ARC DE TRIOMPHE DE L'ÉTOILE
L'arc de triomphe de l'Étoile a été projeté par les architectes Chalgrin et Raymond, membres de l'Institut; Raymond ayant donné sa démission, Chalgrin resta seul chargé de l'exécution de ce monument, élevé à la gloire des armées françaises ; les travaux en furent commencés en mai 1806, et la première pierre fut posée solennellement le 15 août de la même année.
Quand Napoléon I et Marie-Louise se rendirent de Saint-Cloud aux Tuileries (4), pour la célébration de leur mariage, l'arc de triomphe ne s'élevait encore qu’à la hauteur de la corniche du piédestal ; mais Chalgrin avait fait exécuter, au moyen d'une charpente recouverte de toiles, le simulacre de l'ensemble de l'édifice sous lequel le cortège impérial passa, le 4° avril 1810.
Un journal du 26 mars disait: « Dès ce jour, il n'y a pas une fenêtre, depuis la porte Maillot jusqu'à la place de la Concorde, qui ne soit retenue ou louée cinq ou.six louis au moins, pour assister à l'entrée dans Paris de l'empereur et de l'impératrice Marie-Louise. La plus petite chambre chez les restaurateurs ayant vue sur la route que doit suivre le cortège ne s'obtient pas à moins de 5 ou 600 francs. » — Les choses n'ont pas changé.
Chalgrin étant mort en 1893, les travaux furent continués par son élève Goust et par Huyot; ils furent achevés, de 1832 à 1836, par l'architecte Blouet, membre de l'Institut, qui était né à Passy en 1795 et mourut en 1853. — (V. aux Annexes, p. 404.)
Le 29 juillet 4836, on inaugura solennellement l'arc de triomphe et on a compté que le 4° août de la même année, 58.000 personnes étaient venues contempler ce monument, dont la construction a coûté 9.651.115 francs. Sa hauteur est de 49",48, sa largeur de 44",82 et son épaisseur de 22",91; le grand are a 14,62 de largeur. Ce monument appartient à trois arrondissements : le VIIT, le XVI° et le XVII
Le diamètre de la place de l'Étoile est de 240,86; cette place a été le théâtre de toutes les grandes solennités nationales. J'ai assisté, le 15 décembre 1840, au retour des cendres de l'empereur; l'affluence était énorme, bien que le froid fût très rigoureux.
Le 31 mai 1885, le cercueil de Victor Hugo, qui était mort le 22 mai, fut exposé sous l'arc de triomphe de l'Etoile. Un gigantesque cénotaphe, qui se dressait sous la voûte de cet arc et avait 22 mètres, était du plus grandiose effet; un immense voile de crêpe partait du sommet du monument. Pendant toute la journée, une foule immense défila devant le cénotaphe. La nuit, une double haie de cuirassiers portait des torches dont la lueur se mêlait à celle de 36 lampadaires à flammes vertes. La cérémonie des obsèques, qui eut lieu le 4°" juin (2), attira un tel concours d'admirateurs du grand poète que Floquet s’écria : « Ce ne sont pas des funérailles, c'est une apothéose. »
À la cérémonie du centenaire de Victor Hugo, qui a été célébré au Panthéon, dans la matinée du 26 février 1902, avec une grande pompe officielle, M. Gabriel Hanotaux, directeur de l'Académie Francaise, a terminé son discours par les paroles suivantes :
« Il mourut. Un frisson, une rumeur immense coururent de proche en
(1) Voir aux annexes (p. 324) l'article de M. Léopold Mar, intitulé : « Nos Anciennes ières ».
(2) Victor Hugo avait voulu le corbillard des pauvres; mais le Parlement vota en son honneur des funérailles nationales,
proche dans la ville, dans le pays et dans le monde tout entier. L'univers se leva, tendant vers lui des palmes. L’arc de triomphe se revêtit d'un voile noir. Les poètes veillèrent son corps couché sous le portique. Les cuirassiers tenaient des torches allumées, Et quand le jour des funérailles se leva, quand
L'exposition du corps de Victor Hugo dans Ja nuit du 3: mai au er juin 188
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les torches se furent éteintes, quand, derrière le corbillard des pauvres (1), une foule telle qu'il l’eût aimée ‘se fut rangée et que la ville entière se fut
(1) Voir le Bullelin 38-39 de la Société hislorique, tome IV, entièrement consacré à
Viclor Hugo, notamment pages 129 et 139.
ave Michel.
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Société.
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remplie d'un tumulte où le deuil de la mort se confondait avec la joie de l’Immortalité, alors lui, tumultueux encore et déjà légendaire, il traversa Paris à la tête du cortège prodigieux qui rejoignait la colline de Napoléon à la colline de Clovis et il fit rouvrir devant lui les portes du Panthéon, pour y ramener la gloire. »
La place de l'Étoile n'était encore bordée, en 1854, que de chétives constructions, principalement occupées, comme sur les autres boulevards extérieurs, en dehors des barrières, par des débits de vins. La transformation de cette place est due au décret du 13 août 1854, qui en a fixé la belle ordonnance et les alignements, avec constructions symétriques, grilles en fer et fonte, suivant un type obligatoire, séparées des constructions par des jardins d'agrément. Ces grilles reposent sur un socle bas en pierres de taille et les bâtiments ne peuvent être élevés qu'à 16 mètres en arrière. Les splendides hôtels qui bordent ainsi la place ont été construits en 1868 et 1869 ; ils ne peuvent avoir d'entrée que sur les avenues rayonnant vers la place et sur la rue cireulaire, nommée rue de Tilsit d'un côté de la place, et rue de Presbourg de l'autre (1).
En avril 1900, la place de l'Étoile a été munie de candélabres électriques.
Le chemin de fer métropolitain de Paris dessert souterrainement la place de l'Étoile : cinq branches, dont quatre en exploitation et une actuellement ouverte jusqu'à la place d'Anvers (IX* arrondissement), ont cette station pour point de départ.
L'insuffisance des moyens de transport dans Paris commandait l'exécution de ce métropolitain ; les omnibus et tramways circulant à fleur de sol et forcément limités par cela même dans leur capacité de transport et dans leur vitesse, parce qu'ils ont à croiser dans les rues beaucoup d'autres véhicules, ne permettent ni d'effectuer des trajets un peu longs avec la rapidité désirable, ni de transporter à la fois de très grandes masses de voyageurs.
Il est donc logique de recourir pour les longs trajets et pour les directions importantes à un moyen de locomotion plus puissant, c'est-à-dire à un chemin de fer métropolitain, établi sur des lignes entièrement isolées de la voie publique etse prêtant à la réalisation, entre deux stations consécutives, d'une grande vitesse. Les progrès récents de l'industrie électrique appliquée aux transports fournissent la solution la plus satisfaisante de ce problème. La transmission de l'énergie électrique à distance autorise, en eflet, la substitution aux pesantes locomotives d’un matériel beaucoup moins lourd, capable de circuler sur des courbes de très petits rayons, tels que ceux qu'on est obligé d'admettre sur le métropolitain d'une capitale. En outre, ce système se prête bien à l'organisation de trains extrémement fréquents.
Les lignes du métropolitain de Paris exploitées entièrement en 1901 sont celles de la porte de Vincennes à la porte Maillot, de l'Étoile au Trocadéro et à la porte Dauphine. Cette section du métropolitain, qui n'est que la huitième partie du réseau actuellement concédé, représente une longueur d'en viron 1% kilomètres. Elle est totalement souterraine, mais éclairée à la
lumière électrique ; elle ne présente donc pas, pour les voyageurs, les mêmes
É (1) Voir aux annexes (p.406) des extraits des mémoires du baron Haussmann, communiqués par M. Emile Potin ; voir, également, aux annexes P.413), la loi du 22 juin 1854 et à scre De d à £ à AUDE née » *EPDE EF Ï “ Le décret du 13 août de la même année, concernant la place de l'Etoile et l’avenue du Bois-de-Boulogne.