AVENUE VICTOR-HUGO
On remarquera que le nom de Victor Hugo a été donné, de son vivant, à l'avenue qu'il habitait, ce qui constitue une distinction tout à fait exceptionnelle.
Sur la partie de l'avenue comprise entre la place de l'Étoile et le rondpoint, se trouvait une butte formant une montée et une descente très préjudiciables à la circulation. Pour faire disparaître cette butte, la Ville a commencé par opérer l’abaissement partiel de l'avenue du côté des numéros pairs, où les habitations étaient alors peu nombreuses; le règlement des indemnités dues aux propriétaires de ces maisons, qui devaient se mettre au niveau de la nouvelle chaussée, s'opéra aisément. Mais on la , au contraire, subsister provisoirement, à l'ancien niveau, une rue haute de l’autre côté de l'avenue, qui présentait une suite presque continue de maisons relativement anciennes et généralement assez médiocres. Cette rue parallèle, d’une largeur d'environ 8 mètres, atteignait, en son point culminant, 7 à 8 mètres de surélévation au-dessus du sol de l'avenue rectifiée (avec laquelle elle communiquait par plusieurs escaliers) et se prolongeait vers Passy, jusqu'au point où son niveau se confondait avec celui de l'avenue rectifiée.
Les maisons des numéros impairs se trouvaient ainsi dans une situation précaire et fâcheuse, à laquelle il a été remédié de la manière suivante: la Ville a repris, en 1873, le long des numéros impairs, les travaux d’abaissement des chaussées hautes, qui avaient été commencés (1) en 1865 ; elle les a presque achevés de 1888 à 1892 ; ils ont été faits par tronçons successifs, au fur et à mesure de l'avancement des constructions, et ont donné lieu à une dépense de 1.468.121 francs. Ils ont été terminés (2) en 1899; l'avenue est aujourd'hui bordée de maisons neuves, des deux côtés, la régularisation de la pente de l'avenue Victor-Hugo y facilite le passage des voitures, qui sont fort nombreuses, surtout les jours de courses d'Auteuil, et permet d'apercevoir de l'avenue Henri-Martin l'arc de triomphe, placé à 1.800 mètres de distance.
En 1898 et 1899, le pavage en pierre de l'avenue a été converti en pavage en bois, entre la place Victor-Hugo et la rue de Longchamp.
Le n° 6 de l'avenue était habité pendant l'été par Augustine Brohan, sociétaire du Théâtre-Français, en 1855-1860; et le n° 98 par le docteur Andral, en 1856-1858. L'hôtel du ministre de Vénézuéla se trouve au n° 15 de l'avenue Victor-Hugo.
Le philosophe Strada, poète et peintre, auteur dé l'Æpopée humaine, est mort en 1909, en l'hôtel qu'il occupait entre l'avenue Victor-Hugo et l’avenue Henri-Martin et où il avait installé un musée; il a légué ses œuvres à la France.
Le rond-point ou place Viclor-Iugo, dont les alignements ont été fixés par ordonnance royale du 7 mai 1840, occupe un cercle de 100 mètres de diamètre. Cette place a été créée en 1825 ou 1826 par la Société des terrains de la plaine de Passy ; elle s’est appelée d'abord « rond-point Charles-X », en 1830 « rond-point de Saint-Cloud », puis « rond-point des Bassins », « rond-
(1) A l'avenue Victor-Hugo, les travaux de 1865 ont été dirigés par M. l'ingénieur Darcel et M. le conducteur Selheimer ; ceux de 1873, par M. l'ingénieur Rousseau et M. le conducteur Léon ; ceux de 1888 à 1892, par M. l'ingénieur Babinet et M. le conducteur Lepeltier.
(>) Sous la direction de M. l'inspecteur général Boreux, de M. l'ingénieur Bret et de M. le conducteur Chevalier, $
point de la Plaine »,et ensuite place de l'Hippodrome ». Elle à reçu le nom de « place d'Eylau » par arrêté du 19 août 1864, et celui de « place Victor-Hugo » par arrêté du 9 décembre 1885. Elle a été plantée et remise en bon état, en 1865, moyennant une dépense de 32.000 francs.
Le conseil d'administration de la Société des terrains de Passy décida, en 1837, la construction d'un bassin-fontaine pour décorer la partie centrale de cette place, qui portait alors le nom de « rond point de la Plaine ». Un contrat fut passé, à cet effet, avec la compagnie des eaux d'Auteuil, et l'architecte Heudebert fut chargé de diriger les travaux, qui furent immédiatement entrepris et bientôt terminés. Le bassin était en pierre, avait 20 mètres de diamètre et renfermait un second bassin concentrique, également en pierre, au milieu duquel s'élevait un socle octogone en fonte, supportant deux vasques superposées de même métal (1); l'eau s'échappait du sommet de l'édicule et retombait en cascade dans le bassin (V. p. 98).
La fontaine fut ensuite supprimée, les deux bassins ayant été remplis de terre et garnis d'arbustes et de fleurs.
On a inauguré le 26 février 1902, pour le centenaire de Victor Hugo, le monument (2) élevé au grand poète par le sculpteur Barrias. La cérémonie était présidée par M. Loubet, président de la République, ayant à sa droite M. Dausset, président du conseil municipal, et, à sa gauche, M. de Selves, préfet de la Seine. Les membres de la famille de Victor Hugo avaient été placés dans une tribune spéciale. Des discours ont été prononcés par M. Paul Meurice, président du comité du monument, par M. Dausset et par M. de Selves (3).
Une station du chemin de fer métropolitain (ligne de l'Étoile à la porte Dauphine) est établie sous la place Victor- Hugo, au débouché de l'avenue Malakoff.
Un hôtel bâti à la place Victor-Hugo, entre la rue Boissière et l'avenue Malakoff, a été occupé pendant plusieurs années par l'ambassade de Chine (4).
Le premier hippodrome fut ouvert, le 4 juillet 4845, au rond-point de l'Étoile; les travaux exécutés pendant les premières années du second Empire, pour l'embellissement de celte place et de ses abords, obligèrent M. Arnaud, directeur de cet hippodrome, à le déplacer ; il le transporta sur un terrain domanial, avec entrée sur la place aujourd’hui nommée place Victor-Hugo, près l'aboutissement de l'avenue Bugeaud; on dépensa plus de 250.000 francs pour l'installation de ce théâtre (5), qui a peu duré.
(1) Ces indications ont été communiquées à la Société historique d'Auteuil et de Passy par M. de Forges de Montagnac.
(2) Victor Hugo y est représenté assis sur un rocher. Quatre figures sont disposées audessous de lui : à sa droite, la Poésie dramatique; à sa gauche, la Poésie lyrique, figure ailée qui lui offre une lyre ; derrière, l'Epopée, sonnant de la trompette, plane au-dessus d'un trophée d'armes et de drapeaux, ayant assise à côté d'elle la Poésie satirique, qui tient un fouet et montre du geste le Poète justicier, Les quatre faces du piédestal sont décorées de bas-reliefs en bronze, rappelant quelques-unes des grandes œuvres de Victor Hugo. — V. Bull. de la Soc. hist., numéro consacré à Victor Hugo.
(3) L'œuvre de Barrias a coûté 150 000 francs. Le président du comité du monument était Paul Meurice, le vice-président Emile Augier, les membres Bonnat, Anatole de la Forge et Auguste Vitu. ‘
(4) Get hôtel avait un mur de clôture à créneaux, avec tourelles aux angles (V. p. 93).
k (5) Le conseil municipal de Pass ÿ avait consenti à remplacer pour cet hippodrome, en 18/6, la taxe des pauvres par une annuité fixe de 6.000 francs ; elle fut réduite à 3.000 francs en 1848 et fixée, en 1849, à 3 p. 100 de la recette brute pour les deux cents premiers mille francs de recette, et à 5 p. 100 sur l'excédent.