‹ Histoire du XVIe arrondissement de Paris (volume 2)Chapitre 38 sur 329 · RUE DES SABLONS · texte numérisé non relu

RUE DES SABLONS

sur le plan de 1731 comme chemin de Versailles, et sur le plan de Verniquet (1791) sans dénomination ; il dépendait de la terre et seigneurie de Chaillot. Cette rue s'est d’abord appelée «rue du Chemin-de-Versailles »; une ordonnance royale du 6 avril 1832 lui a assigné une moindre largeur de 13 mètres. Elle prit, en 1849, le nom de « rue du Banquet », pour rappeler le souvenir du fameux banquet de la Réforme, qui servit de prélude à la révolution de février 1848. En 1852, on lui rendit son nom de rue du Chemin-de-Versailles.

Le décret du 16 novembre 1853 prescrivit le prolongement de la rue du Chemin-de-Versailles, à travers le promenoir de Chaillot, depuis la rue Vernet jusqu'à l'avenue des Champs-Élysées. Le décret d'utilité publique du 47 septembre 1864prescrivit le prolongement de la rue Galilée depuis la rue de Juigné (place des États-Unis) jusqu'à l'avenue Kléber, et le décret du 24 du même mois sanctionna le traité passé entre la Ville et la Société Thome et Cie pour l'exécution de ce prolongement.

Le décret du 24 août 1864 a donné à la rue Galilée sa dénomination actuelle, en l'honneur de Galileo Galilei, ou Galilée (1564-1642), que les Médicis nommèrent, quand il n'avait que vingt-quatre ans, professeur de mathématiques à l'Université de Pise. La hardiesse de ses idées en physique l'obligea à quitter cette ville en 1592; il alla à Padoue, où il professa pendant vingt ans. Il fut persécuté, à la fin de sa vie, pour avoir publié en Italie un ouvrage où il exposait, d'après Copernic, le mouvement de la terre et l'immobilité du soleil. On lui doit la découverte des lois de Ja pesanteur et l'invention ou le perfectionnement du télescope, du thermomètre, du pendule et de la balance hydrostatique (1).

L'intrépide aéronaute brésilien Auguste Severo, qui, en 1902, a perdu la vie en faisant une ascension dans son ballon dirigeable Pax, habitait la rue Galilée.

La rue Mesnil a été ouverte en 1834, avec une largeur de 10 mètres, sur des terrains de la plaine de Passy, appartenant à M. Mesnil.

La rue des Sablons n'allait primitivement que du rond-point de Longchamp à la rue Saint-Didier; elle paraît avoir été ainsi dénommée en souvenir d'une carrière à sable, à l'époque où la plaine de Passy commença d'être mise en valeur. Cette rue peut se diviser, au point de vue de son histoire, en quatre parties :

1° Celle comprise entre la rue Saïint-Didier et le rond-point de Longchamp, qui conserve encore aujourd'hui le nom de rue des Sablons, a été percée vers 1834, avec une largeur de 10 mètres ;

2° La section allant du rond-point de Longchamp à la rue Scheffer correspond à l’ancienne « rue des Bornes », remplaçant le chemin des Bornes, dont le nom était dù aux bornes qui, sur ce point, indiquaient les limites des dépendances du couvent des Bonshommes. Il résulte de la délibération du conseil municipal de Passy, en date du 14 mars 1895, qu'à cette époque, le chemin des Bornes n'avait que 2 mètres de largeur, qu'il avait son origine à la rue des Moulins (rue Schefter) et se terminait à l'embranchement des chemins de la Croix (rue Decamps) et de Longchamp. Ce chemin fut classé vicinal par arrêté du 6 juillet 1895; vers 1848, il fut élargi à 11 mètres et transformé ainsi en une rue qui prit le nom de rue des Bornes. La remise

(1) On a donné, dans cette région, des noms d'astronomes à plusieurs rues (Galilée, Newton, Copernic, Keppler, Euler).

du sol de la rue des Bornes à la commune de Passy par la Société Malézieux, qui avait succédé à la Société des terrains de la plainede Passy, a été approuvée par les délibérations municipales des 6 mars 1853 et 5 février 1854. L'arrêté du 2 avril 1868 a réuni la rue des Bornes à la rue des Sablons;

3° La partie comprise entre la rue de la Tour el la place Possoz, qui fut ouverte avec une largeur de 10 mètres, par suite du lotissement du parce Guichard, et fut nommée « rue Saint-Hippolyte », en l'honneur du curé de Passy, l'abbé Hippolyte Locatelli. L'arrêté du 3 septembre 1869 a réuni la rue Saint-Hippolyte à la rue des Sablons;

4° La section s'étendant de la rue Scheffer à la rue de la Tour, ouverte en vertu du décret du 2 mars 1863, qui porte: « La Ville est autorisée à accepter l'offre faite par les sieurs Harold, Ernest, et Jules Portalis, qui s'engagent à ouvrir, à travers les terrains dont ils sont propriétaires, entre la rue des Moulins (Scheffer) et la rue de la Tour, une rue de 12 mètres, destinée à former le prolongement de la rue Saint-Hippolyte et de la rue des Bornes, à la charge par la Ville de leur payer 40.000 francs. » Ce prolongement fut immédiatement exécuté et prit d’abord le nom de rue Saint-Hippolyte.

Pendant vingt-deux ans, à partir de 4869, la rue des Sablons s'estétendue du rond-point de Longchamp à la place Possoz; mais le décret du 24 avril 1891 à donné le nom de rue Corlambert à la partie de la rue des Sablons qui était comprise entre l'avenue Henri-Marlin et la place Possoz (1), en l'honneur d'Eugène Cortambert (1805-1884), qui habitait Passy et y mourut; il s'est rendu célèbre comme géographe et a publié beaucoup d'ouvrages classiques ; il a professé au lycée Charlemagne (2) et a, le premier, tracé sur le tableau noir le dessin des dive contrées du globe, à mesure qu'il les décrivait à ses auditeurs ; il a été président de la Société de géographie de Paris et de la Société de géographie commerciale ; il a su rendre attrayante l'étude de la géographie. Mme Cortambert a écrit sur le langage des fleurs, sous le pseudonyme de Charlotte de Latour, un livre qui a eu beaucoup de succès et dont la 6° édition a paru en 4844. Richard Cortambert, fils d'Eugène, a publié, lui aussi, des ouvrages intéressants sur la géographie.

Le XVI° arrondissement constitue une des huit paroisses qui forment la circonscriplion consistoriale de l’église protestante réformée de Paris, telle qu'elle a été organisée par le décret du 25 mars 1882. La paroisse protestante de Passy (3) est desservie par un pasteur titulaire et deux pasteurs auxiliaires. Le temple est situé rue Cortambert, n° 19, sur un terrain appartenant au conseil presbytéral. Le culte réformé est célébré en cet endroit depuis 1880; mais, pendant une dizaine d'années, le temple n'était qu'une modeste construction en bois et fer. Comme elle était devenue insuffisante par suite du développement de la population, elle à été remplacée, en 1890-1891, par un édifice en pierre, qui contient 500 places environ. Le nouveau bâtiment a été construit, sur les plans de feu M. l'architecte Aubert, au moyen de fonds

(1) La voie sous-minée a été consolidée sur 92 mètres de longueur, près de l'angle de la rue de la Tour et de la rue Cortambert,.

(2) Voir la biographie des géographes Eugène et Richard Cortambert par leur fils et petit-fils, p. 22 et 23 du IVe volume du Bulletin.

(3) Cette paroisse est administrée par un conseil presbytéral, qui comprend, outre le pasteur titulaire, cinq membres laïques ; les deux pasteurs auxiliaires y siègent avec voix consultative, j

RUE GAVARNI 107 provenant exclusivement ‘de souscriptions volontaires; il a été inauguré le dimanche 15 novembre 1891.

Au n° 20 de la rue Cortambert se trouve la chapelle de Notre-Dame-du-Très- Saint-Sacrement, achevée en 1900, dans le style gothique, par MM. les architectes Coulomb et Chauvet. Elle est desservie par la congrégation des serantes du Très-Saint-Sacrement (1).

On voit au n° 45 de la rue Cortambert un hôtel du style semi-gothique fleuri, en pierres et briques, édifié par M. Sau van. Le général du Barail, avant d'être ministre de la Guerre, avait habité la maison qui a été remplacée par cet hôtel.

Ponsard, poète et auteur dramatique, habita de 1866 à 1867 le n° 60 de la rue Cortambert.

L'illustre astronome Faye, doyen de l'Académie des Sciences, ancien ministre, membre du bureau des Longitudes, inspecteur général honoraire de l’enseignement supérieur, habitait le n° 39 de la rue Cortambert et y est mort en 1902.

La rue Gavarni, qui est coudée, va de la rue de Passy à la rue de la Tour; elle fut percée en 1835, avec une largeur de 9 mètres, sur des terrains appartenant à M. Deyeux, et prit le nom de «rue des Artistes ». Le décret du 40 février 1875 lui a donné sa dénomination actuelle, en l'honneur de Sulpice-Guillaume Chevalier, dit Paul Gavarni (1801-1866), qui passa plusieurs années à Tarbes, au cadastre, fit ses premiers dessins dans les Pyrénées et emprunta son nom de guerre à la cascade de Gavarnie (2). Il fut le collaborateur d'Émile de Girardin au journal /a Mode et alimenta le Charivari pendant plusieurs années. Sainte-Beuve a fait de lui le portrait suivant : « Tout ce qui a passé ou défilé sous nos yeux depuis trente-cinq ans en fait de mœurs, de costumes, de figures élégantes, de plaisirs et de repentirs, tous les masques et les dessous de masques, les carnavals et leurs lendemains, les théâtres et leurs coulisses, les amours et leurs revers, les malices d'enfants petits ou grands, les diableries féminines ou parisiennes, il a tout dit, tout montré et d’une façon si légère, si piquante, si parlante que ceux même qui ne sont d'aucun métier ni d'aucun art, qui n’ont que la curiosité du passant, rien que pour s'être arrêtés à regarder aux vitrines, ou sur le marbre d'une table de café, quelquesunes de ces milliers d'images qu'il laissait s'envoler chaque jour, en ont emporté en eux le trait et retenu à jamais la spirituelle et mordante légende. »

Le gouvernement du roi Louis-Philippe, qui s'attacha à donner une vive impulsion à tous les travaux publics, voulut doter la banlieue de Paris de moyens de communication ne forçant pas à traverser la ville pour aller d’une commune à l'autre. Les routes départementales ainsi créées (indépendamment de la route départementale n° 2, qui empruntait la rue de Passy, et dont le classement date du premier Empire) sont les suivantes :

La route départementale n° 9, qui suivait l'avenue de Saint-Denis (avenue Malakoff);

(1) Cette congrégation a pour objet l’adoration perpétuelle du très saint sacrement exposé, el les œuvres eucharistiques ; elle a été fondée -en 1856 par le père Eymard ; sa maison mère est au n° 23 de l'avenue Friedland.

(2) Voir aux annexes (p. 419) l’article de M. Léopold Mar, intitulé : « Gavarni, garde national »,

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