lors du percement de la rue Erlanger. Il avait été construit par Richelieu et légué par celui-ci au domaine de la couronne en même temps que le Palais Cardinal.

Sous Louis XIV, c'était une dépendance, à peine gardée, de la Muette, tout au plus un rendez-vous de chasse. Dans la jeunesse de Louis XV, comme le petit roi avait montré du goût pour la botanique, on aménagea le château en vue de cette destination. Des serres y furent élevées à grands frais; elles étaient luxueusement aménagées, et les étrangers de distinction, dans leurs passages à Paris, ne manquaient jamais de venir les admirer. Les goûts du roi changèrent, malheureusement pour lui et pour la France, et le château royal devint uné de ces mille petiles maisons que Louis XV occupait, de temps à autres, dans les environs de Paris. Le bâtiment principal fut séparé, agrandi, orné; rien n’était trop beau pour les caprices de ce roi : tapisseries des Gobelins et de la Savonnerie, glaces de Saint-Gobain, étoffes somptueuses, meubles ciselés; on dépensait de 350 à 400.000 livres par an pour l’ameublement du château. Il y avait des jardiniers à 19.000 livres de gages et des fournitures de fleurs qui montaient à 30 et 40.000 livres par saison. Ces prodigalités durèrent dix ans. Les factures ont été conservées et forment un gros dossier aux archives nationales.

En 1764, Louis XV, voulant sans doute profiter de ces dépenses, décida qu’il passerait l'été à Auteuil. Dès son arrivée, Colardeau le salua par ces vers :

Vous voilà done bourgeois d'Auteuil, Sire, et voilà notre village

Qui va jouir de l'avantage Dont se vantent avec orgueil

Choisy, La Meute et l'Hermitage ; Vous y viendrez chercher l'ombrage, Le doux lilas, le chèvrefeuil ;

Tant mieux pour nous. Bon voisinage Fut toujours d’un heureux pré:

Nous voudrions vous faire accu Immortaliser notre hommage Par quelque éclat; mais ce hameau Qui vit les Muses ra É Se promener dans les Du jardin qu'habitait Boileau,

Auteuil ne voit plus sa fontaine Abreuver le sacré troupeau

Qui s’enivre dans l'hypocrène.

Les Muses n'aiment plus notre eau.

Nous nous en consolon: s Grâces Valent tout au moins les Neufs Sœurs :

Elles liendront ici leurs places.

Après 1764, Louis XV ne revint plus à Auteuil; Mme Elisabeth y passa quelques mois dans les étés de 1785 et de 1786. Elle amenait avec elle Chamfort, son lecteur, qui n'avait que quelques pas à faire pour aller saluer Mme Helvétius, sa vieille amie.

La pieuse princesse avait laissé dans sa demeure une pendule dorée, qui resta dans sa chambre jusqu'à la démolition du château; cette re lique est gardée aujourd'hui par le vénérable ec clésiastique qui fut le dernier propriétaire de la maison.

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