‹ Histoire du XVIe arrondissement de Paris (volume 2)Chapitre 298 sur 329 · EMENT · texte numérisé non relu

EMENT

puis, le château du Coq, habitation royale dont Louis XV avait fait une de ses petites maisons ; enfin, les Boufflers venaient d’acheter, en face du Roi, la propriété qui, longtemps, porta leur nom.

L'entrée était à peu près située où se trouve aujourd'hui la porte principale de la villa Montmorency ; mais les bâtiments regardaient du côté de Paris, et leurs fenêtres donnaient sur la place de la Fontaine

Apres être passé devant le pavillon de Louis Chouard, portier (4), le mur se dirigeait obliquement vers la Grande-Rue, en suivant à peu près la ligne du marché actuel. Un peu après avoir tourné, on rencontrait un belvédère que les anciens habitants d'Auteuil ont connu. C’est là qne la duchesse de Montmorency venait, sous la Restauration, attendre le passage des équipages de Charles X qui se dirigeaient à fond de train vers Saint-Cloud. Le roi saluait la vieille duchesse qui ne quittait son observatoire que lorsque les voitures avaient disparu à l'horizon.

A partir de ce bâtiment, et jusqu’à la porte du bois, la Grande-Rue du village longeait le mur et le pare du château. Du dehors, on apercevait une longue allée formée par ces beaux arbres que l'abbé Morellet voyait de sa fenêtre, quand il logeait chez Mme Helvétius. Avant d’atteindre la maison de maitre Jacques Lefranc, garde de la porte du bois de Boulogne, à Auteuil (2), on rencontrait, adossé au mur, un banc de pierre qu'ombrageait un acacia ; au-dessus, dans une niche toujours fleurie, la statue de la Vierge tenant dans ses bras le Sauveur du monde.

C'est sur ce banc qu’un jour Piron s'était assis. Absorbé dans sa lecture, il n’avait pas vu deux paysans qui s'étaient approchés sans bruit de l'image respectée. A la fin, le murmure des prières l'avait tiré de sa réflexion et, regardant, il avait vu une bonne vieille agenouillée devant lui et un homme découvert et incliné. Piron ne sait pas pourquoi on lui adresse de pareils hommages, mais il ne doute pas qu'ils ne soient pour lui et il salue, d’un air gracieusement étonné, Philémon et Baucis qui continuent à prier dans la posture de la plus profonde vénération.

De la porte d'Auteuil, le mur du pare remontait en suivant le tracé actuel des fortifications (3); il longeait la sablière du bois de Boulogne et arrivait à un pavillon qui servit d’orangerie, puis fut loué dans la suite et qui s'élevait à peu près sur l'emplacement du bastion 61.

() Il ne mourut que le 12 septembre 1810, âgé de 75 ans. — V. les registri ë siaux, {0 90.

(2) Août 1778. Archives nationales.

(3) 29 mars 1756. M. de Barillon écrit au marquis de Marigny, frère de Mme de Pompadour, conseiller du roi, commandeur de ses ordres, direc-

teur et ordonnateur général des bâtiments, jardins, académies et manufactures de Sa Majesté,

r lui exposer que les murs du bois de Bou-

gne jusqu'au Cabinet de son enclos tombent en ruines et demandent [une réparation avant l'hiver prochain. (Arch. nationales Of. arch. de la Couronne, ancien régime, n°5 1585-1586.)

De cet endroit, le mur redescendait par le chemin des vignes, c’est-à-dire par les rues actuelles Raffet, de la Source et Bosio, pour venir rejoindre le point de départ de notre excursion.

Le parc et les bâtiments avaient une contenance totale d'environ dix hectares (1).

Bien des auteurs ont dit que cette propriété avait été détachée du bois de Boulogne par Louis XIV, au profit du maréchal de Boufflers. C’est là une erreur qu’il convient de rectifier.

D’après l’abbé Lebeuf, la terre qui nous occupe appartenait, en 1656, à Etienne d’Aligre, conseiller du roi et directeur de ses finances : il la laissa à Marie Orceau, femme Rouillé, son héritière, et celle-ci à son fils, Léon-Louis Rouillé, chanoine de l'Église de Paris. Celui-ci la légua à sa nièce, Anne-Marie Rouillé, qui avait épousé Louis de Bernage, conseiller d'Etat. Mme de Bernage la vendit, le 17 mars 1738, à Jean- Hyacinthe Davasse de Saint-Amarand, conseiller, secrétaire du roi, maison, couronne de France ct de ses finances, receveur général des finances de la généralité d'Orléans et trésorier général des maison et finances de S. M. catholique la Reine seconde douairière d'Espagne. Le 47 mai 1750, M. de Saint-Amarand vendait l'immeuble à Louis- Alexandre du Brocard de Barillon, ancien receveur de rentes.

Le château avait une chapelle particulière ou

(1) D'après le plan manuscrit du terroir d'Aulteuil, dre par Charles Rozy, arpenteur juré, au mois d'août 1658, pour le compte de MM. de Sainte-Geneviève du Mont de Pa seigneurs dudit Auteuil (Arch. nat. Plans N. n° 12, Sei qre cla . l'enclos de M. d'Aligre, cour, |:

et maisons, contenait 26 arpents 1 quartier, dont rpents en la censive de int-Germain-l'Aux rois. Une partie de la propriété d'A était le terroir de Boulogne; de grand bornes où se voyaient les armes d'Auteuil et de Boulogne indiquaient la limite des deux terroirs. Quelquesunes de ces bornes ont été retrouvées lors des travaux entrepris pour l'aménagement actuel de la villa Montmorency. En dehors de l'enclos proprement dit, de l'autre côté du chemin des

i ’Aligre possédait 3 arpents de vigne nt à Saint-Germain-l Auxerrois pour droits de lods, vente et cens Entre le plan de Rozy (1658) et celui de Roussel (1765), la propriélé, par suite d'une emprise sur le bois de Boulogne et du reculement du mur de clôture de ce bois, fut agrandie d'environ 4 arpents, soit 13.676 mètres carrés.

Walpole, dans une lettre citée plus loin, donne une Contenance de 52 acres. comptant l'acre anglais. comme on le fait éralement, pour ho à c., les 52 acres feraient 21 h. 04 a.28 c., ce qui est beaucoup plus que la contenance xacte. Walpole aura vu double

En réalité, et pour nous r

nance était,

umer, la contedu temps de M. d'Aligre, de 8h.

86 50 c. ou, en chiffres ronds, 9 hectares, auxquels il convient d'ajouter : 1° un arpent de vigne situé en dehors du plan, cet arpent dépendant de Saint-Germain-l'Auxerrois pour droits de lods, vente et censive; et 2° deux arpents pris sur le bois de Boulogne et acquis entre 16 1765 ; ces trois arpents faisant plus d’ et portant la totalité de la propriété 29 arpents 1 quartier, soit 10 hectares environ.

Voir encore aux Arch. nat. Nr. n° 157, & année1666. Sur ce plan, on voit le boisde M. d gre, sur les hauteurs où sontaujourd'hui la villa Montmorency, la rue Raffet, elc. avec, en haut, un «pavillon de M. d'Aligre ». et, conduisant à ce RANORe un sentier (rue Raffet ou avenue des Tilleuls actuelle).

domestique, comme on disait alors, dans laquelle avait été célébrée, en septembre 1719, l'union du comte de Guitaud, marquis d'Epoisses, avec Mlle de Chamillard et où, en avril 17592, Chomel, ancien évêque d'Orange, bénit le mariage du comte de Saisseval avec Mlle de Barillon. !

Enfin, le 6 mars 4773, M. de Barillon cédait à son tour les maisons, le pare et les dépendances à Marie-Charlotte-Hippolyte de Campet de Saujon, veuve d'Edouard, comte de Boufflers- Rouverel.

IT

LesBoufflersétaient originaires de la Picardie (1). Ils s'étaient, de tous temps, distingués dans la carrière des armes.

Un Louis de Boufflers, sous les règnes de François Ier et d'Henri II, avait été remarquable par sa force prodigieuse. Un autre, François, licutenant-général de la province d'Isle-de-France a, lui aussi, signalé son nom par une aventure bizarre, qui eut des suites littéraires. Le 13 fé vrier 4679, il fut tué en duel à Conches et on le rapportait à Boufflers lorsqne la voiture verse en route et tua le prêtre qui l’accompagnait. La Fontaine a tiré de cette aventure la fable qu'il a intitulée le Curé et le Mort.

Un partage de terres, fait entre trois frères et daté du 6 juillet 4585, avait divisé la famille en trois branches : l’ainée, qui reçut de Louis XIV, en 1695, le titre ducal: la branche des Rouverel et, enfin, celle des Remiencowt (2).

Le maréchal, dont Mine de Maintenon disait:

« En lui, le cœur est mort le dernier », est une des gloires les plus pures de l’ancienne France. Pour sa belle défense de Lille et pour avoir sauvé l’armée après Malplaquet, il mérite l'admiration de la postérité.

Son fils, Joseph-Marie, duc de Boufflers, ravitailla Gênes assiégée et fut inscrit, ainsi que sa famille, parmi les nobles de l’État; il périt, le 2 juillet 1747, laissant une femme qui allait devenirla maréchale de Luxembourg, et un fils, Charles-Joseph, qui mourut, à Paris, de la petite vérole, en 1751, le jour même de la naissance du duc de Bourgogne. Charles-Joseph n'avait qu’une fille de deux ans qui sera, un Jour, la duchesse de Biron et qui mourra sur l’échafaud révolution— naire, le 3 juillet 1794. « C'est avec Charles- Joseph que s'éteignit cette branche dont le maréchal avait fait l'illustration, » dit le duc de Croy- Solre, dans ses Mémoires, dont la découverte toute récente, due au savant vicomte de Grouchy, a été un véritable événement.

La troisième branche, celle des Bouflers- Remiencourt, s'était fixée en Lorraine. Le marquis de Boufflers était maréchal de camp et capitaine

(1) La commune qui porte aujourd'hui ce nom est située dans le canton de Crécy, arrondissement le. Elle ne compte que 306 habitants.

tionnaire de la noblesse, a Chesnaye des Bois, 2 6 Paris, 1771, p. Les armes des Boufflers étaient d'argent à g croix recroiseltées de gueule, 3,3 et 3 el 3 moleltes de geules et 1.

des gardes du roi de Pologne, Stanislas Leczinski. Il avait épousé, en 1758, Marie-Françoise-Catherine de Beauvau-Craon, anie du vieux roiet connue sous le nom de Dame de volupté. Voltaire lui envoyait la Henriade en écrivant ces vers sur la première page :

Vos yeux sont beaux, votre âme encore plus

[belle, Et sans prétendre à rien vous triomphez de [tous ; Si vous eussiez vécu du temps de Gabrielle Je ne sa s ce qu'on eût dit de vous,

Mais on n'aurait point parlé d'elle.

La marquise de Boufflers avait fait, elle-même, son épitaphe :

Ci-git. dans une paix profonde, Cetle Dame de volupté

Qui, pour plus grande sûreté, Fit son paradis de ce monde.

De cette union étaient nés une fille, qui devint la comtesse de Boisgelin de Cucé (1), et un fils, le fameux chevalier de Boufflers, meilleur que sa renommée ; tour àtour abbé, chevalier de Malte, gouverneur du Sénégal, académicien et député; sur le tard, il épousa Mme de Sabran, après avoir échangé avec elle une correspondance exquise que MM. Prat, de Magnieu et de Croze ont publiée dans ces dernières années (2).

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